Chaleur : comment expliquer les 102 décès supplémentaires en Belgique durant le mois de juin ?

Chaleur: 102 décès supplémentaires en Belgique à fin du mois de juin, les explications
Chaleur: 102 décès supplémentaires en Belgique à fin du mois de juin, les explications - © PASCAL PAVANI - AFP

Cet été, le plan “forte chaleur et pics d’ozone” a été activé entre le 21 juin et le 1er juillet 2019. Au cours de cette période, Sciensano, l’Institut belge pour la santé, a comptabilisé 102 décès supplémentaires dans la population belgeNathalie Bossuyt, scientifique chez Sciensano, apporte son éclairage sur cette surmortalité qualifiée de "modérée".

Vous parlez d’une surmortalité modérée, pourtant 102 morts à l’échelle de la Belgique ce n’est pas rien ?

En effet ce n’est pas rien, mais notre jugement est avant tout statistique. Ces 102 décès représentent une surmortalité de 3,5% par rapport aux 2885 décès prévus, c’est trois fois moins que la surmortalité constatée lors des étés 2003, 2006 ou encore 2010, où on atteignait la barre des 10%. Une différence significative que les plans de chaleur aujourd’hui plus élaborés peuvent expliquer, les gens connaissent maintenant les réflexes qui s’imposent en cas de forte chaleur et donc prennent les devants.

Comment êtes-vous parvenue à ce chiffre de 102 décès ?

Comme chaque fois on s’est basé sur toutes les attestations de décès collectées par le registre national à travers la Belgique. On prend le temps de les compiler et ensuite on compare le nombre de décès constatés avec le modèle statistique qui nous sert de référence, à savoir la moyenne des décès dénombrés sur la même période au cours des dix années précédentes.

Est-ce qu’une population a été particulièrement touchée par cette surmortalité ?

Oui, on constate que le groupe des 65 à plus de 84 ans a été le plus affecté, avec 3 pics de surmortalité les 25 et 26 juin, ainsi que le 1er juillet. Mais pour l’heure, n’ayant pas accès aux causes précises des décès, il est difficile d’être plus précis, de déterminer si les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires ou de diabète, traditionnellement à risque, sont surreprésentées parmi les personnes décédées.

Est-ce que la chaleur est le seul facteur à l’origine de cette surmortalité ?

Il est clair que la chaleur n’explique pas tout. Il ne faut pas oublier l’impact de la pollution, à travers notamment les particules fines et l’augmentation du taux d’ozone, directement liée à la chaleur. De plus, la surmortalité estivale peut parfois être le résultat d’une faible mortalité hivernale. En effet, si durant l’hiver précédent, la grippe n’a pas fait de gros dégâts, dans ce cas les populations les plus fragiles vont avoir tendance à décéder aux premiers pics de chaleur. Mais tout ça reste des hypothèses de travail.

Quand connaîtrons-nous l’impact sanitaire des jours de canicule du mois de juillet ?

Cela va nous prendre encore quelques semaines pour compiler toutes les attestations de décès, on y verra plus clair fin août ou début septembre. Mais il ne faut pas forcément s’attendre à une surmortalité plus importante, certes les températures comme les niveaux d’ozone ont dépassé, en juillet, leurs niveaux du mois de juin, mais il est probable que les personnes les plus fragiles soient déjà décédées en juin, limitant la surmortalité en juillet.

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