Braine-le-comte : du lait détruit dans les champs

Du lait en poudre projeté dans les champs
Du lait en poudre projeté dans les champs - © Luciano Arcangeli

Du lait en poudre projeté dans les champs hennuyers. L'image est insolite et en forme de message d'alerte lancée par les producteurs laitiers aux instances de la Commission européenne. Ils dénoncent de la sorte plusieurs choses : tout d'abord un prix de production au litre, nettement insuffisant pour permettre aux producteurs de vivre. Erwin Schopges, le porte-parole du mouvement : " On est aujourd'hui sous la barre des trente centimes au litre. C'est insuffisant pour nous permettre de gagner notre pain. C'est aussi inconcevable de vendre à tel prix quand on sait que des stocks de lait en poudre son constitués par les sociétés privées, qui font de la spéculation, et revendent en Afrique, quand le prix est au plus haut. C'est encore plus décevant quand on sait que la Commission européenne, vient de financer ces spéculateurs privés à hauteur de trente millions d'euros. Alors que dans nos fermes, les agriculteurs ont du mal, et reçoivent tous les jours des signes pour baisser leurs prix. Aujourd'hui en France, en Lettonie, en Italie, des fermiers ont décidé de détruire leur production. C'est un signal d'alarme que nous lançons aux instances européennes. Nous attendons plus de considération et aussi des actes de soutien."

Deux minutes plus tard, un nuage blanc s'élève au dessus de Braine-le-Comte. Le lait, sous la forme de poudre, est détruit devant les caméras et les journalistes sur les champs... 

A quelques kilomètres de là, dans son magasin ferme d'Aiseau-Presles, Eric Wingaert confirme : " Grace au Coronavirus, nous avons relancé nos ventes à la ferme, nous vendons notre lait au juste prix, soit un euro le litre. Du bon lait, frais et complet. Et ce qui est paradoxal, c'est que les consommateurs de notre région ont retrouvé le gout des produits de la ferme. Nous travaillons comme jamais. Mais, cela n'est pas grace à l'Europe. Loin de là. Ils nous demandent de réduire nos productions ou de vendre sous la barre des trente centimes. Nous savons que cela part dans des stocks gigantesques, qui sont ensuite revendus après traitement vers l' Afrique et ce qui est plus scandaleux encore, c'est que ces poudres de lait, sont séparées de leurs matières grasses qui restent ici en Europe pour l'industrie alimentaire. On envoie aux africains, de la poudre qu'ils doivent ensuite re-mélanger avec de l'huile de palme, importée d'Inde... Mais on se moque de qui ? ".  

"Or blanc"?

Guy Francq, militant du MIG-EMB renchérit : "Manifestement, le lait est devenu pour certains, un véritable "or blanc". Qui est à la manoeuvre ? Des groupes industriels qui n'hésitent pas à faire main basse sur les stocks existants. Acheter au prix le plus bas, revendre au plus le plus haut. Quand on met sur la balance des milliers de tonnes, les profits réalisés sont considérables. Les membres de l'association des producteurs laitiers ont mené leur propre enquête. Et découvert un marché totalement aux mains de spéculateurs qui réalisent des profits non négligeables avec l'appui, c'est ce qui est le plus étonnant, de subsides européens." 

De notre côté, nous avons tenté de joindre quelques parlementaires européens. A ce stade sans succès. Mais nous reviendrons sur ce dossier, qui soulève véritablement de nombreuses questions. 

La conclusion vient d'Eric Wingaert. " Je pense qu'il faut vraiment imaginer dans quel état d'esprit doit se trouver l'agriculteur qui produit du bon lait à Dakar, et qui voit arriver sur son marché intérieur, de la poudre de lait européenne, coupée avec de l'huile de palme ! Je pense que ce monde ne tourne plus très rond... ".