Charles Michel veut qu'on cesse de "criminaliser" les indépendants

Charles Michel veut des mesures en faveur des indépendants et des PME, "moteurs" de l'économie
Charles Michel veut des mesures en faveur des indépendants et des PME, "moteurs" de l'économie - © RTBF

Des sondages qui portent la N-VA aux nues en Flandre, un chef de groupe libéral au Parlement européen qui se réjouit de l'arrivée d'un président socialiste en Flandre... Pas de quoi booster le moral des troupes libérales. Pourtant Charles Michel se veut positif. Et il rappelle que le MR a contribué à "stabiliser le pays", avant, souhaite-t-il, de le relancer par des mesures favorables à l'emploi. Il revient sur ces points au micro de Matin Première.

La N-VA pointée à 38% en Flandre, c’est un "élément préoccupant", dit Charles Michel. "Ma conviction c’est qu’il faut prendre la N-VA de face sur le plan de son programme. Il faut expliquer à l’ensemble des Flamands que le nationalisme, ça a chaque fois conduit à plus d’appauvrissement", souligne-t-il.

Et si le score de la N-VA traduisait, comme le relève le président du FDF Olivier Maingain, l’échec de la réforme de l’Etat, qui ne convaincrait même pas les Flamands ? Il faut du temps, répond le libéral. "La première séquence de la réforme de l’Etat devrait être votée avant l’été (…). Il y a un travail pédagogique extrêmement important d’explication qui va devoir être réalisé, pas seulement en Flandre mais également côté francophone". Charles Michel en profite pour rappeler que "c’est grâce au MR qui a pris des risques politiques majeurs y compris en termes d’impact électoral que l’on a réussi à stabiliser le pays sur le plan communautaire. Imagine-t-on un instant où on en serait aujourd’hui, avec la situation économique que l’on connaît, si on n’avait pas résolu cette crise communautaire institutionnelle ?". Et Charles Michel de se réjouir d’être revenu à une encablure du PS à Bruxelles, malgré la "fuite" du FDF.

L'assainissement budgétaire n'est pas terminé

"On a fait en quelques mois un travail colossal et qui porte ses fruits" déclare-t-il en commentant les chiffres du Bureau du Plan, plutôt positifs pour la manière dont la Belgique traverse la crise. La majeure partie de l’assainissement budgétaire a été réalisée "en maîtrisant les dépenses de l’Etat, en chassant les gaspillages, comme le MR le demandait".  "Mais", prévient-il, "ce n’est pas terminé, il faut dire la vérité à nos concitoyens (..) : on va devoir dans les prochaines semaines et les prochains mois à la fois maintenir le chemin de l’assainissement, de la maîtrise des dépenses publiques ; mais dans le même temps, il faut identifier des points pour soutenir le développement économique, la croissance, et ça sera le travail du gouvernement en Belgique et au plan européen".

Et l’un de ces points, c’est assurément la création d’emplois. "Il faut impérativement prendre des mesures dont l’objectif premier est de créer de l’emploi, de créer de l’activité. Je suis concret, je donne un exemple : il y des milliers de PME dans notre pays qui pourraient embaucher une ou deux personnes supplémentaires (…), il faut prendre des mesures qui encouragent, qui facilitent cette capacité d’embauche par exemple en réduisant ou e supprimant sur les premiers emplois les cotisations patronales". Une mesure, dit-il, qui figure dans l’accord de gouvernement et qu’il faut donc mettre en œuvre. Il faut aussi mieux soutenir les PME pour leur permettre d’investir, ajoute-t-il.

Il n’est pas nécessaire à ses yeux de faire un choix binaire entre dépenses publiques pour soutenir la croissance et réduction de dépenses. On peut soutenir une politique qui favorise des investissements via la mobilisation de l’épargne en Belgique ou en Europe ; et d’un autre côté prendre des mesures ciblées en faveur des petites et moyennes entreprises.

"Une certaine gauche..."

D'ailleurs, les attaques contre les indépendants, pour le patron des Bleus, ça suffit : "J’en ai ras le bol que l’on criminalise les indépendants et les PME", s’exclame le président du MR. Il cible : "Il y a une certaine gauche qui systématiquement jette le soupçon en donnant le sentiment que indépendants, PME = fraudeurs. Ca ne correspond pas à la vérité, à la réalité. Ce sont les indépendants, les PME, qui créent de la prospérité, qui nous permettent de réagir face à cette crise qui nous frappe et de financer la solidarité, la sécurité sociale, les infrastructures… ".

Les propositions du député Ecolo Georges Gilkinet, proposant par exemple de diminuer la déductibilité des frais de restaurant de 50 à 20%, "c’est de la démagogie idiote", rugit Charles Michel. "C’est inefficace, c’est inutile ! Il faut permettre aux indépendants, aux PME, de pouvoir déployer leurs activités, faire en sorte qu’ils créent de l’emploi". Il s’en prend également aux déclarations du secrétaire d’Etat à la lutte contre la fraude, John Crombez, qui, "sans aucune décision prise au gouvernement", a proposé de rallonger  la prescription de certains actes, "ce qui conduirait à ce que de dangereux criminels pédophiles soient confrontés à des prescriptions plus brèves que ce ne serait le cas en matière fiscale ou administrative. C’est délirant comme type de raisonnement", assène-t-il.

(John Crombez "étonné"

Interrogé par la RTBF, le secrétaire d'Etat à la Lutte contre la fraude fiscale, le sp.a John Crombez, s’est dit "étonné" de cette déclaration de Charles Miche. Il se contente d’appliquer l’accord du gouvernement, dit-il. En matière de prescription, il veut simplement reprendre dans la loi une décision de la Cour de cassation : lorsqu’il y a une fraude dans laquelle on a utilisé des faux documents, il n’y aura aucune prescription jusqu’au moment où cette situation aura été rectifiée. Selon John Crombez, cette décision a été adoptée en conseil des ministres vendredi dernier.)

Guy Verhofstadt reste "un grand libéral"

Sur la passation de pouvoir en France, Charles Michel reste prudent. Et dubitatif : "s’il respecte son programme, il annonce des créations de postes d’emploi publics dont il n’explique pas comment il va les financer. C’est un peu le schéma classique de la gauche et des socialistes".

Mais cette évolution en France ne laisse pas indemnes les libéraux. Les félicitations de Guy Verhofstadt au nouveau président restent en travers de la gorge de nombreux libéraux belges. "Il y a une nuance. Lorsqu’il félicite François Hollande, je pense que c’est une démarche qui est élégante et légitime ; lorsqu’il se réjouit de la victoire de François Hollande, ça pose un débat. Guy Verhofstadt est un ami, c’est un grand libéral… Probablement les relations personnelles avec Nicolas Sarkozy expliquent-elles les déclarations très fougueuses qu’il a exprimées", suggère Charles Michel, qui ne cache pas qu’il y a eu débat, y compris à l’étranger. Un débat qu’il veut clore : "Le vœu que je forme est que l’on puisse maintenant travailler sereinement à plus d’Europe, mieux d’Europe, et certainement quand on voit l’enjeu de la Grèce".

T.N.

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