Bruxelles: la ville que l'on quitte lorsqu'on a des enfants?

Le débat sur l’avenir des allocations familiales à Bruxelles cale. Aucun accord politique en vue face à des positions de plus en plus crispées autour d'enjeux qui passent un peu au-dessus de la tête des familles bruxelloises. Mais c'est pourtant bien d'argent qu'il s'agit.

Pour Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles, les familles qui vivent à Bruxelles s'inquiètent de voir les choses avancer en Flandre et en Wallonie mais pas à Bruxelles. "Elles (les familles) en ont assez d'entendre parler de la spécificité bruxelloise pour lui faire dire tout et son contraire. " Et de citer plusieurs aspects de la vie bruxelloise: le premier est qu'à Bruxelles, les familles bougent plus qu'ailleurs. 2% de personnes sont entrées à Bruxelles contre 3,18% qui en sont sortis l'an dernier. "Cela veut dire qu'il y a plus de départs que d'entrées dans la Régions-Capitale. Ce n'est pas le cas en Wallonie et en Flandre, où il y a plus d'entrées que de sorties."  Delphine Chabbert en tire la conclusion que Bruxelles est une ville que l'on quitte quand on a des enfants."

Dire aux familles qu'elles ont le choix c'est un leurre

Le dernier baromètre de la Ligue des familles montre en effet que les familles déménagent beaucoup d'une région à l'autre, surtout en fonction de leur vie familiale. Pour les familles bruxelloises, très souvent c'est l'arrivée d'un enfant qui mène à la décision de quitter la ville pour se mettre au vert. Et, au contraire, ce sont les séparations qui entraînent les souvent les familles monoparentales à revenir à Bruxelles pour repartir après une recomposition. Ce sont bien sûr des tendances, mais qui expriment une réalité. Ce phénomène est encore aggravé par le traitement des allocations familiales à Bruxelles.

"Dire aux familles qu'elles ont le choix c'est un leurre, explique Delphine Chabbert: "En cas de séparation, par exemple, vous pouvez choisir de domicilier l'enfant dans la région qui vous arrange au niveau du système d'allocations familiales, mais ce n’est pas comme ça que cela se passe. Parce que choisir le domicile de l'enfant aura des incidences peut-être positives en allocations familiales, mais aussi des incidences fiscales, sur le choix de l'école, sur le prix des transports, etc. Et tous ces calculs pourrissent la vie des familles, puisqu'à chaque fois c'est une source de conflit." Raison pour laquelle la Ligue des familles revendique un système d'allocations familiales Bruxellois qui se rapproche le plus proche possible de celui des deux autres régions.

Les allocations familiales ne sont pas une baguette magique

Delphine Chabbert dit avoir toujours été défavorable à la régionalisation des allocations familiales. Le taux de pauvreté étant plus important qu'ailleurs dans le pays, elle admet qu’aider les familles dans la précarité est une nécessité.  "A Bruxelles, 4 enfants sur 10 sont en risque de pauvreté contre 1 sur 4 en Wallonie, Même chose pour les familles monoparentales qui sont plus nombreuses et plus exposées à ce risque de pauvreté. Il est important d'augmenter les suppléments sociaux pour aider ces familles. Avec le modèle wallon, par exemple, on a multiplié par 4 la part du budget alloué aux familles en difficulté. Il faut faire la même chose à Bruxelles, mais il ne faut pas croire que les allocations familiales vont tout régler. Il y a la pauvreté, mais aussi le manque d'emplois pour les parents, le coût du logement exorbitant, le manque de place en crèche ou dans les écoles… Les allocations familiales ne sont pas une baguette magique. "

Quelle solution pour Bruxelles?

Pour Delphine Chabbert, toutes les visions sont dictées par des agendas politiques, des visions figées sur une région ou sur l'autre et à courts termes, très loin des réalités des familles bruxelloises. "Pour la Ligue des Familles, le pire serait qu'il n'y ait pas d'accord du tout à Bruxelles, tandis que les deux autres régions amélioreraient leur système d'allocations familiales dès 2019." Ce que nous demandons c'est la poursuite des négociations, et surtout de l'ambition pour les familles bruxelloises. Il n'y a aucune raison qu'elles n'aient pas à l'avenir des montants d'allocations familiales équivalents en Wallonie et en Flandre, parce qu'alors qui voudrait encore vivre ici? Je me le demande.

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