Chasse aux mendiants: courbe rentrante de la STIB

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La STIB affirme ne prévoir "aucune action visant à éjecter systématiquement les mendiants de ses installations": après les informations publiées mardi matin par la RTBF, la société de transport bruxelloise a fait une petite courbe rentrante...

La STIB avait prévu d'accompagner systématiquement vers la sortie tous les mendiants de trois stations de métro. L'info diffusée mardi matin par la RTBF et reprise par d'autres médias a suscité des réactions irritées chez les associations de terrain comme le Forum bruxellois de Lutte contre la pauvreté, la Ligue des Droits de l'homme et Le Collectif solidarité contre l'exclusion. Elles demandent au gouvernement bruxellois de corriger le texte qui interdit la mendicité à la STIB et de réaliser un plan ambitieux de lutte contre la pauvreté.

Dans les rangs politiques, le MR, dans l'opposition à Bruxelles, réagit, il égratigne au passage le gouvernement. Le MR rappelle que c'est l'équipe Picqué, précédente, aussi en Olivier, avait décrété que mendier serait punissable dans les stations.

Les actions de la STIB face au phénomène de la mendicité peuvent donner à penser que l'on entend "chasser les pauvres que l'on ne saurait voir" dans une "vision hygiéniste" des choses, réagit la ministre bruxelloise de l'Action sociale, Evelyne Huytebroeck (Ecolo).

"Ce n'est pas en agissant de la sorte que l'on résoudra le phénomène de la pauvreté",a affirmé mardi à l'agence Belga la ministre bruxelloise, souhaitant que la STIB travaille plus en amont en collaboration avec les associations de terrain.

"Je suis d'accord pour préserver la sécurité et la tranquillité des voyageurs, mais tous les mendiants ne sont pas des fauteurs de trouble", a-t-elle commenté. Evelyne Huytebroeck avait avalisé le texte qui interdit la mendicité à la STIB . Elle faisait partie de ce gouvernement mais cela n'empêche pas aujourd'hui de déplorer que la STIB chasse les mendiants: chercher l'erreur.

Autre ministre, Brigitte Grauwels, elle, ménage la chèvre et le chou. Elle est en charge de la STIB et c'était elle qui avait annoncé la première au Parlement bruxellois, cette opération mendiants : "Ce n'est en soi pas une bonne chose qu'il y a des mendiants ou des personnes qui sont là en assez mauvais état pendant toute la journée dans les stations de métro. Mais d'un autre côté, je suis très sensible aussi à la situation, au sort de ces personnes. Je suis en train de voir comment on peut résoudre ce problème."

Un appel commun à la lutte contre la pauvreté

Le Collectif Solidarité Contre l'Exclusion, la Ligue des Droits de l'Homme et le Forum bruxellois de Lutte contre la Pauvreté ont invité le gouvernement bruxellois à adopter un "ambitieux plan de lutte contre la pauvreté" et au parlement bruxellois d'abroger la disposition qui interdit la mendicité dans les installations de la société bruxelloise de transport public.

Dans une prise de position commune, les trois organisations ont demandé aux ministres bruxellois de faire primer la dimension sociale de la STIB, disant attendre de cette société publique qu'elle fasse de sa contribution à la cohésion sociale une de ses premières préoccupations.

Elles estiment que la communication de la STIB visant à décourager les dons aux mendiants sur son réseau revient à sous-entendre, entre les lignes, que la mendicité est un délit, ou au moins que la solidarité entretient la dépendance ou la délinquance.

Pour elles, la STIB offre un nouvel exemple de "matraquage idéologique sur la responsabilisation des allocataires sociaux, faisant passer les victimes de la crise pour des profiteurs".

Depuis 1993, la loi fédérale contenant un "programme d'urgence pour une société plus solidaire" a abrogé la loi pour la répression du vagabondage et de la mendicité du 27 novembre 1891, ont rappelé les trois organisations.

La STIB revoit sa copie

Suite à ces réactions, la STIB se montre elle plus frileuse. Il n'est soudain plus question de faire sortir les mendiants mais juste de leur rappeler les règles, donc l'interdiction, même malaise qu'il y a trois semaines, quand les messages vocaux des stations, ont fait polémique, la STIB demandait alors aux usagers de ne plus donner d'argent aux mendiants.

Selon la STIB, les messages de prévention contre la mendicité diffusés récemment s'inscrivent dans le cadre d'une campagne plus large de lutte contre les incivilités. L'objectif de ces campagnes est de garantir le bon fonctionnement du réseau et de permettre à ses clients de circuler en toute quiétude, a-t-elle rappelé mardi.

Selon la STIB, le personnel de terrain a constaté ces derniers mois une forme de mendicité "particulièrement agressive" qui se concentre dans certaines stations à proximité des appareils de vente de titre de transport. Face à ce phénomène et aux plaintes de clients, la STIB envisage de renforcer la visibilité de son personnel aux endroits sensibles "dans le but de rappeler la norme aux fauteurs de troubles".

La STIB a par ailleurs souligné que ses actions comprennent toujours une approche éducative et qu'elle collabore, dans ce contexte, avec plusieurs associations de terrain pour développer des solutions dans la durée.

La STIB "continuera à faire preuve d'humanité dans son approche à l'égard des personnes en situation de précarité mais elle ne pourra jamais tolérer une certaine forme de mendicité agressive qui perturbe le parcours de ses voyageurs et accroît leur sentiment d'insécurité", a-t-elle conclu.
RTBF avec Belga

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