Charles Michel: "Il n'y a pas d'accord avec le Soudan, mais une collaboration technique"

Le Premier ministre Charles Michel (MR) a répondu ce mardi aux interpellations des députés en commission de l'Intérieur de la Chambre à propos de la collaboration entre notre pays et le Soudan. Des fonctionnaires soudanais sont venus en Belgique pour identifier des réfugiés et faciliter leur retour au pays.

Ce partenariat a suscité une vive polémique, vu la nature dictatoriale du régime soudanais. L'opposition attendait des précisions de la part de Charles Michel. En début de séance, l'opposition a réclamé la transmission du texte de l'accord avec le Soudan. Or, il semble qu'il n'y pas de document disponible. "Je ne dispose pas d'un document car il n'y a pas eu de décision formelle du conseil des ministres", a répondu Charles Michel.

Le Premier ministre a commencé par rappeler que l'accord de gouvernement prévoyait une politique "humaine et ferme" en matière de migration. Il a insisté sur le fait que la Belgique respectait ses obligations juridiques belges et internationales. Les réponses données aux députés jeudi dernier par le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) l'ont été "au nom de tout le gouvernement", a précisé Charles Michel.

Il a reconnu que la situation au parc Maximilien à Bruxelles ou 200 à 300 personnes campent depuis cet été, était problématique. La police a contrôlé ces personnes, et certaines d'entre elles ont été interpellées et envoyées en centre fermé. "Il n'y aura pas de Calais bis à Bruxelles" à martelé le Premier ministre.

Initiative de Theo Francken

Une partie de ces migrants interpellés sont d'origine soudanaise et veulent se rendre en Grande-Bretagne. Ils ne déposent pas de demande d'asile -à une exception près ce mardi- malgré l'information qui leur est fournie sur le choix qu'ils doivent poser: demande d'asile, retour volontaire ou retour forcé. Certains d'entre eux ne veulent pas collaborer à leur identification. "Il est erroné de dire qu'ils n'introduisent pas de demande parce qu'ils ne sont pas informés", a souligné Charles Michel.

Pour rapatrier ces migrants, les autorités belges ont besoin de la coopération du pays d'origine. C'est le secrétaire d’État à l'Asile, Theo Francken (N-VA), qui a donc pris l'initiative de contacter l'ambassade du Soudan et il a rencontré l'ambassadeur à deux reprises. Les deux hommes ont convenu de l'envoi d'une mission d'identification, annoncée par Theo Francken et reçue par lui devant les caméras de télévision. Ces contacts s'inscrivent dans le cadre du processus de Khartoum initié par l'Union européenne en 2014 et qui s'est concrétisé par la réunion de La Valette à laquelle participait le ministre soudanais des Affaires étrangères. D'autres États européens ont pris des initiatives similaires à la Belgique: la France, qui a renvoyé 200 personnes vers le Soudan entre 2014 et 2016, l'Italie, la Norvège ou encore l'Irlande, a souligné Charles Michel.

Les agents soudanais ont été "screenés"

"Je voudrais mettre les points sur les i: les relations entre la Belgique et le Soudan se limitent au strict minimum diplomatique. Nous nous inscrivons dans ce que font l'Union européenne et les autres États membres, ni plus, ni moins", a ajouté le Premier ministre.

Les membres de la mission soudanaise sont des fonctionnaires du ministère soudanais de l'Intérieur. Il ne s'agit pas d'un accord avec le Soudan, mais d'une collaboration technique, de durée temporaire. Les agents soudanais ont été "screenés" par les Affaires étrangères et la Sûreté de l’État, a affirmé le Premier ministre, contredit par le député Benoît Hellings selon qui trois des cinq délégués sont des membres de la police secrète.

Principe de non-refoulement

Toute rencontre avec les migrants en centre fermé a lieu sous le contrôle d'un fonctionnaire de l'Office des étrangers. Les migrants peuvent en outre refuser de rencontrer les officiels soudanais. Si une expulsion devait être décidée, l'étranger peut encore solliciter en extrême urgence une protection internationale. La Belgique applique par ailleurs le principe de non-refoulement d'une personne qui risquerait d'être soumise à des mauvais traitements à son retour.

Face à la polémique, le Premier ministre a appelé à la sérénité et à ne pas "salir l'image de la Belgique". Une affirmation qui a fait bondir l'opposition: Theo Francken s'est fait une spécialité de la communication fracassante sur les réseaux sociaux, a-t-elle rappelé. "S'il y en a bien un qui a joué avec le feu, qui provoque sans cesse, c'est Theo Francken. Et c'est nous qui salirions l'image de la Belgique... Allez, il faut rester sérieux", a lancé Raoul Hedebouw (PTB) rejoint par Julie Fernandez-Fernandez (PS): "Le gouvernement récolte ce qu'il a semé. Monsieur Michel, vous devez nettoyer votre gouvernement".

L'argumentaire de Charles Michel n'a pas convaincu tous les députés: "Votre gouvernement trafique avec une dictature. C'est indigne d'une démocratie et d'un candidat au Conseil de sécurité des Nations Unies", a accusé Benoît Hellings.

"Vous avez conclu un accord avec le Soudan comme si c'était n'importe quel pays", a regretté Catherine Fonck (cdH) qui a dit son incompréhension devant l'absence de délibération du conseil des ministres alors même que l'accord européen implique de prévoir des garanties.

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