"Charles Michel n'est pas le Premier de tous les Belges", le MR bondit

"Je n'ai aucune amertume", assure Elio Di Rupo, malgré ses mots très durs à l'égard du futur gouvernement. "Là où vous m'entendez avec une certaine vigueur, c'est qu'aujourd'hui, avec le gouvernement qui se met en place, ce sont les citoyens qui paient. On leur demande de travailler plus pour gagner moins, on leur demande d'aller jusqu'à 67 ans, on leur demande d'avoir un saut d'index… (…) Ce sont des mesures qui vont toucher directement et dramatiquement les citoyens."

Pourtant, on retrouve dans cet accord de gouvernement des mesures préconisées par l'OCDE. Concernant les pensions notamment. Mais le recul de l'âge de départ à la retraite est pour Elio Di Rupo une mesure "antisociale absolument grave". Mais n'était-ce pas nécessaire pour financer les pensions futures ? Pour le socialiste, non, "le véritable enjeu, c'est d'avoir de l'emploi, dit-il. Si nous avions plus d'emplois, nous aurions moins de chômage et ce serait beaucoup plus facile de résoudre les questions liées aux pensions."

La Belgique est pourtant bien seule en Europe à pratiquer encore une retraite à 65 ans. Nos voisins ont pris ces mesures depuis un certain temps. Les Pays-Bas, l'Italie, le Portugal… Mais "heureusement, que la Belgique n'est pas le Portugal ou l'Italie, lance le futur ex-Premier ministre. Nous avons une situation nettement meilleure, même s'il y a encore beaucoup à améliorer."

Alors qu'aurait fait le PS ? "Il fallait continuer à faire en sorte d'avoir une bonification. Le parti socialiste avait proposé, pour toutes les personnes qui pouvaient partir à la pension avant 65 ans et qui restait dans la carrière, 120 euros par mois. C'était une bonification, c'était donner des moyens supplémentaires. C'est juste le contraire qui est en train de se faire on pénalise le citoyen."

Destruction de la sécurité sociale

Le futur gouvernement "s'acharne sur les citoyens", dit-il encore. "Si vous ajoutez le saut d'index, la pension à 67 ans, l'augmentation du diesel… Et les choses cachées ! On dit aujourd'hui prélever 8 milliards, dont 5 milliards dans la sécurité sociale. On ne prend pas 5 milliards dans la sécurité sociale sans la détruire. Je suis donc extrêmement anxieux d'entendre les mesures précises prises en la matière"

Quant aux aides aux entreprises, qui participeront aussi à l'emploi selon l'accord, Elio Di Rupo reste de marbre. "Je ne crois pas absolument pas que les mesures prises sont efficaces. Ce sont des mesures injustes et inefficaces. Toutes les études ont montré que réduire les cotisations sociales de manière linéaire n'apporte pas d'emplois."

"Charles Michel n'est pas n'est pas le Premier ministre de la Belgique toute entière"

Les critiques pleuvent donc déjà. Et il faut dire qu'Elio Di Rupo a dégainé très rapidement face à ce futur gouvernement de centre-droit, utilisant notamment le terme fort d'"ultra-droite". Mais rien d'excessif, juge-t-il. "Il n'y aucun représentant du monde progressiste autour de la table", pas même au sein du CD&V selon lui.

Cette coalition a d'ailleurs mis la N-VA au centre du système, estime-t-il. "Monsieur Bart De Wever dit 'C'est la coalition dont j'ai rêvée'. Aujourd'hui, on voit bien que le centre de gravité se déplace du 16, rue de la Loi, pour aller à l'hôtel de ville d'Anvers."

"Un des grands problèmes [de Charles Michel] est qu'il devrait être au-dessus des deux formations, à la fois francophone et néerlandophone. Ici, on l'a compté comme francophone et on ne lui donne pas le statut de Premier ministre de la Belgique toute entière. Et pourquoi Bart De Wever attaque-t-il autant les socialistes ? Parce que nous sommes le symbole même de l'unité du pays."

Dans les gouvernements régionaux auxquels participent le PS, il y a toutefois aussi des économies qui sont réalisées. Des partis tels qu'Ecolo parle même d'austérité. Malgré tout, "ce n'est pas la même chose" pour le président du PS  "Nous allons engager 750 enseignants supplémentaires, répond-il sobrement. Toute une série d'organismes para-régionaux ne sont en aucun cas touchés."

Pour le MR, Elio Di Rupo verse dans le populisme

Les réactions à son intervention dans Jeudi en prime ne se sont pas faites attendre. Côté MR, c'est la grimace, surtout en ce qui concerne le futur statut de Premier du président libéral. "La politique vaut mieux que ça. On est dans la caricature et l'attaque ad hominem. Cela ne sert personne! C'est du populisme !" a lancé le député réformateur Denis Ducarme.

"Les propos tenus par le Premier ministre à l'égard de Charles Michel frisent l'insulte et divisent les Belges à un moment où ils doivent être rassemblés. Ils semblent aussi faire la démonstration de l'aigreur et de la frustration d'Elio Di Rupo parce qu'il va devoir céder les clés du 16 à Charles Michel", a-t-il ajouté.

T.M. (@thomasmignon) avec Himad Messoudi et Belga

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