Charles Michel ne condamne pas les propos de Bart De Wever sur le racisme

Propos de Bart De Wever sur le racisme: Charles Michel ne condamne pas
Propos de Bart De Wever sur le racisme: Charles Michel ne condamne pas - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Suite aux nouveaux propos à teinte xénophobe tenus ce lundi par Bart De Wever, de nombreux députés ont interpellé le Premier ministre ce jeudi lors des questions orales. Ce dernier a condamné le racisme mais n’a ni pris ses distances avec les propos du patron de la N-VA, ni condamné ceux-ci.

Huit députés fédéraux, issus de tous les bords politiques qui composent l'assemblée (sauf l'extrême-droite) ont interpellé ce jeudi le Premier ministre Charles Michel au sujet du racisme et plus précisément des propos récents du président de la N-VA, Bart De Wever.

"Dans le débat politique, il ne peut y avoir aucun sujet tabou. Il faut pouvoir échanger sur tous les sujets", a lancé Charles Michel (MR) sans faire référence directement aux propos du président du parti le plus important de son gouvernement.

Pour rappel, le président de la N-VA, Bart De Wever a tenu de nouveaux propos flirtant avec la xénophobie ce lundi à la VRT. "Nous avons autorisé la mauvaise sorte de migrants (à venir) en masse", n'a-t-il pas hésité à déclarer. Il a également avancé que le racisme était une notion "relative", trop souvent invoquée comme excuse pour un échec personnel, surtout auprès de certains groupes de population, comme la communauté marocaine. Au sein de cette dernière, il a nommément pointé les Berbères. "Ce sont des communautés fermées, avec une défiance envers les autorités", a-t-il ajouté. Pour rappel, en Belgique, le racisme est puni par la loi et n’est donc pas considéré comme une opinion ou une "notion relative", quoi qu’en pense le bourgmestre d’Anvers.

"Le racisme est un délit, il n’y a pas de doute là-dessus", a d’ailleurs rappelé lui-même le Premier ministre. En effet, la loi belge est ce qu'elle est. Mais il ne l’a pas rappelé expressément lors de cette séance plénière à son secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, M. Théo Francken (N-VA). Ce dernier a, en effet, non seulement soutenu les thèses de son président de parti mais également qualifié "d’hystériques" les réactions des élus politiques, choqués par ces nouveaux propos polémiques.

"Vous avez manqué de courage et vous encouragez ces provocations"

"La lutte contre toute forme de discrimination est cruciale (…). L‘accord de gouvernement prévoit d’évaluer et d'améliorer les dispositifs légaux contre la haine et la discrimination. Le racisme est un délit intolérable et inacceptable", s’est limité à rappeler le Premier ministre. "J'entends bien que l'ensemble des membres du gouvernement soient mobilisés par l'exécution de l'accord de gouvernement et ne soient pas déstabilisés par des polémiques et discussions extérieures"", a-t-il conclu.

Il est pourtant politiquement difficile de considérer que des propos publics, à caractère éminemment politique, prononcés par le chef de file du plus important parti du gouvernement puissent être simplement considérés comme "extérieurs". Cela devient carrément indéfendable quand ceux-ci sont défendus et repris à leur compte par un membre du gouvernement, à savoir Théo Francken. Ce dernier a en plus la circonstance aggravante d’avoir déjà été rappelé à l’ordre par son chef de gouvernement pour de précédents propos racistes.

C’est pourtant bien la ligne sur laquelle a choisi de se positionner Charles Michel, suscitant ire et frustration du côté des bancs de l’opposition. Cette dernière avait en effet, à plusieurs reprises, demandé explicitement quelle allait être l'attitude du Premier ministre vis-à-vis de son partenaire politique Bart De Wever et par rapport à son secrétaire d'Etat. Or, pas un mot n'a été prononcé sur ce sujet par le chef de l'exécutif fédéral. 

"Vous n'avez pas condamné les propos de M. De Wever. Vous avez manqué de courage et vous encouragez ses provocations", a lancé le député Ahmed Laaouej (PS). "Combien de couleuvres allez-vous encore avaler? Il faut pouvoir dire à son partenaire que le racisme n’a pas droit de cité. Et vous avez manqué cette occasion", a lancé l'élu socialiste à l'attention du chef de gouvernement.

Des propos auxquels l'intervention de la députée N-VA Sarah Smeyers a donné un écho quasi immédiat. Prenant la parole en vue, normalement, de poser une question sur une autre thématique, cette dernière s'est pourtant immiscée dans le débat précédent. "Monsieur le Premier ministre, tout est relatif", a ainsi lancé l'élue nationaliste à l'égard de celui qui venait de rappeler que le racisme, en Belgique, n'est justement pas relatif mais délictueux.

@julienvlass

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