Brussels Airport: le bruit coûte 63 millions par an et des années "de vie en bonne santé"

Le bruit fait partie du quotidien des habitants des grandes villes. Mais le bruit n’est pas neutre, d’un point de vue sanitaire : il y a des effets sur l’audition (acouphènes, perte temporaire de l’audition, fatigue auditive), mais aussi des effets "extra-auditifs" : troubles du sommeil, gênes diverses, troubles de l’apprentissage, etc. De quoi peser sur "l’espérance de vie en bonne santé" des habitants de grands centres urbains, comme Paris ou Bruxelles.

"L’espérance de vie en bonne santé", une notion scientifique

"DALY", "disability adjusted life years" ou "nombre d’années de vie en bonne santé perdues" ou encore "EVCI", "Espérance de vie corrigée de l’incapacité", c’est l’indicateur de l’impact sanitaire du bruit des moyens de transport, qu’ils soient sur rail, sur route ou dans les airs. C’est un indicateur utilisé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Et c’est indicateur est utilisé dans une étude de Bruxelles Environnement qui évalue "les impacts sanitaire et économique du bruit des transports en région de Bruxelles-Capitale", que nous avons pu consulter. Deux aspects sont particulièrement étudiés : la gêne et les troubles du sommeil.

Impact économique chiffré

Ainsi, pour l’année 2011, le nombre d’années de vie en bonne santé perdues, tant en "gêne" qu’en "troubles du sommeil" sur le territoire bruxellois a été évalué à 5300. C’est le bruit routier qui est majoritairement en cause, à hauteur de 70% des nuisances recensées, largement devant le bruit aérien (24%) et le bruit ferroviaire (6%).

Il y a un impact sanitaire, mais il y a aussi un impact économique, qui peut être calculé. On utilise les DALY qu’on multiplie par "la valeur statistique économique d’une année de vie" (VSLY en anglais). Comme l’explique le rapport, l’OMS retient le chiffre de 50 000€ pour une VSLY. Ainsi, en 2011, l’impact du bruit à Bruxelles a coûté 265 millions d’euros. Le trafic aérien seul a représenté plus de 63 millions. Rappelons qu’en 2011, la plan Wathelet n’était pas d’application.

Comparaison avec Paris

Bruxelles-Environnement a comparé la situation de Bruxelles et celle de Paris. Paris, une ville bien plus grande, mais qui dispose de deux aéroports. Dans la capitale française, l’on constate un impact moins important du trafic aérien : seuls 7% des DALY sont à mettre au passif des avions qui survolent le ville lumière. Et lorsqu’on analyse les chiffres concernant les troubles du sommeil, on remarque que les Parisiens sont à peine dérangés par les avions. Ainsi, comme l’indique le rapport de Bruxelles Environnement, la proportion du bruit aérien est 18 fois supérieure en région bruxelloise par rapport à Paris. Et ceci, rappelons-le, concerne l’année 2011, avant le plan Wathelet, le virage plus large à gauche et l’utilisation de la "route du Canal", deux trajectoires aujourd’hui bien moins utilisés par les avions décollant de Brussels Airport qu’en 2014-2015.

Pour Céline Fremault, ces chiffres, c'est la confirmation que sa vision quant à la défense des Bruxellois est la bonne : "cette étude me conforte dans ma position et donne une valeur scientifique et objective à ce que vivent les Bruxellois ! On ne peut décemment pas nous demander que l’aéroport se développe à plan de vol équivalent et qu’on mette nos normes en sourdine. Aujourd’hui, la santé de plus d’un million de personnes pèse autant si pas plus que tous les arguments économiques et les chiffres dont on nous abreuve depuis des mois." Référence ici aux menaces de pertes d'emplois régulièrement proférées par Brussels Airport et la région flamande, une région qui a activé une procédure en conflit d'intérêt contre la décision bruxelloise de ne plus permettre de tolérance concernant les dépassements de bruit des avions qui survolent la capitale. "Quand l’aéroport, le Fédéral et la Flandre veulent faire parler les chiffres comme ils le font depuis des semaines, il faut qu’ils aient l’honnêteté de regarder l’ensemble des coûts que cela engendre y compris les coûts sanitaires. Or, ils ont tendance à les occulter. Les coûts présentés ici ne représentent d'ailleurs qu’une fourchette basse car, faute de données disponibles, nous n’avons pas encore pu prendre totalement en compte d’autres impacts du bruit ( les maladies cardiovasculaires, la dépréciation immobilière, …)"

Le Comité de concertation,  qui a lieu ce mercredi matin, risque d'être animé...

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