Caterpillar: "L'avenir, c'est une autre industrie technologique, tournée vers l'innovation"

La nouvelle est tombée ce matin, comme un couperet. L’usine Caterpillar, à Gosselies, ferme ses portes. Plus de 2000 emplois directs sont touchés, et on estime à près de 6000 les emplois indirects impactés par cette fermeture.

Déjà, en 2013, Caterpillar Gosselies avait mis en place un plan de restructuration pour améliorer la productivité, un plan qui a déjà coûté 1300 emplois. C’était déjà "un coup de semonce, on s’attendait à une grosse annonce mais à ce point-là, c’est choquant" réagit Damien de Dorlodot, président de l’UCM Hainaut. "Nous soutenons tous les travailleurs et travailleuses de Caterpillar mais aussi à tous les sous-traitants et tous les emplois indirects qui vont être impactés dans cette affaire."

Thierry Castagne, directeur général d’Agoria Wallonie est lui aussi "sous le choc et déçus de l’annonce, et je crois que c’est le cas pour toute l’industrie technologique. Il y a 57 000 emplois dans l’industrie technologique wallonne, à peu près 270 000 en Belgique, Caterpillar n’est pas un petit acteur."

L’injustice est vécue tant par le management que par les travailleurs

Le directeur d’Agoria Wallonie (fédération des entreprises technologiques) met cette fermeture sur le compte d’éléments extérieurs au site de Gosselies. "La différence avec 2013, c’est que c’était un plan qui avait été mis en place par la direction belge pour atteindre des objectifs. Objectifs qui ont été atteints dans ce plan de modernisation et d’investissement de la société. Ici c’est une décision brutale qui a été prise en extérieur, et la direction locale est aussi sous le choc. L’injustice est vécue tant par le management que par les travailleurs."

" Les coûts de production ont été réduit de 20% grâce au plan de 2013, des efforts ont été faits et malgré cela, pour des causes extérieures, c’est-à-dire une sur surcapacité structurelle au niveau des engins de génie civil au niveau mondial, Gosselies et d’autres sites, sont en fermeture."

Toute la province du Hainaut impactée

Pour l’instant, on ne peut qu’estimer le nombre d’emplois indirects touchés par la fin des activités du site de Gosselies. Si l’UCM avance le chiffre de 6000 emplois, Agoria parle plutôt de 3600.

"On utilise un indice dans le secteur, c’est 1,8. On considère que quand on perd un emploi dans le secteur technologique, ça touche 1,8 emploi indirect, explique Thierry Castagne. Mais c’est une moyenne, et Caterpillar est une de ces entreprises qui avait énormément de fournisseurs locaux, dans tous les secteurs, de l’industrie, des services, de l’horeca. On peut donc s’attendre à ce que le chiffre de 3600 annoncé par Agoria soit dépassé."

Damien de Dorlodot le confirme, l’impact ira plus loin que la grande métropole carolo. "Il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup de métiers, notamment des services, qui sont proches d’entreprise comme Caterpillar et elles viennent du Hainaut, donc ça aura un fort impact sur la province."

Des bonnes possibilités de reconversion

Si l’heure est plutôt à la tristesse et à la déception, les possibilités de reconversion des travailleurs ne sont pas nulles. Thierry Castage précise que "dans les qualifications qui sont chez Caterpillar, les ingénieurs, les techniciens industriels, du soudage, de la mécanique, des électriciens, des agents de maintenance industriels, il y a une pénurie sur le marché du travail. Aujourd’hui Agoria a déjà reçu des coups de téléphone d’entreprises prêtent à reprendre certains travailleurs. Il est sûr que, dans beaucoup de qualifications, il y a moyen de retrouver un emploi. Mais pour l’instant, nous sommes encore sous le choc et il est encore un peu tôt pour parler de reconversion."

Arcelor Mittal, Ford Genk, et maintenant Caterpillar, le monde industriel et des technologies n’est plus ce qu’il était il y a quelques dizaines d’années. Mais, pour autant, il n’est pas condamné.

"Si on regarde sur les vingt dernières années, il y a 20% en plus d’industries technologiques en Wallonie. Il y a 57 000 emplois, c’est-à-dire ‘que’ 5% de moins qu’il y a 20 ans. Et surtout la richesse créée par l’industrie technologique en Wallonie a augmenté, en euroconstant, de 15%. Donc, le message, même s’il est inaudible aujourd’hui, est que l’industrie technologique est encore en essor."

Une industrie encore en développement, mais qui doit évoluer pour survivre, et qui est en mutation constante. "C’est une autre industrie qui sera présente dans l’avenir, tournée vers l’innovation, vers l’exportation composée de plus de PME. Et c’est une des faiblesses de Caterpillar, Gosselies était une simple unité de fabrication de multinationale. Ces unités n’ont pas accès à leur produit pour faire de la recherche et développement, elles n’ont pas accès à leur marché et elles sont donc beaucoup plus vulnérables pour pouvoir tirer leur épingle du jeu."

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