Budget : la N-VA a-t-elle raison de considérer que la Belgique prend le chemin de la Grèce ?

C’était une déclaration de Theo Francken, député N-VA, ce matin sur les antennes de La Première : "L’année prochaine, la Belgique aura un déficit de 20 milliards… On est en train de devenir la Grèce". Alors Déclic a voulu vérifier cette affirmation de l’ancien secrétaire d’État.

Ce qui donne raison à Theo Francken

Si on se plonge dans les chiffres, deux éléments peuvent donner raison à Theo Francken dans sa comparaison Belgique-Grèce, le déficit et la croissance de la dette.

Pour le déficit, les prévisions de la Belgique pour 2022 sont un peu moins bonnes que celles de la Grèce. Le gouvernement De Croo table sur un différentiel de -3,1% entre ses recettes et ses dépenses, là où la Grèce, dans les prévisions du FMI, est sur la trajectoire d’un déficit de -2,6%.

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Au niveau de la croissance de la dette les graphiques sont clairs (vidéo ci-dessus) : la dette Belge progresse, ces dernières années, bien plus vite que la dette grecque. Rappelons que la Grèce a été soumise à une cure d’austérité forcée, depuis 2010, imposée par l’Union Européenne et le FMI.

Ce qui donne tort à Theo Francken

Cependant, sur d’autres indicateurs, les différences sont gigantesques… Et au désavantage de la Grèce. La dette publique grecque équivaut à 209% de son PIB, là ou ce ratio est de 114% pour la Belgique. Si l’on fait le rapport entre la dette et les recettes de l’état, le différentiel est encore plus grand : la dette belge équivaut à 228% de ses recettes annuelles, pour la Grèce c’est 418%.

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Et puis les fondamentaux de l’économie belge sont très différents de ceux de l’économie grecque. La Belgique a encore un vrai tissu industriel dans des secteurs de pointe (comme le pharmaceutique), là où l’économie grecque dépend très fortement de son tourisme. Le taux d’emploi belge s’élève à 70%, celui de la Grèce (plus mauvais élève de l’Europe) est de 61%. En matière de recherche et développement, la Grèce investi 2,5 fois moins que la Belgique. Et les comparaisons peuvent être multipliées : la Belgique investit par exemple 28% de son PIB dans le social, la Grèce seulement 24% (chiffres OCDE).

Pour les économistes consultés, la différence se marque aussi surtout sur les infrastructures, les capacités administratives, l’organisation du marché du travail… Sur tous ces enjeux, il n’y a pas photo dans les comparaisons Belgique-Grèce.

Pour les agences de notation, la différence est claire

Même les agences de notation, font une nette différence entre nos deux pays, pourtant tous deux très endettés. La note Moody’s de la Belgique (AA3 – haute qualité) est de 13 crans plus haute que celle de la Grèce (B3 – très spéculatif). Cela ne veut pas dire que la Belgique n’a pas d’importants défis à relever (au niveau de l’emploi, de la dette, de l’investissement dans la transition…) mais de l’avis de tous les économistes consultés, la comparer à la Grèce n’a pas vraiment de sens.

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