Charles Michel (MR): A la N-VA, "il y a des relents racistes"

Charles Michel, le président du MR était l'invité de la Première
Charles Michel, le président du MR était l'invité de la Première - © RTBF

C’est l’heure de l’examen oral pour les présidents de partis francophones ! Face à Bertrand Henne et à la rédaction de La Première, la dernière semaine de la campagne pourrait être décisive. Charles Michel se livre à l'exercice. Le patron des libéraux francophones, élu du Brabant wallon et maïeur de Wavre, voudrait bien que toute la Wallonie applique les recettes libérales mises en oeuvre dans la "Jeune province". Quant aux relations futures avec la N-VA, ça ne s'arrangera pas : "propos méprisants", relents racistes"... Charles Michel n'est pas plus tendre que le sénateur Delpérée.

Le président du MR est originaire du Brabant wallon, dont il apprécie particulièrement la qualité de vie, entre ville et campagne. Mais le "BéWé", c'est aussi ce que d'aucun appellent la "Wallifornie"

Pour lui, "les recettes des libéraux en Brabant wallon ont plutôt bien fonctionné", et il relève que si toute la Wallonie avait la même dynamique que celle du Brabant wallon, où l’on a continué à créer des emplois même pendant la crise, la Wallonie serait plus riche que la Flandre. "Dans ma commune, à Wavre, il y a 20 000 emplois pour 33 000 habitants", souligne-t-il. Est-ce seulement le produit de recettes libérales ou bien aussi le fait de circonstances positives ? Charles Michel n’y va pas par quatre chemins : "Partout où le PS, depuis des décennies, occupe tous les niveaux de pouvoir, tous les niveaux de décision, c’est là que le chômage est le plus élevé, c’est là que la pauvreté est la plus grande, c’est là que le décrochage est le plus important".

La bonne fortune du Brabant wallon

Même si le Wavrien ne néglige pas les atouts dont sa province a pu bénéficier, comme la présence de Louvain-la-Neuve, il se dit persuadé de la capacité des hommes politiques à faire évoluer positivement les choses : "On a fait le choix, là où le MR est présent dans les communes du Brabant wallon, à la fois d’identifier des espaces bien localisés et bien équipés pour attirer des entreprises, des PME, leur permettre de grandir et de créer des emplois. Et ça on a réussi à le faire pourquoi ? Parce qu’on a des impôts sur le travail, sur le plan communal, qui sont extrêmement faibles, on a une fiscalité qui est très basse". Pas de fiscalité anti-économique pour mieux attirer les investisseurs, telle est donc la potion magique que Charles Michel propose d’appliquer à d’autres villes wallonnes.

L’immobilier en hausse, le revers de la médaille

Mais le revers de la médaille, c’est la montée des prix de l’immobilier, "le problème numéro 1" reconnaît le libéral brabançon. Comment lutter contre le phénomène ? "Très concrètement, on a décidé de mettre en place en Brabant wallon, des primes pour encourager l’accès à la propriété, pour favoriser notamment les jeunes ménages qui travaillent, premier point. Deuxième point, on voit bien en Brabant wallon qu’on a besoin de plus favoriser l’accès à la propriété moyenne, pour les classes moyennes, les personnes qui travaillent à deux et qui n’arrivent plus à se payer un loyer ou à acheter une maison. C’est un problème majeur."

Il se dit convaincu que les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle en soutenant des projets "variés". "Pas seulement du logement social", glisse-t-il, car il faut aussi favoriser selon lui l’accès à la propriété afin de garantir de la mixité sociale. "Il y a à la fois le besoin de logements sociaux mais on doit aussi permettre qu’il y ait plus de logements moyens". Objectif : permettre aux jeunes du Brabant wallon de pouvoir faire le choix d‘y rester.

La N-VA, parti raciste ? " Il y a des relents racistes en tout cas… "

Le cdH Francis Delpérée avait traité la N-VA de parti raciste sur les antennes de la RTBF. Charles Michel ne s’écarte pas vraiment du propos : "Il y a en tout cas des relents racistes, il y a des sous-entendus, des attitudes, des propos qui sont extrêmement méprisants". Pas choqué par le propos du sénateur cdH, il rappelle que feu Jean-Luc Dehaene avait lui-même rapproché la N-VA et le Vlaams Belang.

"La NVA depuis très longtemps porte un projet de discrimination, porte un projet de mépris, de caricature par rapport à la Wallonie". Mais le libéral voudrait cependant que tout le débat ne tourne pas autour de la N-VA, parce que, assène-t-il, "la meilleure manière de lutter de lutter durablement contre le séparatisme et le nationalisme, c’est de créer des emplois en Wallonie et à Bruxelles".

"Le projet de la N-VA est un projet séparatiste, destructeur", appuie encore Charles Michel, qui rappelle que "c’est le PS, qui aujourd’hui joue au spectacle des meilleurs ennemis, qui pendant un an a préféré exclure le MR et l’Open VLD pour s’enfermer avec la N-VA et faire monter les taux d’intérêts et ensuite envoyer la facture aux contribuables. C’est ce qui s’est passé en 2010. Je regrette cela. Et je regrette chaque fois que l’on donne la capacité d’une polémique qui permet à la N-VA de se nourrir électoralement. Je regrette aussi quand Paul Magnette offre un spectacle et joue à l’agent électoral de Bart De Wever à une heure de grande écoute pendant une heure…". Fermez le ban.

Une nouvelle vision des Flamands sur la Wallonie

Charles Michel voit par contre une évolution positive de la part des autres mandataires politiques flamands, qui n’ont plus la vision caricaturale que certains pouvaient avoir par le passé à propos de la Wallonie : "De plus en plus, on peut mettre en évidence des succès en Wallonie, ça me fait plaisir. Mais malheureusement ces succès, ils sont insuffisants. Il faut plus, il faut mieux, il faut plus vite, il faut plus fort et c’est ça le programme du MR, c’est mettre en place des réformes économiques, sociales, structurelles pour doper le succès en Wallonie".

Des succès, oui, mais pas encore assez, regrette le président du MR. "On doit en Wallonie davantage s’assumer, la réforme de l’Etat va dans ce sens-là" ; et de plaider à nouveau pour que les recettes qui ont fonctionné en Brabant wallon pour créer de l’activité et de l’emploi soient appliquées dans toute la Wallonie. Le plan Marshall a certes fait évoluer les choses mais il ne peut pas être l’arbre qui cache la forêt, souligne Charles Michel, qui regrette que l’Olivier "qui s’est beaucoup déchiré , beaucoup divisé", n’ait pas "réussi à créer un véritable esprit de cohésion sur l’essentiel, pour mobiliser tous les efforts afin que les PME puissent grandir et se développer".

Priorité n°1 : l’enseignement

La première mesure des libéraux : "Plus d’autonomie pour les enseignants". Une mesure de bon sens, selon Charles Michel. Plus de suivi individualisé et de remédiation immédiate, moins de charges administratives pour davantage de présence éducative, et amélioration de l’enseignement professionnel et technique. Est-ce possible à nombre d’enseignants constant ? "Avec les moyens qui existent, si on les utilise mieux, on peut augmenter le nombre d’enseignants. Aujourd’hui chaque école fait ses propres marchés pour l’énergie, pour les fournitures, etc. C’est beaucoup de lourdeurs administratives pour les directions d’école. Si on centralisait plus les achats, on pourrait dégager des moyens financiers en faveur des enseignants, de la remédiation".

Charles Michel se dit frappé par le nombre des départs des jeunes enseignants dans les cinq années de leur entrée en fonction. "Et beaucoup disent qu’ils ne se sentaient pas assez soutenus". Il faut donc plus de stages dans le cours de la formation et aussi plus de coaching des jeunes professeurs par des enseignants plus expérimentés.

Ces dernières années, expose encore le libéral, le gouvernement Olivier a lutté contre l’échec scolaire en choisissant "la facilité " : "Ils ont choisi pour améliorer les statistiques de baisser le niveau année après année. Tous les instituteurs que je rencontre le disent". Charles Michel plaide donc pour un "CEB vérité", et la création des "conditions pour que le plus d’enfants possibles grâce à un enseignement de qualité puissent franchir la barre du CEB et être dans de bonnes conditions pour la suite du parcours ".

Supprimer le décret Inscriptions

"Au moment où l’on se parle, il y a 1049 enfants sans école", glisse Charles Michel, qui dit rencontrer des parents désemparés. Mais si on supprime le décret, le risque d’arbitraire ne risque-t-il pas de resurgir ? "Le vrai enjeu, répond le libéral, c’est de combattre la dualisation de l’enseignement. Il faut améliorer le niveau dans l’ensemble des écoles et il faut plus de places supplémentaires". Charles Michel se dit surpris par la décision à ses yeux soudaine du gouvernement, à quelques semaines du scrutin, de lancer la création de nouvelles places, comme s’il découvrait l’ampleur du problème démographique. Avec les containers devant les écoles, "on est effectivement dans des programmes d’urgence" regrette le Wavrien.

Le caillou dans la chaussure : la réforme fiscale

Malgré les critiques de la KUL sur les propositions du MR en matière fiscale, Charles Michel ne se sent aucunement pris en défaut : "Le MR est le seul parti qui assume que baisser les impôts ce n’est pas donner d’une main et reprendre de l’autre". La réforme fiscale a donc un coût. Mais le patron des libéraux francophones se dit aussi "très en colère" sur la manière dont la KUL a communiqué à ce sujet. "La KUL a fait des simulations sans prendre en compte nos propositions", affirme-t-il. "Ce qu’il s’est passé de manière très étonnante, c’est que la KUL a fait des simulations sans prendre en compte l’élément clé que la réforme fiscale est ciblée sur les bas et les moyens salaires et elle a appliqué la réforme de manière généralisée dans ses calculs". Et il rebondit : "Le MR est la seule formation qui dit clairement quelles sont nos propositions concrètes pour augmenter le pouvoir d’achat, le salaire poche, le salaire net des gens qui travaillent et des retraités".

D’ailleurs, dit-il, "dans tous les débats budgétaires, c’est systématiquement le PS qui invente de nouvelles taxes que l’on doit combattre".

Plan Wathelet : à revoir

"Nous voulons effectivement le retrait du plan Wathelet, et nous voulons immédiatement dans la foulée modifier les routes" propose Charles Michel, qui estime que le Secrétaire d’Etat Melchior Wathelet a commis une erreur dans ce dossier en décidant "seul".

Mais revenir sur le plan n’aura-t-il pas pour effet de ramener les avions au-dessus des zones dont les habitants dénonçaient le trop grand nombre de survols ? Charles Michel ne le dit pas. Ce qu’il veut, c’est "trouver des solutions" dans le cadre d’un accord de gouvernement. Car le dossier a bien entendu une dimension communautaire.

Thomas Nagant (@thomasnagant)

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