Budget: pas d'apaisement des tensions entre fédéral et Wallonie

Comité de concertation: "Inacceptable de traiter les régions de la sorte"
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Comité de concertation: "Inacceptable de traiter les régions de la sorte" - © THIERRY ROGE - BELGA

La réunion du comité de concertation n'a pas permis d'arrondir les angles au sujet de la répartition des moyens budgétaires pour les différentes entités du pays, même si le Premier ministre Charles Michel a dit percevoir une "volonté large" d'aller de l'avant, mais a pointé la différence qui existe selon lui, dans l'attitude de la Wallonie et des deux autres régions par rapport à l'effort supplémentaire signifié aux régions. Ce alors que la Belgique doit plancher dans les semaines qui viennent sur la trajectoire européenne.

Une volonté large "peut-être pas unanime", a reconnu le chef du gouvernement fédéral, une allusion à la Région wallonne qui s'offusque de voir le fédéral réaliser le contrôle budgétaire sur son dos.

"On n’a pas les apaisements à ce stade, j’ai bien entendu les engagements du fédéral à faire toute la transparence sur les chiffres. C’est essentiel pour nous", a déclaré Paul Magnette à notre micro à la sortie de la réunion. "Il n'est pas acceptable de traiter les Régions de la sorte, la Wallonie en particulier", a estimé le ministre-président Paul Magnette. Grâce aux nouveaux calculs, le fédéral s'en est sorti avec un contrôle budgétaire moins douloureux que prévu alors que les Régions vont devoir revoir leur copie. Il y a une grande différence entre les chiffres des recettes fiscales communiquées en septembre et ceux annoncés lundi alors que les paramètres économiques ont peu évolué. La manière, jugée peu transparente, dont le fédéral renvoie l'addition aux Régions à la dernière minute constitue une "forme de mépris" à leur égard, a jugé Paul Magnette.

Pour Charles Michel, "il n'y a pire sourd que celui qui ne veut entendre". Il est normal, estime-t-il de prendre une décision sur base des dernières évaluations disponibles. "Ce qui compte, c'est que les chiffres soient corrects, ils le sont", précise-t-il. Confirmant une déclaration du vice-Premier ministre MR Didier Reynders, Charles Michel souligne que les Régions ont admis qu'elles s'attendaient à une situation négative pour l'entité II. Elles ont été surprises par son ampleur. Le gouvernement fédéral s'en tient donc à une logique d'explication, pas de négociation

Dans le chef de Rudi Vervoort, ministre-président de la région bruxelloise, il s'agit de dépasser la polémique pour remettre le fédéralisme de concertation sur les rails. "Ce qui importe avant tout, c'est de retrouver une sérénité et une méthode de travail qui soit de nature à restaurer la confiance être les uns et les autres", a fait valoir l'élu socialiste.

Geert Bourgeois (N-VA) indigné avant la réunion, résigné après

Du côté flamand, dès ce mardi, dans l’entourage du ministre-président Geert Bourgeois (N-VA), on pointait du doigt la nouvelle loi de financement, "déséquilibrée, mal ficelée". La N-VA ne digère toujours pas la sixième réforme de l’Etat. "Il est certain que cela va compliquer le budget flamand", précise une de nos sources. Ce mercredi, avant même la réunion, Geert Bourgeois s'est exprimé. Et sans gants. Il s'est dit scandalisé par la gestion "inappropriée" des recettes fiscales par l'administration fédérale. "La correction tardive du montant de l'impôt des personnes physiques à verser aux Régions relève d'une gestion inappropriée de l'administration fédérale", a estimé le ministre-président N-VA à son arrivée au Lambermont, la résidence du Premier ministre, où se tient une réunion du comité de concertation.

Selon Geert Bourgeois, le fédéral se moque de la Flandre qui avait confectionné un budget prudent et s'était réservé un petit matelas. Il s'agit à présent de trouver des solutions. Avec les nouvelles règles comptables, l'équilibre du budget flamand est à présent sérieusement menacé, constate-t-il, cela en raison "du manque de correction du fédéral".

Mais au sortir de la réunion, le leader du gouvernement flamand avait un ton plus résigné. "Pour nous, ces chiffres sont un fait accompli pour nous", a-t-il déclaré à la sortie de la réunion. "C'est la simple application de la loi spéciale mais seulement, c'est problématique que l'on ait eu d’autres chiffres que ceux-ci dans un premier temps". 

Le Premier ministre assure que le fédéral a été informé des nouveaux calculs réalisés par le SPF Finances en même temps que les Régions et qu'il leur fournit les chiffres en toute transparence. Des groupes de travail comprenant des fonctionnaires du SPF Finances et des représentants des Régions continueront à éplucher les chiffres durant les vacances de Pâques.

Ces fameux 750 millions

L'effort de 750 millions millions que devront faire les régions, et qui soulage le budget fédéral, n'était pas censé être à l'ordre du jour mais il a pourtant monopolisé la rencontre.

La moins-value est d'environ 250 millions d'euros pour la Wallonie, 105 millions d'euros pour Bruxelles et quelque 400 millions d'euros pour la Flandre. Une situation qui a permis au fédéral de réaliser un contrôle budgétaire beaucoup moins douloureux que prévu.

Le ministre wallon du budget, Christophe Lacroix, conteste les calculs du fédéral. Il parle d'une erreur de 45 millions au détriment de la Wallonie.

Ce dernier l'a confirmé ce matin sur nos antennes, il demande plus de transparence. Parce que dit-il, il n'y a aucun moyen à l'heure qu'il est de vérifier que les chiffres fournis par le Fédéral sont exacts. "Tout doit être remis à plat", estime le ministre wallon du Budget.

Le ministre bruxellois du budget Guy Vanhengel trouve, lui, étrange que les paramètres économiques s'améliorent et que les recettes fiscales baissent fortement dans le même temps. Il y a là, a priori, un paradoxe.

Jan Jambon (N-VA), vice-Premier ministre fédéral critique... la recette du budget fédéral

Le vice-Premier ministre fédéral N-VA Jan Jambon a pour sa part répété qu'il n'était pas surpris, son parti ayant voté contre une loi de financement dont il avait dit qu'elle s'avérerait néfaste pour la Flandre. "Nous avons toujours dit que la loi de financement était une mauvaise loi. On constate aujourd'hui qu'il y a effectivement des problèmes", a-t-il souligné. Les recettes allouées aux Régions sont dorénavant beaucoup plus instables, a-t-il souligné alors qu'auparavant les dotations étaient fixes.

RTBF

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