Ch. Picqué: la N-VA peut devenir un "ennemi politique"

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Le ministre-président PS de la Région bruxelloise estime que la N-VA, par son attitude lors des négociations, peut devenir un "ennemi politique" des francophones. Il ne faut plus faire de concessions au parti nationaliste, estime-t-il.

Interrogé par la RTBF, Charles Picqué, le ministre-président de la Région bruxelloise sort de sa réserve. Selon lui, on est arrivé à un point crucial de la négociation entre la N-VA et les partis francophones de la négociation : "Les choses se précipitent. Comme Bruxellois, quand je sens qu'on veut encercler ma Région, l'enfermer et qu'on veut la paralyser faute de moyens financiers, et qu'en plus de cela on veut diviser les Bruxellois entre Flamands et francophones en ne reconnaissant pas l'originalité de cet espace bilingue qu'est Bruxelles, je me dis qu'on a envie de ma peau assez rapidement et que les choses s'accélèrent. Et je pense que mettre la loi de financement sur la table a eu aussi un effet d'accélération évidemment". Pour lui, toucher à la loi de financement remet en cause le principe même de solidarité et n'a d'autre but que d'avantager fortement la Flandre.

"L'adversaire peut devenir un ennemi politique"

Pour Charles Picqué, "le plan B doit être sur la table. Il faut évidemment s'efforcer de pousser la négociation jusqu'au bout, parce que le plan B est toujours une aventure. Mais il ne peut pas être question de céder devant des nationalistes. Vous savez, les nationalistes, ce ne sont pas seulement des adversaires politiques ; ça peut devenir des ennemis politiques. Avec les adversaires politiques, vous jouez dans un périmètre où existent des règles. Avec les nationalistes, ça peut être beaucoup plus difficile, parce que le nationalisme c'est l'expression d'une supériorité de son groupe sur un autre, c'est le repli sur soi, c'est l'égoïsme, c'est parfois aussi la destruction de l'autre qui est recherchée. Donc ce n'est plus un adversaire politique avec lequel on débat sereinement, ou même de manière un peu passionnée dans un hémicycle parlementaire".

"Violence faite aux gens"

Charles Picqué estime qu'il y a une violence faite aux gens à travers ce que la N-VA nous demande : "Une violence faite aux gens à travers des réformes qui vont les toucher clairement dans leur pouvoir d'achat, dans leur qualité de vie, etc. C'est vraiment là la ligne qui sépare un adversaire politique d'un ennemi politique. Un adversaire politique peut dire qu'il a une autre vision de l'avenir que vous pour rendre les gens heureux. Mais un ennemi politique, c'est quelqu'un qui a un objectif politique qui peut être extrêmement néfaste à la vie et à la qualité de vie des gens que vous êtes censés représenter".

Bart De Wever toujours en campagne électorale

Charles Picqué ne pense pas que les francophones doivent faire un pas supplémentaire pour ramener la N-VA autour de la table : "Il y a quelque chose d'irrationnel dans l'attitude de Bart De Wever. En fait c'est quelqu'un qui doit apprendre à négocier et qui est toujours en campagne électorale. On a vraiment l'impression que la N-VA et Bart De Wever font vraiment leur shopping gratuit dans un 'magasin Belgique' qu'on est quand même décidé à fermer. Cela ne va pas : il ne vont pas partir avec toute une série de choses et préparer la rupture et le divorce définitif après avoir engrangé un certain nombre de concessions francophones sans réciproque. C'est clair qu'Elio Di Rupo a montré un sens de l'Etat que -je pense- tout le monde lui reconnaît en disant 'on est prêt à rencontrer un certain nombre de vos exigences parce qu'il en va de l'intérêt national' de nos populations. Mais au-delà, ça devient de la soumission et la reddition en rase campagne".

Les libéraux à la table des négociations ?

Charles Picqué déclare aussi que la Flandre profite du fédéralisme de consommation lorsqu'elle utilise Bruxelles sans lui donner quoi que ce soit. "C'est nous qui donnons de l'argent de poche", selon le ministre-président bruxellois, qui fustige ce qu'il nomme des "pseudo-chercheurs" flamands qui sont avant tout des militants et égarent l'opinion publique flamande à propos du financement des entités. Au passage, il  affirme que le principe de responsabilisation des entités ne doit pas servir de cache-sexe à la rupture de la solidarité.

Charles Picqué n'est pas opposé à un retour des libéraux à la table des négociations, s'ils peuvent obtenir plus de la part de Bart De Wever. Mais il ne croit pas trop à cette hypothèse : "Cela dépendrait évidemment beaucoup de qui serait à la table du côté libéral", conclut-il.

 

A.L. avec B. Henne

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