Climat: "Il faut reconstruire de nouvelles centrales nucléaires" (Damien Ernst)

CQFD revient ce lundi sur une question qui n'a pas fini de faire débat... Faut-il prolonger la durée de vie de nos centrales nucléaires au-delà de 2025 (comme le prévoit la loi)? C'est la proposition que faisait le nouveau président d'Electrabel, Johnny Thijs, dans les colonnes du journal Le Soir ce weekend. Le temps presse et ce sera au prochain gouvernement fédéral de trancher. Autour d'Arnaud Ruyssen pour en parler: Samuel Cogolati, député fédéral Ecolo et Damien Ernst, professeur à l'ULiège, spécialiste de l'énergie.

Depuis 2003, le débat n'a pas changé

"J'avais 14 ans quand la loi sur la sortie du nucléaire a été votée (en 2003, Ndlr), aujourd'hui j'ai 30 ans, je suis tout juste nouveau député fédéral, et je me rends compte que finalement, le débat n'a pas changé", explique Samuel Cogolati. "Je comprends que Johnny Thijs, comme nouveau président du conseil d'administration d'une multinationale française, Engie Electrabel, défende l'intérêt du capital, mais moi comme parlementaire, ce qui me tient à cœur, c'est de défendre l'intérêt des Belges qui nous ont élus, et je ne pense pas que l'intérêt des Belges aujourd'hui soit d'aller investir 1,3 milliard d'euros dans la prolongation de centrales nucléaires périmées", précise le jeune député. 

8 millions de tonnes de CO2 évités par an

1,3 millard, c'est le montant qu'il faudrait, selon Johnny Thijs, investir pour mettre les anciennes centrales aux nouvelles normes de sécurité. "Un montant à charge d'Electrabel", précise Damien Ernst. Il faut prolonger la durée de vie de nos centrales, mais pas pour une raison de sécurité d'approvisionnement, selon l'ingénieur, étant donnée la subsidiation prévue pour les nouvelles centrales au gaz.

"La meilleure raison de prolonger nos centrales, dit Damien Ernst, ce sont les 8 millions de tonnes de CO2 évitées par an, c'est la meilleure réponse à court terme que l'on puisse donner aux militants de la cause climatique, ce sont aussi les emplois sauvegardés dans la filière électro-nucléaire et la garantie d'un prix de l'électricité abordable..."

1 centrale sur 2 est indisponible 

"Les centrales nucléaires en Belgique sont aujourd'hui indisponibles la moitié du temps", affirme de son côté Samuel Cogolati, en se basant sur un rapport d'ELIA qui estime à 48% le taux de disponibilité de nos centrales. Un argument balayé par Damien Ernst: "la disponibilité ou non des centrales, pour moi c'est l'affaire de l'opérateur privé".

Il y a aussi la question de la gestion des déchets nucléaires, "pour laquelle aucune solution durable n'a encore été apportée aujourd'hui", avance Samuel Cogolati, en pointant "le coût caché que cela va représenter, parallèlement au coût du démantèlement des centrales".

Réinvestir massivement dans la recherche nucléaire

Pour Damien Ernst, il faut trancher entre le nucléaire ou le CO2 et, dit-il: "le dégât qui va être fait à l'environnement risque d'être irréversible, et vu la situation, il faut pour moi abroger la loi de 2003 (prévoyant la sortie du nucléaire en 2025), investir massivement dans la recherche nucléaire, y compris des réacteurs de génération 4 (...) Et on n'arrête pas ces investissements tant qu'on n'a pas complètement décarboné notre économie". 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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