Charles Michel veut un gouvernement "qui rassemble et non qui divise"

Charles Michel fait son premier grand oral à la Chambre ce mardi
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Charles Michel fait son premier grand oral à la Chambre ce mardi - © BRUNO FAHY

Charles Michel a fait ce mardi sa déclaration de politique générale devant les députés. Le nouveau Premier ministre a donc présenté les grandes lignes de l'accord obtenu avec ses partenaires. Un grand oral sur fond de vives tensions suite aux polémiques provoquées par les liens entretenus entre des membres N-VA du gouvernement et d'anciens collaborateurs.

Avant qu'il ne monte à la tribune a eu lieu le remplacement des députés devenus ministres par leurs suppléants appelés à prêter serment.

Le N-VA Sigfried Bracke a ensuite remplacé Patrick Dewael (Open VLD) au "perchoir" en tant que nouveau président de la Chambre. Le nationaliste flamand a ainsi promis qu'il serait le président de "tout le monde", aussi bien des députés de la majorité que de ceux de l'opposition.

Avant l'arrivée des députés, Louis Michel s'était dit impatient d'entendre le discours de son fils à la tribune. Il a évoqué "un moment émouvant pour un père" en qualifiant de "sans faute" le parcours de Charles Michel comme informateur puis comme formateur. Mais le Premier ministre avait probablement rêvé mieux comme rentrée parlementaire : il n'a pu commencer sa déclaration qu'après une véritable cacophonie, qui l'a empêché de prendre la parole pendant quelques longues minutes.

Début de déclaration dans un chaos généralisé

Rarement déclaration gouvernementale n’aura débuté dans un tel chahut. Énervé, Charles Michel s’adresse à Laurette Onkelinx : "Le respect mutuel permet-il de s’écouter, Madame ? Est-ce possible pour vous !".

Une fois le calme revenu, le Premier ministre a passé en revue, durant 30 minutes, les principaux points d'un programme déjà largement évoqué ces derniers jours. A commencer par le développement économique basé sur trois engagements : "La stabilité institutionnelle, la concertation sociale et l’absence de pression fiscale sur le travail."

La sixième réforme sera exécutée "en toute loyauté en travaillant avec les entités fédérées", assure Charles Michel en insistant : "Il n’y aura pas de nouvelles réformes institutionnelles durant les cinq prochaines années. "

Il aborde ensuite le rôle qualifié d’essentiel des partenaires sociaux dans l’histoire politique de la Belgique : "Les partenaires sociaux et le gouvernement ont une responsabilité partagée pour faire respecter ce dialogue." Un secrétariat sera créé et les accords tripartites (gouvernement, patrons syndicats) seront exécutés dans le cadre de cette concertation.

"Notre devoir est de créer les conditions de la prospérité"

"Nous voulons une société qui ouvre le champ du possible pour que chacun puisse saisir sa chance. Et notre accord est précis, concret et chiffré" clame-t-il ensuite en promettant qu’il n’y aura pas "d’austérité pour l’austérité".

Selon le Premier ministre, l’accord de gouvernement ose des choix clairs et des mesures responsables "car nous savons où nous voulons aller et comment y aller, sans laisser personne au bord du chemin", dit-il. "Nous sommes convaincus que les principales menaces qui guettent nos protections sociales seraient l’inaction et le manque de courage."

"Une baisse historique du coût du travail"

A propos de l’emploi, le Premier ministre affirme qu'il s'agit de la première priorité du gouvernement : "Nous décidons un baisse historique du coût du travail de 4 milliards d’euros. Un montant que les entreprises pourront réinvestir dans l’emploi et l’innovation".

Parmi les mesures pratiques, les cotisations patronales baisseront de 33% à 25% et le saut d’index sera corrigé pour les plus bas revenus. "Mais nous ne remettons pas en cause le mécanisme de l’index", insiste Charles Michel qui promet un gain moyen de 250 euros par travailleur et par an grâce à l'augmentation des frais forfaitaires.

Le financement sera partiellement assuré par les accises sur le tabac et sur le diesel, ainsi que par l'alourdissement des taxes sur les opérations boursières et les banques. Intercommunales et trusts seront étalement mis à contribution, tandis que la fraude, notamment dans la construction, sera poursuivie, voire renforcée au niveau européen.

Dans le même temps, il assure que le marché du travail sera "assoupli" par plusieurs mesures comme "l’annualisation du temps de travail, l’encouragement du travail des jeunes et des chômeurs de longue durée, l’adaptation de la réglementation du chômage concernant les demandeurs d’emploi qui travailleront pour la collectivité...."

L'indispensable réforme des pensions

Charles Michel défend ensuite la réforme des retraites présentée comme inéluctable : "Chaque mois, 10 000 personnes prennent leur retraite dans le pays et le budget des pensions a augmenté de 67%. On ne peut pas tenir cette tendance sans réformer le système".

Il promet pourtant de réaliser cela en ayant une vision à long terme et avec les partenaires sociaux. "Nous devons allonger la durée des carrières par des réformes prévisibles et à long terme. On maintient les 45 ans de carrières et on ne touche donc pas les plus de 55 ans." Des périodes transitoires longues sont prévues.

Sécurité sociale : pas de coupes budgétaires

Présentant notre système de sécurité sociale comme "le fruit de combats et de progrès", le Premier ministre déclare vouloir "renforcer notre système de solidarité et refuser des systèmes de soins de santé à plusieurs vitesses". Il y aura une croissance de 2,2% pour l’année prochaine et donc pas de coupes budgétaires par rapport à aujourd’hui. Le financement des hôpitaux sera revu, mais le gouvernement s’engage à garantir l’accès à des soins de santé de qualité, à imposer le dossier médical global et à affecter l’enveloppe bien-être à 100% (au lieu de 60%), soit plus de 1 milliard d’euros de plus que durant la précédent législature, argumente le chef du MR.

Black-out et environnement

Le gouvernement s'engage à prendre toutes les mesures pour garantir la sécurité d’approvisionnement du pays durant les prochains mois et promet, pour le long terme, un pacte énergétique avec la prolongation de Doel 1 et 2 et sans dépasser la date butoir de fin du nucléaire en 2025.

Pour l'environnement et le Climat, Charles Michel veut opter pour "la coopération au sein de notre pays et avec les institutions internationales."

Justice plus rapide

"La justice est une mission essentielle de l’Etat", revendique aussi Charles Michel qui réclame une réforme du paysage judiciaire par une justice plus efficace et plus accessible ainsi que par la réduction de l’arriéré judiciaire. Parmi les mesures annoncées : réforme du pro deo, assurance justice et procédure d’injonction de paiement. "Nous voulons assurer une procédure plus rapide dans le respect du droit des justiciables avec des peines de sûreté et des procédures permettant de plaider coupable", dit-il.

Face à la situation internationale rendue plus difficile depuis le développement du groupe terroriste EI, le gouvernement retirera le statut de réfugié, de demandeur d'asile, voire la nationalité belge (en cas de double nationalité) aux personnes responsables d'actes de terrorisme. "La lutte contre la radicalisation est une priorité".

Par ailleurs, le gouvernement dit vouloir mener une politique de migration "ouverte et ferme où les abus ne seront pas tolérés. Nous aurons une Politique de retour de qualité et humaine. Le retour sera volontaire si possible, forcé si nécessaire." La nouvelle majorité plaide pour la mise en œuvre d'un régime d’asile commun à l'échelon européen.

La vie sociale a changé

Les formes nouvelles de l’organisation familiale (droit successoral, domiciliation pour la garde alternée des enfants…) seront prises en compte, tout comme la lutte contre la discrimination (logement, travail, loisir) et toutes les formes d’incitation à la haine.

En matière de sécurité automobile, le jeune gouvernement vise un abaissement du nombre des victimes sur les routes de 50% en 2020 par rapport aux statistiques de 2010. Pour les chemins de fer, la ponctualité sera une priorité. Et en cas de grève, un service garanti sera assuré. Trouver la solution sera d’abord confié aux partenaires sociaux, mais en cas d’échec, c’est le gouvernement qui reprendra la main par la voie législative.

Conclusion : agir et agir encore

Pour conclure, Charles Michel a revendiqué un gouvernement du courage et de la responsabilité. "Je veux un gouvernement qui rassemble et non pas qui divise. Un gouvernement qui mènera les réformes nécessaires. Nous allons agir et encore agir." Et s’adressant aux entités fédérées il a ajouté : "Comme nous, vous avez dans les mains une part de responsabilité. Nous n’attendons pas que le futur vienne vers nous et assumons pleinement nos responsabilités et nos devoirs. Je vous demande d’accorder la confiance à notre gouvernement. "

Le débat sur la déclaration de politique général aura lieu mercredi et jeudi, avec un vote prévu dans la foulée. Et pendant ce temps les syndicats examinent eux aussi comment réagir aux mesures annoncées par le gouvernement, la CGLSB en a discuté lundi, FGTB et CSC se réunissent ce mardi.

Jean-Claude Verset

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