C'est quoi le cordon sanitaire? Que se passerait-il s'il n'était plus respecté?

À gauche, Bart De Wever, président de la N-VA. À droite, Tom Van Grieken, leader du Vlaams Belang lors d’un débat organisé sur la VRT ce dimanche 26 mai.
À gauche, Bart De Wever, président de la N-VA. À droite, Tom Van Grieken, leader du Vlaams Belang lors d’un débat organisé sur la VRT ce dimanche 26 mai. - © DIRK WAEM - BELGA

Les scores du Vlaams Belang lors de ces élections sont historiquement élevés au parlement flamand, mais aussi au fédéral. Deux mots font leur grand retour sur (quasi) toutes les lèvres : « cordon sanitaire » à l'égard du parti d'extrême droite flamand.

De quoi s'agit-il exactement ? Réponse avec Benjamin Biard, politologue et chercheur au CRISP. 


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« Dimanche noir » en 1991 : l'essor du Vlaams Blok... et du cordon sanitaire

Le cordon sanitaire existe en Belgique depuis trente ans : « Il s'agit d'un accord politique entre les principales formations de ne pas gouverner avec des partis d'extrême droite, et en l’occurrence avec le Vlaams Belang. »

Le moment déclencheur ? Les élections fédérales de 1991 qui furent nommées le « Dimanche noir » avec des résultats inédits pour le Vlaams Blok : « L'idée d'établir un cordon sanitaire était préexistante, mais elle s'est consolidée à cette époque. » 


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En 1992, le Vlaams Blok adopte un plan en 70 points portant sur la question migratoire très vite dénoncé pour ses contradictions avec la Déclaration universelle des droits de l'homme. À l'écriture de ce plan, il est intéressant de noter que l'on trouvait un certain Karim Van Overmeire, aujourd'hui passé à la N-VA. « Ce plan du Vlaams Blok a renforcé l'idée chez certains qu'il ne fallait pas négocier avec ce parti aux positions racistes ». Intéressant aussi de signaler que , depuis, certains éléments du plan ont été mis en oeuvre par les partis traditionnels, « mais on continue d'y faire référence pour justifier le cordon sanitaire ».  

Jusqu'à présent, le cordon a réduit l'influence du Vlaams Belang

Les partis d'opposition ciblés par un cordon sanitaire ont, c'est prouvé, une influence moindre sur les décisions publiques : « Une des raisons, c'est le fait que certains partis traditionnels ont peur d'être assimilés aux partis d'extrême droite s'ils développent des idées similaires, radicales ou non. »

Au sein des partis, les propositions jugées trop proches de celles du Vlaams Belang seraient ainsi écartées avant même d'être déposées au Parlement. La Belgique a, parmi les pays européens, un des cordons sanitaires les plus rigides vis-à-vis de l'extrême droite : « Comparé à l'Italie, à l'Autriche ou même à la France, jusqu’ici, le cordon sanitaire belge est parmi les plus durables. L'extrême droite belge est parmi les plus marginalisées par les mondes politique et médiatique. »  

Qu'est-ce que cela impliquerait de briser le cordon sanitaire ? 

Selon Benjamin Biard, le cordon sanitaire ne repose sur aucune base légale : « C'est un dispositif informel, mais il est extrêmement symbolique et a un impact : les partis considèrent généralement que cela les décrédibilisera et que cela leur coûtera d'un point de vue électoral de le rompre. » 

Mais un parti n'a jamais été partisan du maintien de ce cordon sanitaire : la N-VA. Déjà dans son premier discours de cette soirée de résultats d'élections, Bart De Wever n'exclut pas de négocier avec le Vlaams Belang. Lors de la formation des coalitions à la suite des dernières communales, la question s'est notamment posée à Ninove où Bart De Wever a finalement renoncé suite à la publication d'une photo raciste par le leader local du Belang.

Ceci dit, la N-VA a pu profiter du cordon sanitaire qui ciblait le Vlaams Belang : « Il est intéressant d'observer que la N-VA a pu se développer en captant une part importante de l'électorat du Vlaams Belang en jouant notamment sur le discours du vote inutile envers le Vlaams Belang : ce parti étant sous le coup d'un cordon sanitaire, il n'arrivera jamais au pouvoir, donc cela ne sert à rien de voter pour lui. »

Aujourd'hui, la tendance s'inverse et une partie de l'électorat qui avait voté N-VA semble retourner dans les bras des extrémistes flamands. Mais les deux partis caracolent en tête partout : « La situation est inédite : les deux premiers partis de Flandre ont au moins en commun le désir d'indépendance de la Flandre. Cela donne énormément de poids en faveur du nationalisme. »

Et côté francophone ? 

Le cordon sanitaire n'a jamais été remis en question. 

Par contre, « Au MR, on voudrait aussi développer un cordon sanitaire vis-à-vis des partis considérés à la gauche radicale, comme le PTB », explique Benjamin Biard. Denis Ducarme, chef des libéraux à la Chambre, s'est plusieurs fois exprimés en ce sens.  Il reprochait notamment aux dirigeants du PTB de n'avoir fait « aucune autocritique » lors de la mort de Fidel Castro.

Les médias belges établissent-ils aussi un cordon sanitaire? 

Le cordon sanitaire concerne principalement le sud du pays : « Cela consiste pour les médias francophones à ne pas inviter des partis d'extrême droite, ne pas leur donner la parole. Ils peuvent les montrer, par contre. Ainsi, quand Filip Dewinter, le leader du Vlaams Belang, avait invité le président du PVV néerlandais [parti d'extrême droite aux Pays-Bas] à faire « un safari » à Molenbeek, il avait fait parler de lui, à défaut de pouvoir parler lui-même. »


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Mais au nord du pays, les leaders du Belang s'expriment régulièrement : « Cela permet d'expliquer au moins en partie la différence entre les scores réalisés par l'extrême droite en Flandre et en Wallonie ; ça ne veut pas dire que c'est la seule explication, mais l'exposition des partis d'extrême droite dans les médias flamands participe à leur score dans les urnes. En 2004, le Vlaams Belang était le premier parti de Flandre, c'est délicat de ne pas leur donner la parole. » Un serpent qui se mord la queue ?  

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