Budget: le gouvernement dit mettre de "la douceur dans la rigueur"

Budget: le gouvernement dit mettre de "la douceur dans la rigueur"
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Budget: le gouvernement dit mettre de "la douceur dans la rigueur" - © Pierre Kroll - RTBF

Après une semaine de négociations, un accord a enfin été arraché lors du conclave budgétaire. Le gouvernement l'affirme, les mesures prises n'affecteront pas le pouvoir d'achat des citoyens. L'opposition et les syndicats ont des avis plus nuancés. La FEB salue des mesures qui vont dans le bon sens, selon elle, mais enjoint les autorités du pays à aller plus loin.

Le premier constat qui a frappé les observateurs concernant la dernière négociation budgétaire est le temps pris par les négociateurs pour aboutir à un accord. Alors pourquoi cet accouchement au forceps ?

"Il n'y a pas de magie, il y a six formations politiques et six sensibilités différentes mais nous voulons tous la stabilité du pays", avait déjà répondu le Premier ministre Elio Di Rupo lors de la conférence de presse de ce dimanche matin.

Sur le plateau de Mise au Point, Laurette Onkelinx lui a emboîté le pas avançant qu’il y avait des opinions très différentes à faire converger. De plus "nous voulions éviter ce qui s’est passé à l’étranger", à savoir des mesures de rigueur qui touchent directement le pouvoir d’achat des citoyens.

"Dans les mesures prises, il n’y a pas de diminution de salaire minimum, pas d’augmentation de TVA". Il n’y a pas non plus de baisse "ni des montants des pensions, ni des allocations familiales", ajoutait encore Elio Di Rupo ce matin.

La "douceur dans la rigueur"

La méthode du Premier ministre, où toutes les mesures proposées sont passées au crible par des experts afin d’en évaluer les effets, a été critiquée en ce qu’elle allongeait également les discussions. " Moi je trouve que la méthode d’Elio Di Rupo a été une excellente méthode ", affirme le ministre libéral du Budget, Olivier Chastel. " Chaque famille politique a pu exposer ses idées ", précise-t-il. "Toutes les mesures ont pu décanter", poursuit le ministre et au bout du compte, le résultat lui semble concluant et surtout "équilibré" dans la répartition entre réduction des dépenses et nouvelles recettes. Le tout "sans toucher au pouvoir d’achat de nos concitoyens", martèle Olivier Chastel.

Si cela a pris du temps, c’est que le gouvernement a cherché "ligne par ligne", comment "mettre des airbags partout", explique pour sa part Joëlle Milquet. Autrement dit, comment " mettre de la douceur dans la rigueur ", lâche la ministre de l’Intérieur. Au-delà de l’équilibre donc, "la douceur dans la rigueur, c’est ce que je pense que nous avons inventé en Belgique ", estime la mandataire cdH.

Pour le FDF, le gouvernement est responsable de la faiblesse de la croissance

Face à la satisfaction affichée par les représentants du gouvernement, Bernard Clerfayt, député FDF, juge, lui, que si un contrôle budgétaire a été nécessaire, c’est que l’exécutif a bâclé sa première copie. La Belgique s’est dès lors fait tirer l’oreille par la Commission européenne.

Un argument face auquel les trois ministres présents répondent en chœur. S’il a fallu procéder à un ajustement c’est que les prévisions de croissance ont dû être revues à la baisse suite à la crise de la zone euro.

Pour le bourgmestre de Schaerbeek, la baisse de croissance est justement imputable aux mesures prises par le gouvernement. Un raccourci qui fait sourire du côté du gouvernement Di Rupo, venant de la part de celui qui fut Secrétaire d'Etat aux Finances du gouvernement Leterme.

"J’ai plein de sympathie pour votre entrée dans l’opposition mais il ne faut pas dire n’importe quoi", ironise Joëlle Milquet. "N’allez pas faire porter à une équipe gouvernementale en place depuis trois mois après une crise majeure la responsabilité d’une baisse de croissance" généralisée de l’économie européenne, lui rétorque-t-elle.

Laurette Onkelinx: "L'esprit de Tobin"  

De son côté, Ecolo, par la voix de sa cheffe de groupe au Parlement, Muriel Gerkens, a mis le doigt sur des "opportunités manquées". D’après la députée verte, le moment était propice pour prendre certaines mesures fortes qui ne l’ont pas été (intérêts notionnels, impôt minimal des sociétés,…). De plus, "il n’y a pas d’ambition de relance", épingle-t-elle.

Laurette Onkelinx, ministre des Affaires sociales, lui rétorque que si l’impôt minimal des société n’a pas été obtenu, des mesures alternatives l’ont été. "Quand on fait payer la spéculation (...), qu'on punit les banques qui collectent l'épargne mais n'investissent pas dans l'économie réelle, c'est bon pour l'économie", le taux de la taxe sur les actions passe de 0,22 à 0,25 et les SICAV seront également plus ponctionnées. Sur ce dossier, "on est précurseur avec la France, les autres pays ne vont pas dans ce sens-là. C’est dans l’esprit de Tobin", estime la Vice-Première ministre.

La secrétaire générale de la FGTB, Anne Demelenne, s’est dit, elle, "toujours sous le coup des mesures prises en décembre dernier (lors du premier effort de 11,3 milliards réalisé par le gouvernement où le gouvernement avait notamment réaménagé les fins de carrière, ndlr)". Mais elle n’a rien pointé d’inacceptable dans les mesures prises lors de ce contrôle budgétaire. "S’il y avait eu une deuxième couche (de mesures douloureuses pour les travailleurs, ndlr), cela aurait été dramatique pour le pouvoir d’achat".

"Je reconnais le travail qui a été fait", concède une Anne Demelenne rassurée "pour le moment" par le fait que l’on n’ait pas touché à l’index. Cette dernière a toutefois précisé que la FGTB resterait "attentive" car " du côté de la Commission européenne, il y a des attaques incessantes " contre les acquis sociaux en général et l’indexation automatique des salaires en particulier.

La FEB se "réjouit"

Et si on "reconnaît le travail accompli" du côté syndical, dans le camp des patrons on se réjouit carrément.

"Nous nous réjouissons des mesures qui viennent d’être prises. Nous avons un gouvernement qui gouverne réellement et qui réagit vite". Les louanges sont de Pierre Alain De Smedt, le président de la FEB. Et les fleurs verbales de continuer à être distribuées : "au niveau des entreprises on se réjouit sur le fait qu’un premier pas soit fait sur l’allègement du poids étatique". 

Cependant cet enthousiasme est nuancé par le fait que "nous avons le taux de prélèvement le plus élevé d’Europe, on ne pouvait pas aggraver ça", relève le patron des patrons. "Il faut maintenant que l’exercice budgétaire se termine et sortir de la sinistrose pour faire de la relance. La page compétitivité est à peu près blanche. Ce pays a un énorme problème de compétitivité", estime Pierre Alain De Smedt.

Julien Vlassenbroek

 

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