Christine Defraigne: "Il y avait beaucoup d'espoir autour de Koen Geens"

Au micro de Bertrand Henne ce vendredi matin pour l'Acteur en Direct, Christine Defraigne, présidente du Sénat, s'exprime sur les tensions entre les mondes judiciaire et politique, ainsi que sur le sexisme que subissent les femmes dans le monde du travail.

Face aux nombreuses critiques visant l'Etat belge, venant autant des médias étrangers (un certain Belgium bashing est de mode depuis les attentats de Paris) que de notre pays lui-même (sa qualification d'Etat voyou par le premier président de la Cour de cassation), la politicienne MR demande un peu d'empathie envers une nation qui a subi le choc d'un attentat.

"Nous sommes encore en état de deuil post-traumatique, deux mois après les attentats. Il faut sortir de cette tristesse ambiante et se projeter dans l'avenir. Dans la grogne que l'on entend, il y a toujours une instrumentalisation politique, mais il y a un certain nombre de revendications auxquelles il faut prêter écoute."

D'autres choix budgétaires

Le malaise "interne" au pays s'exprime très fortement dans les milieux judiciaire et carcéral. Près de 25 jours de grève dans les prisons francophones sans qu'aucun accord ne soit trouvé avec le ministre de la justice, des magistrats et avocats qui sortent de leur réserve habituelle et dénoncent le manque de moyens et de personnels… Face à ces tensions grandissantes, Christine Defraigne rappelle que "le malaise dans ce milieu n'est pas neuf, il ne date pas de ce gouvernement."

"Quand Koen Geens est arrivé, il a suscité un formidable espoir car il est avocat, il est du secteur, rappelle-t-elle. C'est effectivement un homme de dialogue. Je ne suis pas toujours d'accord avec toutes ses réformes mais il a moins le mérite d'avoir plongé les mains dans le cambouis, de venir avec un plan et de vouloir réformer les choses."

Il faut une réflexion sur notre système pénitentiaire

Pourtant, la présidente du Sénat avait déclaré que certains choix budgétaires devaient être revus"On ne fera pas l'impasse sur une réflexion sur notre système pénitentiaire. Le taux de récidive est de 40%, la récidive, c'est des victimes. Quand je dis qu'il y a des choix budgétaires à faire, je dis qu'il y a des marges de manœuvre."

"En matière de prison, il faut se pencher sur la problématique des détentions préventives. Je n'ai pas réussi à avoir les chiffres exacts, même auprès d'organismes officiels, mais des milliers de personnes sont en détention préventive. Un détenu coûte 136 euros par jour. Il faudrait faire en sorte que l'on vide les prisons de ces détentions préventives. Pas toutes, pour raison de sécurité, mais il faut aller plus de l'avant."

Concernant le manque de personnel dans le milieu judiciaire, Mme Defraigne garde encore beaucoup de contacts avec des professionnels du milieu, étant elle-même avocate. "Ce qu'ils me disent, c'est qu'ils voudraient que la pression retombe, qu'ils ont l'impression d'avoir un dialogue de sourds. Mais je pense que si chacun fait une partie du chemin, on pourra à nouveau se comprendre. Il y a peut-être un peu de friture sur la ligne mais avec des gens de bonne volonté on peut y arriver."

Les gens du monde judiciaire sont conscients des difficultés budgétaires

"Ce sont des gens sages, intelligents, raisonnables, ils ont des propositions créatives sur lesquelles on peut débattre, ajoute-t-elle. Sur les cadres, ils veulent que ce soit renfloué et que l'on travaille sur les réserves de recrutement. Pour cela, je donne déjà une marge de manœuvre, une solution: dégager 150 millions d'euros pour remplir les cadres. Je pense que c'est raisonnable."

"Les gens du monde judiciaire sont conscients des difficultés budgétaires. Mais ils demandent un pilotage, un accompagnement, une prévisibilité et dans certains cas un examen au cas par cas de certaines juridictions. Voilà des solutions concrètes et sages et qui permettraient de dégager des manœuvres."

Le sexisme touche tous les milieux professionnels

Suite à l'affaire Denis Baupin, ce député français accusé de harcèlement sexuel par quatre élues écologistes, Christine Defraigne a témoigné pour la première fois publiquement de faits similaires qui se sont déroulés il y a plusieurs années. Elle rappelle qu'il ne faut pas limiter les comportements sexistes au seul monde politique, "bastion masculin".

"Ces types de comportements qui sont liés à des rapports de pouvoir,  de domination, de hiérarchie, ça existe malheureusement dans tous les milieux professionnels. Comment les gère-t-on? Moi je les ai gérés à ma façon, en ruant dans les brancards avec mon sale caractère. Je n'ai pas fait de dépression ou porté plainte, mais il se fait qu'autant d'années après, je m'en souviens."

"Je pense que les jeunes femmes aujourd'hui sont mieux armées car, les aînées ont peut-être un tout petit ouvert la voie, et nous sommes  plus nombreuses dans le milieu professionnel, nous pouvons peser d'un poids plus important. Et nous nous parlons aussi entre femmes, c'est important."

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