Bye Bye Belgium: le regard des politiques 10 ans plus tard

" Bonsoir à tous. L’heure est grave. La Flandre va déclarer unilatéralement son indépendance, la Belgique en tant que telle n’existerait plus. "

Le 13 décembre 2006, c’est avec ces mots que François De Brigode entame le scénario catastrophe de Bye Bye Belgium. C’était il y a 10 ans mais pour beaucoup de nos hommes et femmes politiques, c’est comme si c’était hier. " Je m’en souviens très bien, explique Elio Di Rupo (PS), je voulais être tranquille pour la soirée, alors j’avais éteint mon GSM. A un moment, une personne est venue me chercher, en me demandant d’appeler d’urgence le Premier ministre. J’ai alors appelé Guy Verhofstadt. Il était dans tous ses états, il me disait 'je dois intervenir, c’est la panique, et tu dois intervenir aussi'". 

Ce jour-là, le député wallon, Jean-Luc Crucke (MR) était en pleine réunion : " Mes parents m’ont appelé pour me dire que c’était la fin de la Belgique. Il voulait savoir ce qu’ils devaient faire. Au début je me suis demandé s’ils n’avaient pas trop bu et puis plus tard j’ai vu l’émission. "

De son coté, le ministre bruxellois Guy Vanhengel (Open Vld) lui, n’a pas eu besoin de voir pour comprendre, puisqu’il a participé au docu-fiction. C’est d’ailleurs avec un sourire en coin qu’il explique : " Dans le scénario, le gouvernement bruxellois s’était réfugié dans la dixième boule de l’Atomium. C’était tellement gros ! On se disait que les gens allaient comprendre. Après, le soir-même, sur le plateau de la RTBF, on a été fort étonné qu’une partie de l’opinion publique croit à cette scission du pays. "

Entre colère et amusement

Mais une partie du public y a bel et bien cru, ce qui a eu le don d’agacer les politiques. Dès le lendemain, les critiques pleuvent : irresponsable, honteux, les mots sont durs. Elio Di Rupo comptait parmi les détracteurs et son avis n’a pas changé : " Chacun a sa liberté de créer, je ne le nie pas. Mais j’étais triste pour la profession de journaliste, car il y a eu un coup de canif dans la crédibilité des journalistes ".

La forme a été largement décriée par le monde politique, mais 10 ans plus tard, comment juge-t-on le fond ? Pour Guy Vanhengel, pas de doute, cet électrochoc était utile : " C’était une grosse caricature de ce qui se passait au niveau politique. Et parfois les caricatures, ça aide. Il y avait d’un côté les francophones qui avaient une peur exagérée du séparatisme, et puis de l’autre côté, les flamands qui ne réfléchissaient pas à quoi peut mener concrètement le séparatisme. Tout cela a donc provoqué une débat ".  Même son de cloche pour le député wallon Jean-Luc Crucke " Il y avait un important travail journalistique derrière. Sur ce coup, la RTBF a osé. En terme politique, ça a peut-être ouvert les yeux sur des sujets tabous que certains n’avaient pas nécessairement envie d’aborder. Mais alors ça fait comme un boomerang, ça vous revient en pleine figure et ça fait plus mal. "  

Le président du parlement flamand, le N-VA Jan Peumans partage cet avis. S’il avoue avoir bien ri en voyant l’émission, il ajoute : " Le reportage était intéressant, extravagant aussi. En 2006, on discutait déjà de nos compétences, alors pour moi, c’était une sorte de stimulant pour discuter de l’avenir de la Belgique. "

Et la Belgique dans 10 ans ? Bye Bye ?

Car si la sensibilisation a fonctionné, c’est avant tout parce que le scenario se basait sur des éléments bien réels. Entendre, comme dans Bye Bye Belgium, Bart De Wever dire que la Belgique est la somme de deux démocraties, c’est presque devenu une habitude.  Ces 10 dernières années, le pays a été secoué par plusieurs crises politiques et la N-VA n’a fait que monter en puissance. Alors, à quoi ressemblera la Belgique dans 10 ans ? Ce scénario de Bye Bye Belgium restera-il une fiction ?

Côté libéral, on en est certain mais on ne voit pas l’avenir de la même façon. " Pour moi, les choses vont changer, mais pas nécessairement dans le sens qu’on l’imagine, explique Guy Vanhengel. Je pense qu’on va se diriger vers une recentralisation des compétences. "  Connu pour ses positions régionalistes, Jean-Luc Crucke explique quant à lui : " c’est en ayant des régions plus fortes encore que la Belgique peut survivre. " Mais qu’en pense la N-VA ? ce parti dont les statuts stipulent que son objectif est bien la fin de la Belgique. " Dans 10 ans, je pense qu’il y aura eu une nouvelle réforme de l’état " répond très sobrement Jan Peumans. Et la fin de la Belgique ? " Ça, je ne sais pas quand ça arrivera ? A terme oui, il est possible que cela arrive, mais je ne sais pas quand. "

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