Céline Fremault: "Je ne compte pas faire de Bruxelles une no-flight zone"

Céline Fremault sur le survol
Céline Fremault sur le survol - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

La boite de pandore du dossier de survol de Bruxelles est-elle définitivement rouverte? Depuis plusieurs semaines, ce sujet oppose politiques bruxellois et flamand. D'un côté, la Région bruxelloise a annoncé vouloir cesser la tolérance dès mercredi et appliquer strictement sa réglementation sur les normes de bruit. De l'autre, la Région flamande fulmine et brandit le risque des centaines d'emplois perdus à l'aéroport de Zaventem si des amendes sont effectivement demandées aux compagnies aériennes trop bruyantes. 

En comité de concertation ce matin, les ministres des différents niveau de pouvoir (fédéral, bruxellois et flamands) ont cherché ensemble une solution. En vain.

Avant la rencontre, au micro de Matin Première, la ministre bruxelloise de l'Environnement, Céline Fremault, a affirmé qu'une coexistence "entre un aéroport et une grande ville" est "possible" à condition "de prendre des mesures".

Ces normes existent depuis 18 ans

Au sujet de ces fameuses normes de bruit, Céline Fremault reste ferme: "Elles existent depuis 18 ans et ont toujours été validées". Avec la situation actuelle, martèle-t-elle, certains Bruxellois "souffrent tous les jours de ces nuisances" et sont même "réveillés par le survol". 

Mais une question se pose : si les normes sont appliquées strictement, ne risque-t-on pas de faire face à un départ massif de compagnies aériennes soucieuses d'éviter les amendes?

"Aujourd'hui, je pense qu'on a quitté la logique du tout-économique. On doit pouvoir venir avec des considérations environnementales. En Europe, des développements ont été freinés dans toute une série d'aéroports par des décisions de justice. Notamment pour des questions de pollution. L'argument de dire que des compagnies aériennes vont quitter Zaventem pour des aéroports comme celui de Schiphol (Pays-Bas) est un peu étonnant. En effet, Schiphol est un des aéroports qui protège le plus ses riverains".

La Région bruxelloise se dit toutefois prête à renoncer à la tolérance zéro si trois mesures sont prises à court terme. C'est-dire: la suppression des vols sur la route du canal où "60% des vols violent les normes de bruit", le respect strict des normes de vent et la suppression des vols sur le virage à gauche entre 6 heures et 7 heures du matin.

Bruxelles sera encore survolée 

Cette proposition présentée jeudi dernier a directement été rejetée par la Région flamande, son ministre président Geert Bourgeois qualifiant cette manoeuvre d'"art de présenter une provocation comme un compromis". Ces trois conditions sont d'ailleurs résumées en Flandre en une phrase: fini les avions au dessus de la capitale.

Céline Fremault se défend. "Je n'attends pas de faire de Bruxelles une non-flight zone", affirme-t-elle, "Bruxelles sera encore survolée. Ce que nous voulons, c'est moins de violations de normes de bruit et une solution sur le long-terme proposée par le fédéral".

La ministre bruxelloise de l'Environnement attend un mouvement de la part du fédéral "resté très silencieux sur le sujet." Ces propositions doivent être "rapidement mises en oeuvre par François Bellot", demande Céline Fremault,"car elles reposent seulement sur un transfert de voies sur les routes existantes." 

Par ailleurs, continue la ministre bruxelloise, outre ces trois mesures à court terme, "nous demandons des mesures structurelles comme l'allongement de la nuit, l'allongement de la piste de 1800 mètres ou encore la mise en place d'un fond de compensation pour les riverains aujourd'hui survolés."

Une grave atteinte à notre système institutionnel 

Comme aucun accord n'est trouvé avec le gouvernement flamand, ce dernier va enclencher une procédure en conflit d'intérêts. Ainsi, les normes de bruits bruxelloises plus strictes seront remises au frigo pendant 60 jours. Une procédure dirigée non pas contre la décision de "tolérance zéro" de la Région bruxelloise, mais bien contre la décision originelle - vieille de 18 ans - de la mise en oeuvre de normes de bruit.

"Je pense qu'il s'agirait d'une grave atteinte à notre système institutionnel et démocratique parce qu'on ne peut pas soulever à l'envi des conflits d'intérêts sur la même norme," réagit Céline Fremault. Contrairement aux affirmations flamandes, assure-t-elle, "il y a déjà eu une procédure de conflits d'intérêts sur cette même norme".

Par ailleurs, souligne la ministre bruxelloise, "la procédure en conflit d'intérêts n'a pas vocation à faire en sorte que le ministre Bellot puisse se substituer à son obligation de faire appliquer la loi."

Qualité de l'air à Bruxelles

Autre sujet abordé par Céline Fremault: la qualité de l'air à Bruxelles. Ce samedi, quelque 200 personnes ont en effet protesté samedi dans les rues de la capitale contre la pollution de l'air aux particules fines. 

"Je comprends leur inquiétude", admet-elle, "Bruxelles est pointée depuis longtemps pour sa pollution qui est causée tant par les bâtiments que la mobilité." 

La ministre rappelle toutefois les mesures prises par le gouvernement: "J'ai plaidé pour la mise en place de zone de basse émission sur les 19 communes à partir du 1er janvier prochain". En bref, les gros pollueurs ne pourront plus entrer à Bruxelles.

Question fiscalité environnementale, pas de péage urbain à l'horizon, mais une volonté d'"encourager l'utilisation de véhicules plus propres".

Pour conclure, la ministre bruxelloise renvoie - dans ce dossier également - une nouvelle fois la balle dans le camp du fédéral, en précisant que "Bruxelles n'est pas seule, la question des voitures de société doit aussi être résolue au fédéral".

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK