Bug lors des élections 2014: "Une forme d'incurie gouvernementale"

Médor a mené l'enquête sur le bug informatique
Médor a mené l'enquête sur le bug informatique - © Médor

Le futur magazine belge "Médor" a enquêté sur les causes et les responsabilités du bug informatique qui a entaché le bon déroulement des élections régionales, fédérales et européennes du 25 mai 2014. Tant les firmes privées chargées de l'organisation des élections que les institutions publiques en prennent pour leur grade.

Un logiciel qualifié de "merdique" (sic) et insuffisamment sécurisé dans le chef de la firme Stesud; un audit sommaire de PWC (Price Waterhouse Coopers) chargé d'en contrôler la qualité, voila pour les acteurs privés.

Côté public, un SPF Intérieur dont la cellule "élections" est réduite à quatre personnes, dont un seul informaticien, et qui se révèle dépassé par les enjeux techniques; un collège d'experts incapable d'assumer ses missions par manque de temps et de moyens; et enfin des assemblées législatives peu enclines à remettre en cause le résultat des élections, tel est le tableau que brosse la longue enquête (40 pages) menée par les quatre journalistes de "Médor".

Bien sûr, le bug n'a pas fondamentalement altéré le résultat des élections. Il n'a "détruit" que 2250 voix et n'a sans doute pas modifié la dévolution des sièges entre les partis.

Pour autant, cet incident a durablement entamé la crédibilité et la fiabilité du vote automatisé.

Les journalistes de "Médor" se sont aussi intéressés à la firme "Smartmatic", dont le logiciel incarne l'avenir du vote électronique. Ce système permet à l'électeur de doubler son vote par l'impression d'une version "papier" qu'il dépose dans une urne, ce qui permet un recomptage en cas de contestation.

Une firme opaque

Pourtant, les auteurs de l'enquête ne sont pas tendres pour Smartmatic. Si cette formule s'annonçait prometteuse à ses débuts, elle apparaît aujourd'hui déjà largement dépassée.

Des systèmes plus performants ont vu le jour, mais le contrat conclu entre l'Etat et la firme vénézuelienne porte sur 15 ans. Un informaticien s'est livré, pour le compte du magazine, à une vérification des lignes de code du logiciel Smartmatic. Un nombre important de clignotants se sont allumés, même si jusqu'à préent, Smartmatic a donné satisfaction.

Enfin, dernier élément révélé par l'enquête de "Médor", la firme Smartmatic n'est pas un modèle de transparence. La filiale belge renvoie à une boîte aux lettres aux Pays-Bas et l'entreprise semble friande des domiciliations dans les centres off-shore et les paradis fiscaux.

Pas de quoi rassurer le citoyen défiant par rapport à un système de vote qui a montré ses limites lors du dernier scrutin.

P. Carlot, avec Médor

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