Collaboration: des historiens demandent l'ouverture des archives

Collaboration: des historiens demandent l'ouverture des archives
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Une Flandre collabo et une Wallonie résistante ? Le cliché est tenace, mais les historiens invités en plateau par Baudouin Remy dans Mise au Point nuancent : il y existe des réminiscences de la collaboration en Flandre, mais son caractère idéologique anti-démocratique a été lissé. Pour vraiment tourner la page, les historiens demandent l'ouverture des archives.

La collaboration divise encore en Belgique. Eric Defoort, historien, ex vice-président de la Volksunie et co-fondateur de la N-VA, estime que le passé est passé. Selon lui, ce débat "est l'expression d'une large frange de Flamands qui en ont assez de se faire suspecter de tout et de n'importe quoi. Je rejoins la réaction du président De Wever : 'Des racistes, des fascistes, des bruits de bottes'. Je n'ai pas mis mes bottes aujourd'hui, elles n'étaient pas cirées. On en a marre. Au sommet du N-VA, cela ne nous intéresse plus (...) ce sont des histoires qui datent de la première moitié du siècle passé". 

"Leurs raisons"

Autre son de cloche avec Herman Van Goethem, historien de l'Université d’Anvers, pour qui "tout passe sauf le passé". Il y a, dit-il, toujours un discours d'idéalisation de la collaboration datant des années 60 et 70, citant la réponse de Jan Jambon (N-VA) sur les collaborateurs. qui avaient "leurs raisons".

Aujourd'hui, depuis les années 80, une analyse historique a été faite qui démontre que la collaboration avait des motifs politiques, idéologiques, de sympathie avec le nazisme. Le fait est, dit-il, que des collaborateurs flamands ont été incorporés après la guerre dans le quotidien, dans le monde politique et dans le mouvement flamand démocratique. En Flandre, on entend encore des réminiscences de la Deuxième guerre parfois, comme la déclaration de Jan Jambon, alors que les collaborateurs francophones ont été expulsés, mis à l'écart du monde politique. 

Chantal Kesteloot, historienne au CEGES, rappelle aussi le poids du VNV fasciste et anti-démocratique (100 000 membres à un moment) dont l'héritage se retrouve dans certains partis démocratiques flamands. Cela s'inscrit dans la continuité, ajoute Chantal Kesteloot, bien que ce caractère idéologique anti-démocratique ait été lissé. On se contentera alors d'une image romantique de la collaboration. 

Ce que confirme Eric Defoort, il y a des héritiers de la collaboration à la N-VA, dit-il, mais "il ne les connait pas", et selon lui il y en a sans doute aussi à l'Open VLD ou au CD&V voire au cdH. Eric Defoort assure aussi que d u temps où il présidait le Vlaamse Volksbeweging, il n'y avait pas de cérémonie d'hommage aux anciens collaborateurs, à Staf De Clercq par exemple.

Aujourd'hui, dit Herman Van Goethem, il n'y a plus d’ambiguïté, la collaboration est unanimement condamnée au sein du mouvement flamand, à l'exception des "groupuscules noirs" ultra-minoritaires.

La répression des anciens collaborateurs a été dénoncée comme instrument de destruction du mouvement flamand, dit Chantal Kesteloot. Elle a été différente selon les arrondissements et les époques. Il conviendrait d'ouvrir les archives pour clarifier les choses, dit l'historienne. Herman Van Goethem, souhaite aussi l'ouverture des archives, sans autorisation du collègue des procureurs-généraux, afin, dit-il de pouvoir pacifier cette mémoire.

RTBF

Retrouvez ci-dessous le débat dans son intégralité:

Baudouin Remy avait invité :

Chantal Kesteloot – Historienne au CEGES

Herman Van Goethem – Historien – Université d’Anvers

Eric Defoort – Historien, ex vice-président de la Volksunie et co-fondateur de la N-VA

Jérôme Jamin – philosophe et politologue – ULg

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