Charles Michel: encore 7 mois, 5 priorités et une élection en mai prochain

On a compté : sur les 38 pages (police Garamond, taille 18, interlignes multiples) du discours de politique général du Premier ministre, un petit tiers (12 pages) concerne ce que Charles Michel appelle "la feuille de route pour les sept prochains mois" : la concrétisation du deal pour l'emploi et du pacte d'investissements, la stratégie énergétique, l'avenir de la Défense, la question migratoire et les pensions.

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Charles Michel a rappelé le credo du gouvernement avec le "jobsdeal" : activer plus de personnes, réduire le nombre d'emplois vacants, se projeter dans le numérique. Pour l'énergie, le propos se voulait rassurant sur l'hiver (grâce à un soutien allemand) et dur envers Electrabel. En ce qui concerne la défense, le Premier assure - à nouveau - que d'ici la fin de la législature, les décisions tomberont sur le successeur du chasseur F16, tout comme sur l'achat de véhicules blindés, de drones, de nouvelles frégates et chasseurs de mines (en collaboration avec les Pays-Bas), "parce que la situation géopolitique a radicalement changé. Et que nous ne percevons plus, comme par le passé, les dividendes de la paix. Instabilité et conflits au sud de l’Europe, menaces hybrides, attaques cyber-terroristes sont les nouvelles réalités de notre époque."

Les mots, ou plutôt l'absence de certains mots, concernant la quatrième priorité, la question migratoire, est à relever. Le Premier ministre n'a pas évoqué les visites domiciliaires, confirmant ainsi l'enterrement du projet, sous cette législature. A la place, il a été question des "transmigrants", terme utilisé essentiellement en Flandre pour qualifiés les migrants en transit vers le Royaume-Uni : Charles Michel promet un retour de l'ordre public à Zeebruges, sur l'autoroute de la mer, et au parc Maximilien. Enfin, à propos des pensions, le Premier veut des avancées sur le front des métiers pénibles, un dossier enlisé depuis des années.

... et un bilan après 4 ans

Un tiers du discours était donc consacré aux 7 derniers mois de la législature "Michel". Le reste, c'est le bulletin : une auto-évaluation de l'action de la majorité suédoise. Un bulletin évidemment très positif : on a compté - encore - au total 70* affirmations positives concernant l'action du gouvernement et 7* déclarations où le Premier ministre estime que la Belgique peut faire mieux. 70 c'est beaucoup : l'augmentation des exportations, du revenu disponible, de l'épargne, la baisse du déficit budgétaire, de la pression fiscale sur le travail, du chômage ou encore de l'impôt des sociétés, l'augmentation du taux d'emploi, des carrières, de l'âge moyen de départ à la retraite, etc., etc. Dans l'autre sens, Charles Michel admet que "de trop nombreuses personnes ont du mal à joindre les deux bouts, même lorsqu'ils travaillent", que le taux de croissance de la Belgique est inférieur à la moyenne européenne, que malgré notre sixième place au classement des pays les plus riches de la zone euro, "nous devons faire mieux", que les temps partiels de forte occupation ont augmenté, ou encore que notre taux d'emploi est encore éloigné de l'objectif. De quoi répondre aux critiques de l'opposition, quelle soit politique ou syndicale.

L'opposition répondra, dans l'hémicycle, ce mardi. Les premières réactions ont déjà fusé, avec un maître-mot : "décalage". En voici, ci-dessous, deux : celles d'Ahmed Laaouej, le chef de groupe PS, et Catherine Fonck, cheffe de groupe cdH.

Rendez-vous en mai 2019

C'est la première fois, en 20 ans, que Charles Michel n'est pas candidat à une élection, en ce mois d'octobre, concentré sur sa tâche de Premier. Mais l'on peut penser que ce discours de l'Etat de l'Union est le premier jalon de cette campagne électorale que lance le Premier ministre pour rester locataire du 16 rue de la Loi encore 5 ans de plus. L'homme est sûr de ses résultats et il a veillé à ce que la version de son discours envoyée aux journalistes contienne les sources des éléments factuels chiffrés qu'il a présenté à la Chambre, et ce après avoir annoncé la mise sur pied d'un fonds en faveur du fact-checking. Charles Michel n'a pas évoqué l'avenir, l'après-mai 2019. Mais le rendez-vous est pris, le 26 mai prochain...

*(ces chiffres sont évidemment discutables...). 

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