Bilan des négociations au fédéral: 232 jours, 4 duos d'informateurs, et zéro gouvernement

La mission de Georges-Louis Bouchez et de Joachim Coens est prolongée. Le Roi leur donne encore du temps. Ils avaient été désignés informateurs le 10 décembre, prenant le relais de Paul Magnette. Depuis le 26 mai dernier, pas moins de 4 missions d'information se sont succédées. Récapitulons. 

Premier duo : Vande Lanotte-Reynders 

Souvenez-vous de cette fin du mois de mai. Après 3 journées de consultation au Palais Royal, le Roi Philippe nomme Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (SP.A). Ils rentrent en piste le 31 mai pour ce double rôle d'informateurs royaux.

Les deux hommes ne sont pas choisis au hasard, que du contraire. Tous deux sont des hommes d'expérience et ont déjà mené ce genre de mission. Didier Reynders était déjà informateur en 2007 et Johan Vande Lanotte a porté la casquette de "conciliateur royal" en 2010. Connaissance des rouages politiques belges, carnets d'adresse ou réputation, ils disposent des outils nécessaires pour déblayer le terrain. Sans qu'aucun n'ait un agenda personnel. Didier Reynders est pressenti aux fonctions européennes et Johan Vande Lanotte a dit au revoir à la politique active. 

Cette première mission d'information est exceptionnellement longue. Elle dure au total 131 jours. C'est un record. D'habitude, ces missions d'informations ne dépassent pas le mois, d'après Jean Faniel, le directeur général du CRISP. Après 4 mois, les informateurs remettent un rapport au Roi. Une base de 3 notes pour entamer la "préformation" d'un gouvernement fédéral selon eux. En réunissant 6 partis, soit PS-SP.A-MR-Open VLD-N-VA et CD&V, ils lancent un appel au PS et à la N-VA pour la suite.

Deuxième duo : Demotte-Bourgeois

La balle est alors dans le camp des deux grandes forces politiques de leur Communauté après les élections, PS et N-VA. Le Roi désigne le socialiste Rudy Demotte coté francophone, et le nationaliste Geert Bourgeois côté flamand, cette fois dans des rôles de préformateurs

A partir du 08 octobre, ils ont une mission de préformation en vue d'une formation d'un gouvernement fédéral. Poussés dans le dos par le Roi et malgré le fossé idéologique qui les sépare, les préformateurs doivent d'après le Palais, examiner "les bases concrètes en vue de la formation d’un gouvernement fédéral autour de leur parti respectif, et ceci avec les quatre autres partis impliqués dans les discussions". 

"Travailler sur un dialogue constructif"

Ce duo inédit dispose de deux atouts, leur personnalité et la note des informateurs précédents. Rudy Demotte et Geert bourgeois s'entendent bien. " Nous avons pour vocation de travailler sur un dialogue constructif entre nos deux formations politiques. Sachant que pour cela, il fallait des personnalités qui ont des approches modérées. Nous nous connaissons depuis de nombreuses années, monsieur Bourgeois et moi", expliquait Rudy Demotte juste après sa nomination.

Mais une bonne entente est loin d'être suffisante. Le 4 novembre, les préformateurs demandent au Roi d'être déchargés de leur mission. L'échec est clair et total. Ils remettent un rapport de 4 pages. 4 pages qui vont droit au but : l'entente entre le PS et la N-VA est tout bonnement impossible. Le rapport Demotte/Bourgeois se conclut ainsi : "les divergences de fond entre le PS et la N-VA sont telles qu’elles ne permettent pas d’engager une phase suivante bâtie autour de ces deux partis". 

Paul Magnette devient informateur

Dans la foulée, Paul Magnette enfile la cape d'informateur le 5 novembre, un peu pris de court. C'est la première fois qu'un seul chargé de mission est désigné. C'est aussi un retour en arrière, puisqu'on revient à un stade d'information par lequel sont déjà passés Didier Reynders et Johan Vande Lanotte pendant 4 mois.

Paul Magnette a alors 13 jours pour rendre son rapport au Roi. Le timing est serré. Le nouveau président du PS rencontre dès le 6 novembre les 5 partis impliqués jusqu'alors dans le processus de formation du gouvernement fédéral avec le PS, à savoir la N-VA, le MR, le CD&V, l'Open Vld et le SP.A ainsi que la famille écologiste Ecolo et Groen. Mais il est sûr d'une chose: la N-VA n'est pas incontournable. Et de son côté, la N-VA affirme ne pas vouloir renoncer à son programme.

Mathématiquement, une coalition "arc-en-ciel" rassemblant les socialistes, les écologistes et les libéraux, auxquels se joindrait éventuellement le CD&V, dispose d'une majorité à la Chambre mais pas dans le groupe linguistique néerlandophone. Or, tant pour le CD&V que l'Open Vld, cet obstacle n'est pas surmontable à ce moment là. En plus, ces deux partis se sont alliés à la N-VA pour constituer le gouvernement flamand.

Deux prolongements de mission, une fuite de note supposée confidentielle, et deux adaptations plus tard, Magnette demande à être déchargé de sa mission le 9 décembre. 

 

Dans son dernier rapport, Paul Magnette remet presque un programme de gouvernement. Une deuxième version de sa note a également fuité et quelques touches de bleu ont été ajoutées en conservant certains aspects "progressistes". 

Troisième duo : Bouchez-Coens

Le 11 décembre, c'est au tour de George-Louis Bouchez, fraîchement élu président du MR, et Joachim Coens, président du CD&V, d'être missionnés en tant qu'informateurs royaux. Seulement, il ne reste plus énormément de scénarios possibles. Le duo Bouchez-Coens a clairement éclipsé la coalition "arc-en-ciel", associant socialistes, libéraux et écologistes ainsi que la coalition "bourguignonne", associant socialistes, N-VA et libéraux. Un scénario plausible reste celui d'une coalition avec les socialistes, les libéraux, les écologistes, le CD&V et peut-être le CDH, avec un appoint possible des deux députés Défi. Une coalition "Vivaldi". Dans tous les cas, il est plus que temps de sortir de cette phase d'information qui dure depuis déjà 8 mois. 

"Imbuvable", "plus digeste", "acceptable"

Vendredi, la note d'intention Bouchez-Coens a fuité et elle donne un tout autre ton que la note Magnette, avec des tendances de centre-droit. Exit la pension minimum à 1500€ par exemple. Les réactions sont diverses. La N-VA s'est dit agréablement surprise par une note "plus digeste". Certains socialistes jugent cette note "imbuvable" et du côté des libéraux, écolos et du CD&V, cela pourrait être une base jugée "acceptable".

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