Catherine De Bolle accuse le Comité P "de ne pas respecter les droits de l'Homme "

La cheffe de la Police accuse le Comité P « de ne pas respecter les droits de l’Homme »
La cheffe de la Police accuse le Comité P « de ne pas respecter les droits de l’Homme » - © LUC CLAESSEN - BELGA

Catherinne De Bolle, la commissaire générale de la police fédérale, a fourni une longue réponse aux députés de la commission parlementaire de suivi du comité P, la police des polices.  Un document de 91 pages, "avec des accusations lourdes" nous explique-t-on, qui revient sur les différentes informations du rapport intermédiaire du Comité P.  Le comité de surveillance a fourni une analyse sévère de la gestion des services de police avant les attentats de Paris. Plusieurs éléments ont été qualifiés d' "accablants" par les députés de la commission, seuls membres habilités à consulter les documents. Mme De Bolle accuse le Comité P d'avoir effectuer un interrogatoire "contraire aux droits de l'Homme". Le bras de fer s'intensifie, et prend l'allure d'une guerre entre organe de contrôle et service contrôlé.

Une note clé, pas communiquée

Dans son document, la cheffe de la police revient sur un élément clé du rapport du comité P qui pointe un dysfonctionnement de la section antiterrorisme de la police judiciaire (DR3). La police n'a-t-elle pas pris au sérieux une information capitale? En juillet 2014, une policière, dénommée "agent X" dans le document, apprend d'une source que des frères de Molenbeek se radicaliseraient, en contact avec A. Abaaoud, et qu'ils seraient sur le point de commettre soit "un attentat", soit des "actes irréparables". Les termes divergent selon les versions de la policière. Cet agent X prévient son responsable, l'agent Y, qui interrogera lui aussi la source et rédigera une note. Dans le document transmis aux députés, la commissaire générale ne transmet pas cette note, évoquant la "protection des sources".

Un interrogatoire contraire aux droits de l'Homme?

Le soir des attentats de Paris, l'agent Y se met en congé de maladie. Le comité P a interrogé ce membre de la section antiterroriste, officiellement malade. L'interrogatoire a duré 6 heures, et il aurait "pesé davantage sur la maladie". L'agent est depuis toujours sous certificat et a refusé tout autre interrogatoire du Comité P.  Pour les autorités policières, il s'agit d'un exemple des méthodes du Comité P. La commissaire De Bolle explique que ces méthodes ne "respectent pas les droits de l'Homme".

Le rapport, signé par Catherine De Bolle, a été transmis lundi soir aux services du Parlement. Il fait suite à une demande de précisions des députés. Après lecture du rapport du comité P le 26 avril dernier, la commission parlementaire avait en effet décidé à l'unanimité, majorité et opposition, de permettre aux services de police incriminés de pouvoir répondre point par point.

Coresponsable

Dans le document, la cheffe de la police revient également sur les fameux "dossiers rouges".  Dès janvier 2015, un dossier est ouvert contre les frères Abdeslam : ils sont soupçonnés de se radicaliser et de vouloir se rendre en Syrie. Ils seront rapidement auditionnés par la police locale de Molenbeek. Avant que la police fédérale ne prenne le relais. Ce dossier n'est pas jugé prioritaire et les enquêteurs sont débordés. Le dossier Abdeslam reçoit alors une étiquette rouge, c'est-à-dire "que le dossier doit être géré par un autre service."  Catherinne De Bolle explique dans son rapport que cette décision a été prise avec l'assentiment du Parquet fédéral. "C'est toujours un magistrat qui ferme ou ouvre un dossier", peut-on lire dans le document. Autrement dit, s'il devait y avoir des responsabilités, elles seraient partagées.

Les documents diffusés, avant les auditions

L'ensemble de ces documents sont pour l'instant confidentiels et consultables uniquement, sans reproduction possible, par les membres de la commission parlementaire de suivi des comités P et R. Il a été décidé aujourd'hui que le rapport du comité P et la réponse des services seront transmis à l'ensemble de la commission d'enquête sur les attentats. Et ce avant les auditions de Mme De Bolle et du comité P. Des auditions qui s'annoncent sous haute tension.

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