Chiffre du chômage : une baisse en trompe l'oeil ?

Chiffre du chômage : une baisse en trompe l'oeil ?
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Chiffre du chômage : une baisse en trompe l'oeil ? - © Tous droits réservés

Le chômage baisse en Belgique. C'est une certitude statistique. Dans les trois régions du pays les indicateurs indiquent tous la même tendance. Cette année, on atteint même des records dans le taux de chômage. C'est du jamais vu depuis 1981! Pourtant, certains mettent en doute l'ampleur de cette baisse en soulignant que les statistiques ne prennent pas en compte tous les demandeurs d'emplois. En particulier ceux qui sont exclus du chômage. L'objectif de ce "Tout compte fait" est tirer cette affaire au clair. 

Une baisse "historique"

Commençons par les statistiques officielles. Direction Eurostat, qui regroupe toute les statistiques réalisées dans les différents pays de l'union. La méthode de calcul c'est une enquête à très grande échelle. C'est l'enquête sur les forces de travail (EFT-UE). Concrètement il s'agit d'une série de questionnaires réalisés en face à face dans tous les pays de l'union. La définition du chômage est harmonisée au niveau internationale, c'est la définition du bureau international du travail (BIT) . Pour la Belgique ce taux de chômage Eurostat est de 6,5% en janvier 2019.

Pas de doute, cela baisse. En particulier depuis 2016. Mais la baisse du chômage ne signifie pas grand chose si le nombre de personne qui travaille n'augmente pas. C'est ce que montre un autre indicateur, le taux d'emploi. Il est lui en augmentation. Ce qui veut dire qu'une plus grande part de la population participe activement au marché du travail. La baisse "statistique" du chômage est ici corrélée avec un marché du travail plus dynamique. Le taux d'emploi atteint aujourd'hui 70%. C'est toujours plus bas que la moyenne européenne, mais il est en augmentation, surtout depuis 2015. 

Ces deux statistiques font dire aux économistes que le chômage est réellement en baisse. 

L'autre méthode pour définir le chômage c'est de regarder les chiffres de l'ONEM, l'organisme qui verse les allocations et de compter le nombre de personnes qui ont reçu une allocation. 

Les chiffres de l'ONEM

Les derniers chiffres de l'ONEM viennent de sortir. L'indicateur le plus souvent utilisé dans les médias c'est celui de "chômeur complet indemnisé demandeur d'emploi". Ils sont 348 221 en 2018 en moyenne sur l'année. Comme le terme le dit bien, il s'agit des chômeurs qui ont eu une allocation de l'ONEM et qui étaient complètement au chômage. Si on y ajoute les chômeurs indemnisés non demandeurs d'emploi (par exemple parce qu'ils suivent une formation) le chiffre total des chômeurs complets indemnisés est de 438 477. Ce chiffre est très clairement en baisse. Voici le tableau issu du tout dernier rapport de l'ONEM.

Ce chiffre est "historiquement bas" selon l'ONEM lui même qui souligne dans son rapport qu'il faut remonter à 1981 pour trouver un nombre de chômeurs aussi bas. 

C'est sur base de ce chiffre que l'ONEM définit son taux de chômage. Il est un peu différent de celui d'Eurostat. 7,9% pour la Belgique. Un taux qui baisse partout, en particulier en Wallonie. L'écart est, cela dit, toujours énorme entre la Flandre, Bruxelles et la Wallonie. 

Des chiffres limités

Revenons à notre question de départ. Est-ce que ces deux indicateurs sont trompeurs? Est-ce qu'ils enjolivent la réalité du chômage en écartant des statistiques un nombre important de personnes sans emploi? En partie oui. Ces indicateurs permettent des comparaisons sur le plan international. Ils sont très utiles mais ils ont leurs limites. 

Reprenons le taux de chômage de l'ONEM. Il ne prend pas en compte ceux qui sont exclus du chômage. Par définition, tous les demandeurs d'emploi qui n'ont pas droit à une allocation ne sont pas repris dans le calcul de l'ONEM.

C'est le cas des jeunes en stage d'insertion ou des personnes qui sont obligées de s'inscrire comme demandeur d'emploi par le CPAS. C'est aussi le cas de ceux qui s'inscrivent librement, par exemple après avoir démissionné. Cette catégorie c'est ce qu'on appelle les "demandeurs d'emploi non indemnisés". Ils étaient en moyenne 163 898 en 2018 selon l'ONEM.

Depuis 10 ans cette catégorie est en forte hausse. En partie parce que s'y retrouvent des gens qui n'ont plus droit aux indemnités de chômage à cause du durcissement des conditions d'accès décidée par le fédéral. En 2014 et 2015 on observe un pic de cette catégorie lié à la limitation dans le temps des allocations d'insertion décidée par le gouvernement Di Rupo.

La hausse de cette catégorie n'annule pas la baisse de l'autre catégorie. L'ONEM a d'ailleurs mis en parallèle l'évolution des deux chiffres dans son dernier rapport.

600 000 demandeurs d'emploi en Belgique

Reprenons. Il y selon l'ONEM 438 000 chômeurs complet indemnisés (baisse) et 163 000 demandeurs d'emplois non-indemnisés (en hausse). En additionnant ces deux catégories on arrive au chiffre de 600 000 personnes qui recherchent un emploi en Belgique. C'est la définition la plus large possible du chômage. Un chiffre qui malgré tout est orienté à la baisse. 

Le bureau du plan

Enfin, dernier indicateur, celui du chômage selon le bureau du plan (BFP).  Le bureau du plan reprend essentiellement les chiffres des "demandeurs d'emploi inoccupés" des organismes régionaux de l'emploi (FOREM, VDAB, ACTIRIS). C'est une catégorie assez large puisque qu'elle prend en compte les personnes inscrites comme demandeurs d'emploi et qui sont disponibles sur le marché de l'emploi (on ne prend pas en compte ici les chômeurs en formation par exemple).  Le chiffre est donc logiquement beaucoup plus élevé que celui des "chômeurs complets indemnisés" de l'ONEM : 493 000 chômeurs en 2019. Si on ajoute à la définition du bureau fédéral du plan les chômeurs non demandeurs d'emploi on retrouve plus ou moins le chiffre de 600 000. 

Voilà ce que nous disent les indicateurs du chômage en Belgique. On pourrait ajouter que la baisse du chômage observée est corrélée à une augmentation du nombre de bénéficiaires du revenus d'intégration. En 5 ans ils sont passés de 121 000 à 155 000. Une hausse sensible de 30 000 bénéficiaires que l'on peut très certainement lier au durcissement des conditions d'accès au chômage. Il y a donc bien eu un effet de transfert. Des milliers de chômeurs sont passés sous l'aide sociale au CPAS. Notons, qu'une partie importante de ces bénéficiaires du revenu d'intégration (1/3 selon actiris) sont inscrits obligatoirement par le CPAS comme "demandeur d'emploi" et sont repris dans le chiffre de 600 000 chômeurs. 

Enfin, pour être complet, il y des sans emplois qui ne sont repris nulle part. Ni dans les organisme régionaux, ni à l’ONEM, ni au CPAS et qui sont sans statut. Ces personnes ont quitté les radars de l’administration et ne sont plus officiellement "demandeur d'emploi". Mais ce chiffre là, sauf enquête sociologique de grande ampleur n'est pas connu. 

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