Kazakhgate: "La France n'est jamais intervenue pour infléchir la loi belge", affirme Claude Guéant

Ce mercredi la commission d'enquête parlementaire Kazakhgate a auditionné Claude Guéant, l'ancien secrétaire-général de l’Élysée à l'époque où Nicolas Sarkozy était président de la République français. Cet ancien ministre de l'Intérieur français a aujourd'hui 72 ans et il est soupçonné d’avoir été l’un des relais de la campagne d’influence montée par l’Élysée pour obtenir en Belgique une amélioration du sort judiciaire de l’homme d’affaires kazakh Patokh Chodiev. Une instruction est en cours aussi bien en France qu'en Belgique.

"Je n'ai enfreint aucune loi ni en France ni en Belgique", a d'emblée déclaré Claude Guéant aux députés. L'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy dit se souvenir d'un bref déjeuner en février 2011, en compagnie d'Armand De Decker, de l'avocate Catherine Degoul, de Jean-François Etienne des Rosaies et de Damien Loras. Au cours de ce repas, il a été discuté de l'état du dossier Chodiev traité par Maître Degoul, du jumelage entre Uccle et Neuilly-Sur-Seine ainsi que du cas de Florence Cassez. Mais ce rendez-vous a été assez bref car après Claude Guéant devait prendre ses fonctions de ministre de l'Intérieur.

"Pas de contact avec des responsables politiques"

Le député socialiste Eric Massin montre le fameux bristol à Claude Guéant, celui qui avait été envoyé deux mois après la transaction pénale appliquée à Chodiev. "'J'ai eu Armand De Decker au téléphone': c'est un abus de langage! Probablement, un coup de fil à des Rosaies pour faire remonter la demande de paiement des avocats!" poursuit Claude Guéant : "Oui, on s'est félicité de l'arrêt des poursuites dans l'affaire Tractebel. Cela ferait certainement plaisir au président du Kazakhstan et améliorerait les relations commerciales avec la France".

Selon lui les avocats de Chodiev "ont fait un beau travail, effectivement puisqu'ils ont obtenu la transaction. Cela a arrangé la France".

"Jamais, je n'ai entendu, au cours de cette période, que Monsieur Reynders se soit occupé de ce dossier. Je suis catégorique. Il n'y a pas eu de contact avec des responsables politiques belges. Je suis catégorique", insiste Claude Guéant.

Claude Guéant ne se souvient pas d'un courrier d'avril 2012 dans lequel Catherine Degoul réclame des honoraires. "Nous sommes en pleine élection présidentielle", dit-il, sous-entendant qu'il avait d'autres préoccupations.

"Je n'ai jamais eu Mr Reynders au téléphone de ma vie", insiste-t-il.

Le contrat des Eurocoptères

Un député demande: "Pourquoi était-il important que vous et le Président soyez informés du sort en Belgique des amis du Président kazakh?" Réponse de Claude Guéant: "Ce n'était pas un dossier essentiel, mais suivi! Car oui c'était important pour les intérêts de la France dans ses relations commerciales avec le Kazakhstan".

Quel lien y a-t-il entre le trio kazakh et le contrat des Eurocoptères? "Je ne sais si la résolution des problèmes judiciaires du trio kazakh a permis la signature du contrat des Eurocoptères. Je ne peux pas travestir la vérité, je ne sais pas si cela a influencé la conclusion du contrat" dit Claude Guéant.

"Je n'ai jamais rien su des conditions de rémunération des avocats, je ne suis jamais intervenu dans des réunions d'arbitrage", déclare Claude Guéant, à propos des honoraires de Maître Degoul et de son équipe.

À propos d'une éventuelle ingérence de la France dans la loi belge, Claude Guéant assure que "la France n'est jamais intervenue pour infléchir la loi belge". Il était au courant d'initiatives visant à modifier la loi belge sur la transaction pénale. "J'ai certainement été informé, je ne sais pas par quel canal, de cette perspective d'évolution législative qui permettait une autre issue aux difficultés judiciaires de Chodiev et consorts. Mais pour les usages, il suffit de lire la presse, il n'y a pas besoin de canaux d'information particuliers".

"Quand on dit la vérité, on mérite le respect et non pas l'insulte"

A propos de la fiche sur un certain monsieur V., fiche qu'aurait remise Armand De Dedecker lors du déjeuner avec Guéant : "Il n'a jamais été question d'une fiche de ce monsieur" affirme l'ancien ministre français de l'Intérieur. Et sur la rencontre entre Armand De Decker et un proche de monsieur Sécurité de l’Élysée : "Je n'en sais rien, je suis incapable de fournir une quelconque explication là-dessus".

Lorsque les députés se montrent plus insistants dans les interrogations, Claude Guéant s'emporte: "Quand on dit la vérité, on mérite le respect et non pas l'insulte". Il rappelle aux députés l'exercice limité de leur pouvoir: "Vous disposez de bribes d'informations, qui peuvent être complètement gratuites, et dont certaines viennent sans doute de fuites de l'instruction, fuites qui sont d'ailleurs illégales. Mais des fuites, c'est forcément partiel. Ce n'est pas un dossier complet".

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