"Cela fait 180 ans que les temps sont difficiles pour la Belgique"

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Vincent Dujardin, historien à l'UCL, était l'invité de Matin Première ce mardi pour évoquer l'évolution du sentiment national belge. Un sentiment qui n'a cessé de varier depuis l'existence même de notre pays, explique-t-il.

Pour ce spécialiste de l'histoire de la Belgique, "cela fait 180 années que les temps sont difficiles pour la Belgique avec une acuité variable selon les périodes".

Pour preuve, Vincent Dujardin nous cite plusieurs exemples : en 2007, le Figaro écrit que Nicolas "Sarkozy devra s'occuper d'un dossier inattendu, celui du rattachement de la Wallonie à la France" ; en 1993, c'est un ancien directeur de l'information de France 2 qui écrit "Le Roi est mort, la Belgique est morte" ; en 1980, à l'occasion du 150ème anniversaire de la Belgique, The Economist écrit que "Dans les dix ans la Belgique va sans doute se séparer en deux car c'est le pays le plus artificiel d'Europe" ; la même année, à l'occasion du 21 juillet, Manu Ruys (considéré à l'époque comme l'oracle des journalistes flamands, ndlr) écrit dans De Standaard (le journal le plus lu de Flandre, ndlr) qu'"Il est difficile d'aimer la Belgique".

L'historien rappelle également qu'entre 1978 et 1981, la Belgique connaît huit gouvernements et que le roi Baudouin s'en inquiète auprès d'un de ses ministres. "La Belgique connaît la période la plus préoccupante de l'histoire", écrit-il. Vincent Dujardin cite, par ailleurs, une autre missive du Souverain écrite en 1983 à son père. Il y écrit, nous dit-il, que "la Belgique est  plus divisée que jamais mais que c'est dans les temps les plus difficiles que les Belges réagissent le mieux".

Les Flamands séparatistes, une minorité

Vincent Dujardin s'interroge aujourd'hui sur "Quand on parle des Flamands, qui sont-ils ? Le monde politique ou le peuple flamand ?". Selon lui, quand on regarde les sondages ("Ceux qui sont sérieux"), en pleine crise en 2007, les Flamands se considéraient d'abord comme Belges, puis Flamands puis Européens. Côté francophone, on se disait d'abord Belge, puis Européen et puis seulement francophone. Autrement dit, nous dit-il, il y a encore ce sentiment d'attachement à la Belgique et il précise : "On dit qu'il y a 10 à 15% seulement de séparatistes au Nord du pays, mais alors pourquoi ce vote ? ".

Du côté politique, par contre, la situation est différente. "Le mouvement flamand  est plus puissant que jamais", explique l'historien, même s'"il n'y a plus les marches sur Bruxelles ou les démonstrations de masse comme dans les années 60 et les heurts de 1968".

C. Biourge

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