Budget: les critiques de l'opposition, les louanges de la majorité

Le budget 2013
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Face à une majorité défend sa copie, l'opposition ne mâche pas ses critiques. Ecolo déplore un exercice déséquilibré qui pénalise travailleurs et classes moyennes. Les FDF s'inquiètent pour la croissance. La N-VA dénonce un bric-à-brac. Le PTB prédit la récession et réclame un taxe sur les millionnaires.

Ecolo: déséquilibré

Pour Ecolo, c'est l'absence de vision politique qui caractérise l'accord budgétaire de la nuit dernière. Les Verts rappellent que ses effets s'ajoutent à des mesures "d'austérité" qui pénalisent travailleurs et classes moyennes: la dégressivité dans le temps des allocations de chômage, décidée antérieurement, est déjà appliquée. Les mesures du budget 2012 sur les pensions et sur l'aide à l'isolation s'y ajoutent. "Pendant ce long conclave, on a appliqué une stratégie classique, celle d'agiter des épouvantails et de titiller des tabous (index, TVA, etc) en laissant croire au final qu'on a échappé au pire", décrypte le parti d'opposition.

Ecolo repère dans les mesures annoncées une révision des mécanismes d'index, un gel des salaires, une diminution des dotations en sécurité sociale, mobilité ou justice, une remise en question unilatérale de la collaboration avec les entités fédérées (compétences dites usurpées, etc).

Les mesures compensatoires annoncées sont à ses yeux soit la revente de décisions déjà prises (la revalorisation des allocations les plus basses est prévue dans le Pacte des Générations), soit bien trop timides pour faire réellement la différence (limitation de l'effet des intérêts notionnels ou fiscalité sur les revenus des capitaux), soit difficilement acceptables sur le plan éthique (régularisation fiscale), soit totalement insuffisantes (régulation du secteur bancaire et financier).

"Le gouvernement n'a pu s'accorder sur des mesures fortes qui viseraient à mettre le secteur financier réellement à contribution", déplore encore Ecolo, considérant qu'il sera aisé d'échapper au projet de taxation des plus-values.

Pour le FDF, des mesures qui pèseront sur la croissance

Les décisions budgétaires prises par le gouvernement vont "peser négativement sur la croissance économique, malgré l'effet d'annonce de mesurettes de relance", estime le député fédéral FDF Bernard Clerfayt, à l'annonce de l'accord sur le projet de budget 2013 du gouvernement Di Rupo. Pour lui, les véritables mesures visant à encourager la croissance et à doper l'économie sont absentes.

Les mesures envisagées ont un effet "déprimant" pour la croissance de l'économie. Pour Bernard Clerfayt, il s'agit de plus de 3 milliards d'euros de ponction sur l'économie réelle: augmentation des impôts des sociétés, gel des salaires, réduction des avantages des titres-services, système one shot de régularisation fiscale.

Bernard Clerfayt a par ailleurs relevé que les 400 millions d'euros consacrés par le gouvernement à la relance ne représenteront qu'un peu plus de 10% de l'effort budgétaire et à peine "plus du double des dépenses pour la gare de Mons". "Depuis le début du conclave, nous n'assistons qu'à un long match gauche-droite, un affrontement idéologique entre les pistes des uns et des autres. L'équipe d'Elio Di Rupo doit pouvoir mettre en place un projet pour l'avenir de notre modèle économique et social, actuellement en danger".

Le gouvernement doit ainsi s'accorder sur la spécialisation industrielle pour les Régions de notre pays, la stratégie pour attirer les investisseurs étrangers, la stratégie concertée avec les Communautés en matière de formation professionnelle vers les emplois de demain ou encore le cadre pour les investissements du futur, en matière énergétique, et en matière de réseau de communication, énumère le député d'opposition.

Un bric-à-brac qui touche surtout l'épargnant flamand, selon la N-VA

La N-VA critique aussi l'accord de la majorité sur le budget 2013, estimant que celui-ci allait surtout affecter l'épargnant flamand, sans mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires.

Le chef du groupe nationaliste flamand à la Chambre, Jan Jambon, qualifie le budget de "bric-à-brac qui touche surtout l'épargnant flamand". Pour la N-VA, le gouvernement papillon repousse en réalité les assainissements nécessaires à plus tard et ne suit nullement les recommandations européennes en matière de réformes. "L'épargnant flamand va s'appauvrir: il n'a quasiment plus d'intérêt, mais il devra néanmoins payer plus d'impôts. La classe moyenne flamande est dupée", peste le député d'opposition

"Le gouvernement affirme qu'il économise 3,4 milliards d'euros, mais rien n'est moins vrai", ajoute-t-il. "Il lève ainsi 1,2 milliard d'euros de nouveaux impôts et prend des mesures uniques à hauteur de 1,8 milliard d'euros. Ce 1,8 milliard devra à nouveau être trouvé l'année prochaine. Di Rupo ne fait que reporter l'opération d'assainissement", selon lui.

La N-VA estime aussi que les entreprises sont grugées par ce budget. L'abaissement des impôts de 300 millions annoncé est jugé ridicule, d'autant qu'il est contrecarré par une hausse des impôts de 450 millions, affirme le parti nationaliste. "Ce n'est pas une politique de relance!", fustige Jan Jambon. "Les recommandations européennes pour mener des réformes structurelles sur le plan socio-économique sont à nouveau ignorées", conclut l'élu pour qui ce budget manque de vision et n'offre pas de garanties d'effet à long terme.

PTB: le monde du travail passe à la caisse, pas les millionnaires

"Ce plan n'est pas un plan de relance, mais de récession", réagit Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB. "Et contrairement à ce que dit le gouvernement, le monde du travail va continuer à financer le capital."

"Le gouvernement n'a pas été par le dos de la cuillère pour faire passer le monde du travail à la caisse: gel des salaires jusqu'en 2015 et fortement encadré après, manipulation de l'index, des nouvelles taxes et des coupes de 1,4 milliard d'euros dans la Sécu et les services publics", poursuit le PTB en réclamant une taxe sur les millionnaires "qui touche peu de gens, leur coûte peu et rapporte énormément" et en mitraillant les baisses de cotisations patronales, "le jackpot pour la FEB".

Il y aura de la marge pour une hausse des bas salaires, affirme Laurette Onkelinx

Le gel des salaires ne touchera pas les bas et moyens revenus, souligne par contre la Vice-première ministre socialiste et ministre des Affaires sociales, Laurette Onkelinx. "Il n'y a pas de gel des salaires. L'index et les augmentations barémiques seront maintenus, et des mesures sont prévues pour augmenter le salaire poche des bas et moyens revenus", a souligné Laurette Onkelinx, sur les ondes de La Première.

Selon elle, il n'y a certes pas de mesures pour faire contribuer les très grands patrimoines, mais bien les holdings qui font du bénéfice. Il a également été décidé de rendre obligatoire la séparation des banques de dépôt et des banques d'affaires. La Vice-première ministre a par ailleurs mis en avant les mesures rejetées en cours de négociation: une atteinte à l'index, une cotisation de crise, une atteinte aux pensions, une hausse de la TVA, le retour à la semaine des 40 heures, un assouplissement des règles sur les heures supplémentaires ou encore la suppression d'un jour férié.

Pas de mesure qui fâche et préservation des politiques de sécurité, pour Joëlle Milquet

Le budget adopté par le gouvernement évite les mesures qui fâchent et protège les politiques de sécurité, a estimé la vice-première ministre cdH et ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet: pour elle, les négociations ont abouti à la confection d'un "budget sérieux et équilibré". Les "mesures qui fâchent" ont été "évitées" dit-elle, citant le saut d'index et les augmentations de TVA.

Le budget permet, selon elle, la revalorisation à hauteur de 234 millions d'euros des allocations sociales et des pensions grâce au maintien de l'enveloppe de liaison au bien-être.

Joëlle Milquet a également mis en exergue les 300 millions dégagés pour soutenir la compétitivité et l'emploi. Elle fait remarquer qu'aucun mesures ne remet en cause la concertation sociale. La ministre de l'Intérieur souligne aussi que le budget "protège les politiques de sécurité" en permettant les engagements prévus. A ce propos, elle a précisé qu'elle avait obtenu une majoration de 40% (de 22 à 31 millions d'euros) du montant destiné à la dotation des zones de secours. Il s'agit d'un pas important dans la réforme définitive des zones de secours, dit-elle.

Le président du cdH Benoît Lutgen se réjouit "que les décisions prises par le gouvernement préservent au maximum le budget des citoyens et des familles, en effet, pas de saut d'index, pas d'augmentation de la TVA, pas de cotisation temporaire de crise…

Les engagements européens sont respectés, pour Didier Reynders

Le vice-premier ministre MR Didier Reynders s'est réjoui du fait que que l'issue des négociations ait permis de "respecter les engagements européens". Selon le chef de file libéral, il s'agit d'un exercice complet, budgétaire et de relance.Il s'attaque au coût du travail, salarial mais aussi énergétique, et permet de toucher à la loi de compétitivité. Enfin, il entraîne des réductions de dépenses et accouche de mesures non budgétaires.

"Il est essentiel de garder sa crédibilité sur les marchés financiers notamment pour bénéficier de taux d'intérêt très bas", a-t-il commenté, rappelant que la France venait de perdre son Triple A parce que les mesures du gouvernement français ne sont pas considérés comme crédibles.

Le vice-premier MR souligne aussi que l'effort réalisé se fait surtout dans les dépenses de l'Etat par le rejet des demandes nouvelles, la limitation des recrutements et la limitation du "train de vie" de l'Etat et de la sécurité sociale.

Dans le domaine de la santé, diverses mesures ont été prises mais le gouvernement a veillé à ne empêcher la conclusion d'un accord médico-mutualiste, a encore noté Didier Reynders. "Le reste consiste pour l'essentiel, en mesures exceptionnelles: la vente de licence de téléphone, la lutte contre la fraude sociale et fiscale et l'opération de régularisation", a-t-il ajouté.

Dans la lutte contre la fraude, Didier Reynders souligne que les efforts seront à peu près les mêmes dans la lutte contre la fraude sociale (cotisations et allocations) et la fraude fiscale. Chaque poste représente environ 200 millions d'euros. "C'est la première fois que c'est le cas", se réjouit Didier Reynders.

Quant à la nouvelle opération de régularisation, elle devrait rapporter environ 500 millions d'euros et concerne cette fois aussi la grande fraude et ce qu'on appelle la fraude organisée.

La régularisation sera non seulement fiscale mais aussi pénale via la transaction pénale. Cette mesure est importante, notamment en cas d'héritage ou de transfert d'entreprise lorsque le nouveau gestionnaire découvre une double comptabilité et qu'il veut la régulariser, a-t-il expliqué.

Toujours selon Didier Reynders, il n'y aura pas de TVA sur les honoraires d'avocats. Le taux de l'impôt mobilier qui est actuellement fixé à 21% passe à 25% quelque soit le montant concerné. On supprime ainsi la complication de la mesure par laquelle on taxait à 25% lorsque les intérêts étaient supérieurs à 20 000 euros. On adapte également le taux pour les intérêts notionnels.

Enfin le vice-premier ministre a encore mis en exergue le fait que ce que l'Etat retire de ses investissements dans les banques est toujours supérieur à ce qu'il débourse. "Cela a toujours été le cas jusqu'à présent et cela restera le cas en 2013 et 2014 malgré la dernière opération Dexia".

Par ailleurs, le vice-premier souligne que le gouvernement a dégagé 300 millions d'euros pour le compétitivité ce qui représente en fait 400 millions d'euros si on tient compte de l'effet de retour. Ce montant sera mis à la disposition des partenaires sociaux. Ils pourront décider de réductions de charges mais aussi d'une augmentation du salaire minimum. En dehors de cela, il n'y aura pas d'augmentation salariale en dehors de l'index et des augmentations barémiques.

Selon Didier Reynders, l'écart salarial entre la Belgique et ses trois pays voisins "que tous les partenaires admettent" sera réduit en 6 ans. Le prochain accord interprofessionnel (AIP) 2013-2014 devrait déjà réduire cet écart de 1,6%.

Enfin, la révision de la loi de 1996 et du panier de l'index devrait également y contribuer.

Charles Michel, le président du MR se réjouit aussi: "Le gouvernement poursuit les efforts d'assainissement indispensables dans le respect des engagements européens tout en mobilisant 400 millions sur base annuelle pour soutenir l'emploi et les entreprises. C'est un signal important en cette période particulièrement préoccupante pour notre économie".

Pas de charges importantes et l'emploi au centre des préoccupations, souligne Alexander De Croo

Le vice-premier ministre Open Vld Alexander De Croo est sorti satisfait des négociations budgétaires qui n'ont pas accouché de "charges importantes" et ont mis l'emploi au centre des priorités. Il se félicite d'avoir pu obtenir la modération salariale et une "réforme structurelle du mécanisme d'indexation" des salaires (en fait une modification annoncée du panier permettant le calcul de l'index). Par ailleurs "le handicap salarial sera mis hors jeu d'ici six ans", a souligné Alexander De Croo.

Ce dernier aurait également souhaité une plus grande flexibilité du marché du travail. Il n'y a pas eu d'accord sur les mesures proposées. Mais elles ont été "listées", a dit Alexander De Croo et il a été demandé aux partenaires sociaux de faire des propositions à cet égard d'ici la fin de l'année faute de quoi le gouvernement agira.

Pour Johan Vande Lanotte, on n'a pas touché au pouvoir d'achat de ceux qui travaillent

On n'a pas touché au pouvoir d'achat des gens qui travaillent dès lors que le mécanisme de l'index a été maintenu, dit le Vice-premier socialiste flamand. Dans le même temps, la modération salariale des deux prochaines années fera en sorte que nous rattraperons notre handicap de compétitivité de 1,5% au cours des deux prochaines années, a affirmé Johan Vande Lanotte sur les ondes de la VRT. Pour lui, cela ne s'était jamais produit au cours des deux dernières législatures.

Selon le chef de file gouvernemental du parti socialiste flamand, on a opéré un glissement de charges à concurrence de 500 millions d'euros du travail aux revenus du capital (assurances et fonds de placement) qui "contribuent sérieusement et mieux" qu'auparavant. Johan Vande Lanotte s'est par ailleurs félicité de la libération de 300 millions d'euros au profit des petites pensions et des bas salaires. Pour lui, la concertation sociale n'a pas été rendue impossible par l'accord et l'État produit un effort considérable.

Un budget qui maintient le cap, pour le CD&V

Le CD&V rappelle aussi qu'un budget en ordre est le meilleure mesure de relance possible: un budget en équilibre, une rareté en Europe, c'est s'assurer la confiance et le crédit, ce qui n'a pas de valeur en ces temps de crise.

Le parti juge que la compétitivité ne s'améliorera que sur le long terme, qui demandera des efforts à tous.

Pour Wouter Beke, le président des démocrates-chrétiens flamands, "nous mettons peu à peu de l'ordre pour l'avenir, il est essentiel de réduire le déficit du budget à 2,15% en 2013. C'est la meilleure garantie pour assurer l'avenir du Flamand. Mais personne n'ignore qu'il faudra faire plus pour donner plus d'oxygène à notre économie. C'est tout à l'honneur du gouvernement d'avoir réussi à faire un pas important dans la bonne direction".

RTBF avec Belga

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