Climat : "Nous avons perdu vingt ans, et l'ensemble des partis politiques est responsable"

Au lendemain d’un nouveau jeudi de manifestations des jeunes pour le climat, la ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Fremault (cdH) a dit comprendre leur message. « Je considère les manifestations comme légitimes parce que le temps presse, expliquait-elle au micro de Matin Première ce vendredi. Les milliers de jeunes dans la rue ont raison. »

Céline Fremault le martèle : la politique climatique a pris un immense retard, et c’est en partie ce qui explique le ras-le-bol affiché par les nouvelles générations. « Peut-être que si l’ensemble des manifestations s’était déroulé il y a dix ans, on aurait eu un Copenhague (la Cop15 en 2009, ndlr) réussi, on n’aurait pas dû attendre six ans pour avoir un accord de répartition d’effort climatique en 2015 (la Cop21 à Paris, ndlr) au lieu de 2009 », regrette la ministre. Selon elle, il y a bien une responsabilité collective en Belgique, de « l’ensemble des partis politiques », à cause de qui « nous avons perdu vingt ans », affirme Céline Fremault.

La N-VA est climatosceptique

Après avoir repris la présidence de la Commission nationale climat, Céline Fremault continue de plaider pour la création d’une agence interfédérale du climat, un moyen selon elle de résoudre notamment les blocages de certaines régions, comme la Flandre. « L’objectif d’une agence interfédérale du climat c’est de faire en sorte que des experts tracent la voie et qu’ils ne laissent plus le choix » aux politiques, explique la ministre.

En décembre, le gouvernement flamand avait empêché la Belgique de ratifier la déclaration de Katowice à la Cop24. Pour Céline Fremault, il est temps que « la rue parle sous les fenêtres d’Anvers ». Une manière d’attaquer la N-VA et son président Bart De Wever sur la question climatique ? Pour Céline Fremault, cela ne fait pas de doute : « la N-VA est climatosceptique. » Samedi dernier, le bourgmestre d’Anvers déclarait à propos des manifestations pour le climat que « les jeunes ne doivent pas croire aux prédictions d’apocalypse à caractère religieux. » Des propos que dénonce Céline Fremault : « on parle du rapport du groupe d’experts internationaux en matière de climat, si ce n’est pas du climatoscepticisme, je ne sais pas ce que c’est… »

Prendre le temps du dialogue

Pour autant, la ministre se dit optimiste quant à la politique climatique dans le nord du pays : « La position de la N-VA n’est pas celle de l’ensemble de la Flandre ». Céline Fremault rappelle d’ailleurs qu’elle a pu collaborer avec son homologue Joke Schauvliege (CD & V) et l’ancien ministre flamand de l’Energie Bart Tommelein (Open Vld). Elle compte d’ailleurs sur cette partie du gouvernement flamand pour faire avancer le projet de loi climat, en même temps que la création de l’interfédérale.

Interpellée lors de l’action des militants d’Action for Climate Justice, la ministre bruxelloise a rappelé que, même si elle jugeait le principe « contre-productif », elle répondrait à tous les messages envoyés sur son GSM « à partir du moment où ils sont courtois. Mes collaborateurs prennent le temps du dialogue. » Mais si l'on en arrive à ce genre de procédés musclés (afficher l’adresse mail et le numéro de GSM des politiciens), c’est bien que le vase déborde. Notamment lorsque la transition énergétique paraît insoutenable pour beaucoup de foyers. C’est notamment l’absence de transparence de certaines mesures environnementales qui a mené au mouvement des Gilets jaunes en France et en Belgique. « Il faut dire et répéter que cela va coûter », répond Céline Fremault, qui plaide pour une transition « durable, mais soutenable sur le plan humain ». En proposant notamment des mesures concrètes, comme la gratuité des transports à Bruxelles. Selon la ministre, une étude sur le sujet a été commandée.

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