"Reuzegom": quelle est cette affaire où un étudiant flamand a perdu la vie lors d'un baptême ?

L’affaire "Reuzegom" connaît un nouveau rebondissement en Flandre. Deux mois avant le baptême étudiant qui aura coûté la vie à Sanda Dia (20 ans), il aurait été victime de propos racistes par les membres du club étudiant Reuzegom après un cantus. C’est ce qu’affirme Kenny Van Minsel sur Twitter, alors président de Loko, l’organisation qui regroupe les clubs étudiants de Louvain. Mais au fait, quelle est cette affaire "Reuzegom" où un étudiant d’origine sénégalaise a perdu la vie lors d’un baptême ?

"Deux mois avant sa mort [ndlr : Sanda Dia], nous avons été informés d’un incident raciste dans notre salle de fêtes Albatros. Le club en question était Reuzegom. La cible était Sanda Dia. Deux mois plus tard, Sanda est mort lors d’un baptême organisé par Reuzegom", a tweeté dimanche soir Kenny Van Minsel, président de l’organisation regroupant les clubs étudiants des différentes universités/haute écoles à Louvain (Loko).

Sanda Dia, dont le père est d’origine sénégalaise, est décédé en décembre 2018 lors d’un baptême pour devenir membre du club étudiant de Reuzegom. Il s’agit d’un club étudiant pour hommes créé en 1946 lié à la KU Leuven.

Au départ, le but du club qui s’appelait le OXACO-Leuven était de réunir les anciens élèves du Collège Xavier à Borgerhout (Anvers). Ce nom a été changé en 1957 en Reuzegom, une référence aux géants de Borgerhout, des marionnettes traditionnelles en bois qui étaient une attraction foraine à Borgerhout au XVIIIe siècle. C’est également le même nom que porte l’air joué toutes les quinze minutes par le carillon de la bibliothèque de l’université de Louvain.

Les faits

Selon une reconstitution du quotidien De Morgen, trois étudiants dont Sanda ont participé à un baptême à Louvain dans l’après-midi du 4 décembre 2018. Après avoir bu de grandes quantités d’alcool, les trois "bleus" ont été amenés en voiture à Vorselaar, à environ 50 kilomètres de Louvain.


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Pendant la soirée, les membres de Reuzegom auraient demandé aux "bleus" de rester dans un trou rempli de glaçons. Les étudiants auraient dû boire de l’huile de poisson, ce qui aurait provoqué une augmentation anormale de leur taux de sel dans le sang. Les trois étudiants ont ensuite été admis à l’hôpital UZA à Edegem, où Sanda Dia y décédera.

KU Leuven : sanctions trop légères ?

Directement après la mort de Sanda, le club Reuzegom s’est dissous. La KU Leuven a quant à elle sanctionné les 18 membres du club Reuzegom : 30 heures de travaux d’intérêt général et écrire un essai sur les rituels de baptême.

De nombreux professeurs de l’université ont alors décrié cette sanction dans une lettre ouverte au recteur de la KU Leuven parue sur la VRT : "Quel signal donnons-nous aux étudiants actuels et futurs si aucun des 18 auteurs de ces crimes n’a été sanctionné à ce jour ? Les auteurs des Reuzegom ont pu poursuivre leurs études, certains ont même obtenu leur diplôme. D’autres membres qui étaient au courant des circonstances de la mort de Sanda Dia ont connu peu d’entraves ou ont travaillé comme assistants au sein notre université. Cela dépasse l’entendement."

Le recteur a alors réagi : "Faisons attention à ne pas mettre en place un tribunal populaire avant même que le tribunal n’ait pu franchir l’étape cruciale de l’instruction d’un renvoi en justice."

Comme DaarDaar le rapportait le 14 août, la Vrije Universiteit Brussel (VUB) envisage d’entreprendre des démarches juridiques dans le cadre de l’affaire Reuzegom, car un de ses étudiants a été mis en examen pour implication dans le baptême dont l’issue a été fatale pour un participant.

Actes racistes ?

Avec son tweet et son témoignage dans la presse flamande, le président de Loko de l’époque, Kenny Van Minsel, établit un lien entre les messages racistes des membres de Reuzegom.


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L’enquête sur la mort du jeune étudiant, initialement aux mains du parquet d’Anvers, avait été transférée à celui du Limbourg car il est apparu au fil de l’enquête qu’un juge du tribunal de première instance d’Anvers avait un lien familial avec un membre du cercle étudiant impliqué.

Les 18 membres du cercle d’étudiants sont cités à comparaître dans le cadre de l’enquête ouverte pour homicide involontaire, traitement dégradant et administration de substances nuisibles. La chambre du conseil décidera le 4 septembre de leur éventuel renvoi devant le tribunal correctionnel.

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