Bernard Devos: les enfants détenus au centre 127 bis "nécessitent une prise en charge urgente"

L’arrêté royal permettant la détention de familles avec enfants est entré en vigueur le mois dernier. Une famille a été transférée dans une unité familiale adjacente au centre 127 bis à Steenokkerzeel, une famille de roms de Serbie avec quatre jeunes enfants qui a été déboutée de tout recours pour obtenir un titre de séjour.

Bernard Devos, le délégué général aux droits de l’enfant de la Fédération Wallonie-Bruxelles a pu leur rendre visite avec son homologue flamand. Invité sur La première ce lundi matin, il a affirmé que les enfants étaient dans un état "déplorable".

Mais pour lui, même si beaucoup d’aménagements ont été faits pour rendre cet enfermement acceptable, cela ne change rien au problème : "Je pense qu’on essaie de faire un maximum pour faire en sorte que cette famille soit dans les meilleures conditions possibles, mais on a beau mettre une plaine de jeux, on a beau mettre un beau fauteuil et une télévision, on a beau mettre un environnement le plus agréable possible, le fait est que ces enfants se sentent détenus. Ils le vivent, ils le disent, ils n’ont plus de contact avec leurs amis, ils n’ont plus de contact avec leur famille, ils ont des oncles et des tantes ici sur le territoire, ils n’ont plus de contact avec personne. Ils voient des avions qui décollent tous les jours, ils savent qu’ils vont aller en Serbie et ils savent qu’ils font partie d’une minorité qui est exposée à des violences et à des ségrégations et discriminations en Serbie. Ils le savent, ils l’ont compris, ils ont six ans. Je disais à une journaliste hier que pendant notre présence là-bas, on parlait de la Serbie avec un enfant de trois ans qui faisait le signe avec la tranche de la main sur son cou en disant : 'Serbie". Voilà, et ça à trois ans. C’est insupportable".

Un état psychologique d’urgence 

Pour Bernard Devos, ces enfants sont clairement dans un état de détresse : "Je ne suis pas pédiatre, je ne suis pas psychiatre, je ne suis pas pédopsychiatre, mais une personne spécialisée y est allée trois jours après la détention, et de suite, elle a mentionné le fait que ces enfants nécessitaient une prise en charge urgente, sans délai. Ils sont là depuis 20 ou 21 jours, je n’ai pas compté... 20ème jour aujourd’hui alors que le gouvernement s’était engagé à avoir une détention la plus courte possible".

C'est normalement un mois maximum, mais "l'arrêté est tellement mal foutu qu’on parle en semaines. Ce sont deux semaines, une fois reconductible. Mais dans tous les débats, on a dit : "Non, on n’utilisera jamais ou pratiquement jamais ce recours à une deuxième période. Et qu’est-ce que l'on voit  ? Avec la première famille, on est déjà dans l’exception".

La responsabilité des parents ?

A la question de savoir si les parents de ces enfants ont leur part de responsabilité (ils ont refusé de collaborer avec l’Office des étrangers pour organiser leur retour), il répond : "Comment voulez-vous avoir envie de retourner dans un pays que vous avez quitté pour des raisons particulières, dans un pays dans lequel vous n’avez plus aucune attache et dans lequel vos enfants n’ont jamais vécu ? Ces enfants parlent flamand, ils ne connaissent pas un mot de serbe, ils n’ont personne pour les attendre. L’Office des étrangers n’a rien fait, il n’a rien mis en place pour assurer le départ de cette famille. Je peux vous donner une information supplémentaire aujourd’hui. Si, l’Office des étrangers a fait quelque chose : il s’est procuré, sans l’autorisation des parents, quatre passeports auprès de la Serbie pour leur permettre de voyager jusque-là. C’est la seule chose que le gouvernement a mise en place. Il n’y a personne pour attendre cette famille. Cette famille va partir, on sait que le père est inexpulsable, donc cette mère va partir seule avec quatre enfants qui ne connaissent rien de la Serbie, qui ne connaissent pas la langue et qui n’y ont jamais vécu".

Une réaction de Theo Francken injustifiée

Le délégué général aux droits de l’enfant se dit totalement en phase avec son homologue flamand qui a déclaré que tout cela était contraire à la Convention générale des droits de l’enfant de 1989 : "Mon homologue flamand a été pris à partie par le secrétaire d’État pendant tout le week-end sur Twitter, en disant avec une critique à l’égard de mon homologue : 'Il n’a pas de solution à proposer'. Est-ce que ce sont aux instances de contrôle d’application de faire des propositions ? Ce n’est pas notre rôle. Et il le brocarde en disant que la seule chose qu’il connaît est le kinderpardon. Aux Pays-Bas, le kinderpardon est une stratégie qui permet à des mineurs qui sont sur le territoire depuis plus de cinq ans de demander leur régularisation. Bruno a raison de dire que c’est une bonne idée. Cette manière dont les instances internationales sont mises sur le côté et où les instances nationales ne sont pas respectées est insupportable. Nous sommes quand même tous les deux, Bruno et moi, rémunérés par l’État. Ce sont les États communautaires, régionaux, parce que chez nous on a quand même un grand système politique un peu complexe, mais nous sommes rétribués, c’est notre fonction de faire ça, et nous ne sommes pas entendus".

Quant à savoir ce qu'il attend maintenant, il répond : "Moi j’attends simplement qu’on transforme ces bâtiments en locaux administratifs. Ils sont là, faisons-en quelque chose".

Et pour ce qui est de la famille qui est là, "la famille, elle doit simplement être libérée tout de suite. Les avocats ont entamé une série de procédures qui ont échoué. Aujourd’hui, c’est l’opinion publique qui doit se dire ça. Vous savez pourquoi on a créé des centres fermés ? Le secrétaire d’État et le ministre de l’Intérieur disent qu’on crée des centres fermés parce qu’il y a un taux de disparition des fameuses maisons de retour qui ne sont pas fermées, au sens propre du terme. Ce n’est pas la question de la disparition. Qu’est-ce que vous voulez que ça représente ? 30% d’échec sur une centaine de familles, qu’est-ce que c’est par rapport aux migrations dans le monde ? Rien du tout, comparé à l’intérêt supérieur de l’enfant. Ce qui inquiète le gouvernement, c’est le taux d’échec des retours. Et pourquoi ? Quand une famille est placée dans une maison ouverte, le voisin se demande pourquoi cette famille a disparu tout à coup, il s’inquiète, il va la voir et il fait pression, il fait une pétition dans son quartier. Ce sont des enseignants qui se disent : Mais pourquoi nous a-t-on retiré nos élèves ? Ce sont de bons éléments. Pourquoi est-ce qu’on les enlève ? Ce sont des responsables de scouts...".

Une contestation limitée

Pour Bernard Devos, cette détention est une façon de cacher ça à la population : "C’est une manière de dire qu’on laisse de côté toute solidarité possible, on nie la solidarité, on nie les citoyens et on dit : 'On va faire notre petit commerce entre nous tranquillement. On va demander vite fait des passeports à la Serbie, on va les cacher là et ça va décourager toute volonté de les soutenir'. C’est ça le centre fermé. Outre le scandale de la détention de mineurs et les conséquences dévastatrices sur leur intégrité psychique et psychologique, ce n’est que ça".

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