Charles Michel sur la grève dans les prisons: "La Belgique n'est pas un Etat défaillant"

Charles Michel: "La Belgique n'est pas un état défaillant "
Charles Michel: "La Belgique n'est pas un état défaillant " - © Tous droits réservés

Le Premier ministre Charles Michel a lancé mercredi un "appel à la responsabilité" des gardiens de prisons en grève depuis un mois dans le sud du pays, rejetant par ailleurs l'idée que l'Etat soit devenu "défaillant" après des critiques en ce sens de la magistrature et du monde économique.

"Nous venons de recevoir un bulletin positif pour notre budget a commenté le Premier. Les cordons de la bourse sont solidement tenus. Nous avons des résultats très encourageants sur le plan économique en termes de création d’emplois, en termes de création nette d’entreprises."

Au travers les propos "rassurants" de Charles Michel, peut-on voir un petit côté François Hollande, qui essaie de montrer que "ça va quand même mieux? Philippe Walkowiak, notre journaliste politique, rappelle que c'est aussi le job d'un Premier ministre "de montrer que tout va bien, d’en appeler à l’optimisme, d’en appeler à valoriser les talents, de corriger les faiblesses."

"Il y a un peu de François Hollande, ajoute-t-il, mais aussi peut-être un peu d’Elio Di Rupo, qui devait convaincre après 541 jours sans gouvernement que le pays était à nouveau sur les rails. Il n’y a pas d’autre choix que de montrer ce volontarisme, mais il y a aussi un côté méthode Coué et là on verra ce que ça peut donner, aussi bien au niveau de la population, des citoyens, qu’à l’international."

Une lutte pour plus de sécurité

Le chef du gouvernement a dit prendre les appels des patrons à relancer le pays comme un "encouragement" à poursuivre les réformes engagées par son équipe et applaudies par la Commission européenne, l'OCDE ou le FMI. Les faillites diminuent, l'activité et l'emploi repartent à la hausse, nous luttons pour plus de sécurité, a souligné M. Michel dans les couloirs de la Chambre.

"Le tax shift produit ses effets. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les organismes indépendants, ce sont les économistes. Des dizaines de milliers d’emplois pourront être créés dans ce cadre-là. Nous avons résolu en quelques mois ce handicap salarial qui était un boulet pour notre compétitivité et qui détruisait dans le pays des milliers d’emplois chaque année. Ce problème est en voie d’être résolu."

"Mais c’est vrai qu’il y a encore beaucoup de défis devant nous. Le défi de la sécurité est un défi permanent. Le défi de la création d’emplois, le défi du financement dans la durée, des soins de santé, des pensions, pour éviter un système à deux vitesses. Et c’est sur cela que nous travaillons de manière déterminée."

Ne tombons pas dans le négativisme

Dans les prisons, un accord avait été conclu le 6 mai mais les syndicats n'ont pas été suivis par leur base dans le sud du pays, a constaté le Premier ministre qui semble y voir une explication de la radicalisation du mouvement. Pourtant, assure-t-il, le plan d'optimalisation des prisons est généralement vécu comme une opportunité permettant l'amélioration des conditions de détention, la lutte contre la surpopulation carcérale, et la revalorisation de l'emploi. M. Michel a redit toute sa confiance au ministre de la Justice Koen Geens qui a reçu un mandat de négociation du gouvernement.

Plus généralement, le Premier ministre est revenu sur les critiques visant la gestion du pays. "Il y a une différence entre la perception et la réalité", a commenté M. Michel qui, reconnaissant des faiblesses, a invité à saluer les réformes qui améliorent la situation du pays. "Il y a une distinction à faire entre des messages, qui parfois sont exprimés et qui s’apparentent à une forme de pessimisme, de négativisme, voir la vie en noir en permanence. Je veux être lucide. Il y a des enjeux. Il y a des difficultés. Il y a des succès. Il y a des résultats et aussi parfois des échecs et on doit essayer de valoriser nos talents, valoriser nos succès et là où il y a des faiblesses, de corriger ces faiblesses pour améliorer la situation."

Une détermination à être lucide

"Ne tombons pas dans le négativisme, la sinistrose, soyons lucide", a-t-il indiqué, rappelant notamment les décisions prises pour restaurer la situation économique à Bruxelles après les attentats. "Ce qui apporte des solutions, c’est la détermination à être lucide sur l’ampleur des difficultés sans les dramatiser, mais sans non plus les minimiser et surtout être mobilisés pour prendre des décisions."

"Je veux être lucide, sans naïveté, voir quels sont nos points de force, quels sont nos points de faiblesse, continuer à valoriser nos points forts, continuer à valoriser nos atouts et ils sont nombreux. Nous sommes un pays des plus prospères dans le monde. Nous sommes un des pays les plus solidaires dans le monde, mais c’est vrai que nous avons aussi des points qui doivent être corrigés."

De nombreux observateurs estiment ces dernières semaines que la Belgique a sombré après les attentats de Bruxelles qui ont mis en lumière les défaillances d'un État dans l'incapacité de porter la restauration du pays. Cette faillite des structures politiques a notamment été dénoncée par certains acteurs économiques, des représentants de la magistrature ou des syndicats de service public, notamment dans les prisons.

"On a connu le 22 mars dans ce pays un choc terrible. Il y aura un avant. Il y aura un après. Et donc, il n’est pas anormal qu’après un tel choc certaines certitudes soient ébranlées ; que certains se posent un certain nombre de questions sur la manière dont on doit envisager l’avenir."

Le MR, futur "petit frère" de la N-VA?

Face aux commentaires incessants de la N-VA et d'une opposition multiple (côté francophone, monde judiciaire), le MR "est un peu assis entre deux chaises" selon Philippe Walkowiak.

"D’une part, effectivement, il y a une légitimité au niveau du pays, mais ce gouvernement – pour le MR – ne sera jugé que dans la partie sud du pays, en Wallonie et à Bruxelles, où on sait qu'il est déjà ultra-minoritaire maintenant. Donc le MR doit vraiment trouver le ton juste entre le soutien au Premier Ministre, de montrer sa différence, de faire entendre sa voix au sein de la coalition, vis-à-vis également des autres Partis francophones.

"Parfois on a un peu l’impression que finalement le MR n’est jamais que la version francophone de la N-VA et c’est un piège dans lequel le parti réformateur ne doit absolument pas tomber : devenir une espèce de petit frère de N-VA pour francophones."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK