Cécile Djunga reçoit encore des messages racistes depuis une semaine: "Oui, c'est pire"

Plus un jour ne passe sans que des plaintes pour propos racistes ne fassent surface. "Il faut que cela cesse", disent beaucoup. Oui, mais l’arsenal législatif belge est-il assez robuste? C'est ce donc nous parlions ce mercredi soir. 

Nous commençons ce débat par le récit de L'influenceuse belge Gaëlle Van Rosen, porteuse d'un projet pour contrer ce phénomène. Après avoir vécu une expérience raciste particulièrement forte, il y a très peu de temps elle a décidé d'aller de l'avant et lance une campagne anti-racisme. Son objectif est que les personnes victimes de propos racistes sortent du silence ensemble et partagent leur histoire. Elle entame ce débat avec un témoignage dur. Le récit qu'elle relate, non sans émotion, s'est produit lorsqu'elle n'avait que trois ans.

Nous revenons aussi, dans le débat, sur les événements mis en lumière et vécus par la présentatrice de la RTBF, Cécile Djunga. Nous faisons le point avec elle, une semaine après son message fort, lancé sur les réseaux sociaux. Elle l'affirme, le racisme qu'elle subit ne s'est pas arrêté depuis la publication de son message vidéo. "C'est pire", dit-elle, même.

Dans un cadre si épineux, difficile d'obtenir des statistiques concernant les plaintes pour propos racistes. Lorsque le propos est adressé d'une personne identifiable vers sa victime, et que cette dernière porte plainte, les statistiques sont clairement alimentées. Et puis il y a ce racisme sans conséquences. Car les victimes estiment qu'il est inutile de porter plainte. Ou car les plaintes ne peuvent pas porter leurs fruits, car improuvables, faute de témoins, par exemple. David Quinaux, le porte-parole de la police de Charleroi l'explique: "Les faits de racisme et d'homophobie sont regroupés dans un fourre-tout qui s'appelle "les discriminations et les délits de haine", ce qui empêche d'identifier les phénomènes". Ce qui empêche, in fine, la mise en place de plans d'action ciblés, détaille-t-il.

Afin d'analyser le phénomène, nous recevons également Laurence Rosier, Professeur de linguistique et d’analyse du discours à l’ULB. Elle rappelle que le racisme n'est pas une opinion. La législation américaine peut avoir une influence (se dire raciste peut être une opinion en soi, là-bas), et cela créé, dit-elle, une rhétorique politique, chez nous, qui s'autorise "un racisme décontracté" dû au fait que notre société stigmatise constamment l'autre.

Nous accueillons aussi le directeur du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (Unia), Patrick Charlier. Pour lui, avant d'être des propos, le racisme se caractérise surtout par des actes. Un refus d'accès à un restaurant, à un logement, à certaines écoles, etc. Pour Unia, il est impératif de mettre en place des mesures d'accompagnement et de suivi des victimes de racisme.

Et parce que le monde du football est une monde où le racisme se libère trop souvent sous prétexte qu'une équipe joue contre une autre, des mesures existent, et elles sont loin d'être laxistes, comme l'explique le porte-parole de l'Union belge de football, Pierre Cornez"Pour des chants racistes, 50.000€".

Du côté du monde politique, le MR et le PS ont mis en avant des propositions d'évolution très concrètes. Richard Miller, député fédéral MR, propose de modifier la constitution. Il cible la liberté d'association, servant de bouclier en cas d'attaque pour racisme. Laurette Onkelinx, députée fédéral PS, affirme qu'il faut pouvoir interdire "des groupements, des partis liberticides qui soutiennent ouvertement la parole raciste et discriminatoire".

Le mot de la fin appartient à Cécile Djunga. "Aimons-nous, bordel", une phrase qui clôture, somme toute, très bien les choses.

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