Check Point: la Belgique a-t-elle connu "la plus forte hausse des prix de la zone euro"?

Dans une interview accordée au Tijd et à L'Écho, le président de la N-VA Bart De Wever avait qualifié la sécurité sociale de "maladie belge" et Elio Di Rupo de "mort-vivant" de la politique.

Le président du PS a répondu à cette attaque, par une autre : "Une fois encore la seule piste évoquée pour combler le déficit est la sécurité sociale, c'est-à-dire de nouveaux efforts demandés aux citoyens", alors que, pour Elio Di Rupo, c'est la politique économique du gouvernement Michel qui "ne fonctionne pas : les prix augmentent plus qu'ailleurs ; nous devenons donc moins compétitifs".

Il ajoute : "Sur les deux dernières années, la Belgique a connu la plus forte augmentation des prix de tous les pays de la zone euro".

À en croire Elio Di Rupo, aucun pays de l'eurozone n'aurait donc connu une inflation aussi importante que la Belgique ces deux dernières années. Mais qu'en est-il ?

2,4% d'augmentation entre 2014 et 2016

Pour le savoir, il faut analyser l'indice des prix à la consommation, un indicateur économique qui "est destiné à mesurer de manière correcte l'évolution du coût de la vie. (…) il mesure l'évolution des prix d'un panier de biens et services acquis par les ménages et représentatifs de leurs habitudes de consommation", résume le SPF Économie. C'est donc ce que l'on appelle le panier de la ménagère.

Notons toutefois que, malgré son nom, cet indice des prix à la consommation ne mesure pas… les prix, mais bien "les fluctuations entre deux périodes", à l'aide d'un indice 100 sur une année de référence.

Les dernières données rendues publiques portent sur le second trimestre 2017. Sur base d'un indice 100 au deuxième trimestre 2015 (deux ans plus tôt donc), on observe que les prix ont augmenté de 3,95%. Pour faire simple, un produit acheté 100 euros il y a deux ans est donc passé à 103,95 euros au second trimestre de cette année.

Mais, pour obtenir une base de comparaison au niveau européen, il convient de se référer à deux années dont les données sont complètes : 2014 et 2016. Pour un indice 100 en 2014, on arrive dès lors à 102,40 deux ans plus tard.

Cela correspond donc à 2,4% d'inflation. Les prix ont augmenté. C'est un fait.

À qui revient la palme de l'augmentation des prix ?

S'agit-il pour autant de la plus forte augmentation enregistrée dans la zone euro ?

Pour évaluer de façon comparable le coût de la vie en Belgique par rapport aux différents États membres, il faut se référer à l'IPCH, l'Indice des Prix à la Consommation Harmonisé, utilisé par l'Union européenne.

En regardant à l'indice global, avec une base 100 fixée à 2014, on voit que, dans certains pays les prix ont diminué. C'est le cas en Espagne, en Grèce ou encore en Slovénie. Deux autres États membres ont vu le prix du panier de la ménagère rester parfaitement stable : l'Italie et la Lituanie.

Pour le reste, soit une majorité des pays de la zone euro, les prix ont augmenté. La hausse est souvent modérée, voire faible, comme au Luxembourg (+0,1%) ou même en France (+0,4%).

Parfois, elle dépasse le seuil d'1%. Le Portugal a ainsi connu une inflation d'1,15% entre 2014 et 2016. Malte, sur la même période, a atteint 2,08%.

Mais avec ses 2,4%, il faut bien se rendre à l'évidence, la Belgique obtient la palme de l'augmentation des prix. Aucun pays de la zone euro ne fait pire.

Et Elio Di Rupo aurait pu élargir le champ : pas un seul pays de l'Union européenne n'a connu une inflation plus importante ces deux dernières années. Il faut en quitter les frontières pour trouver, dans le voisinage européen, une plus forte augmentation : la Serbie (+2,84%), la Norvège (+6%) ou encore la Turquie (+16%).

Le constat brandi par le président du PS est donc exact. Quant à savoir s'il s'agit d'une conséquence des mesures prises par le gouvernement fédéral actuel, impossible à dire, tant les causes possibles de cette plus forte inflation peuvent être nombreuses (hausse des coûts, augmentation de la demande, etc.).

Dans le cadre de l'émission Europe Hebdo diffusée chaque dimanche à 23h25 sur La Trois, la RTBF vous propose une séquence de "fact checking" – autrement dit, de vérification par les faits – en partenariat avec les chaînes françaises LCP et Public Sénat, et avec le soutien du Parlement européen. Chaque semaine, une déclaration ou une idée reçue passera l'épreuve du "Check Point".

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