Benoit Lutgen (cdH): "Le cordon sanitaire est rompu"

Benoit Lutgen (cdH): "Le cordon sanitaire est rompu"
Benoit Lutgen (cdH): "Le cordon sanitaire est rompu" - © Tous droits réservés

Invité du Grand Oral La Première/Le Soir, Benoit Lutgen, le président du cdH, a longuement commenté la dernière séance à la Chambre où l’opposition a quitté l’hémicycle pour dénoncer l’absence de réponse du Premier Ministre sur l’affaire "Jambon". Le cdH dit, par ailleurs, vouloir mener une opposition constructive et propose une réforme fiscale en espérant que la majorité accepte cette "main tendue".

Benoit Lutgen est interrogé par Béatrice Delvaux, Jean-Pierre Jacqmin et Georges Lauwerys. La première intervention porte sur " l’affaire Jambon " et sa proximité avec des personnalités d’extrême droite. N’y a-t-il pas dans cette saga une obsession francophone ?

"Non, c’est une obsession de démocrates, on ne doit pas en faire un débat communautaire ente francophones et flamands. Tous les démocrates doivent se lever par rapport à cela. On ne peut pas accepter cela. Je rappelle que le ministre de l’Intérieur a un rôle très important en termes de sécurité, qu’il reçoit des informations confidentielles, qu’il doit lutter contre toutes les formes d’extrémisme au travers de son département … Autant d’éléments qui ne sont pas anodins".

  • L’affaire Jambon : c’est une obsession de démocrates !

 

Il existe en Belgique ce qu’on appelle un cordon sanitaire politique que les partis démocrates ont signé et qui consistait à ne pas associer un parti d’extrême droite à un gouvernement. Vous avez le sentiment que ce cordon sanitaire est rompu ?

Il est aujourd’hui rompu puisque la démonstration est faite qu’il y a à l’intérieur de la NV-A des personnes qui ont des liens étroits avec l’extrême droite. En plus ces personnalités se retrouvent au gouvernement. Elles y sont parce qu’il y a un calcul stratégique de la NV-A. Celle-ci (la NV-A) a, pour un tiers, un électorat traditionnel nationaliste issu de l’électorat de la Volksunie, un autre tiers issu de la classe moyenne ou supérieure flamande et un dernier tiers issu de l’électorat du Vlaams Belang. Ces derniers électeurs ont trouvé des gages au sein de la NV-A par rapport à des relents extrémistes. Ces gages sont donnés aujourd’hui, avec une certaine conviction par la NV-A, en plaçant ces personnages à la tête de l’Etat et précisons-le avec la complicité du MR. Il n’est pas acceptable qu’une formation telle que la NV-A ait été placée à la tête de l’État.

Vous cherchez quoi ? La chute du gouvernement ? Vous demandez la démission de Jan Jambon ?

"Il n’a pas sa place à l’intérieur d’un gouvernement".

Que répondez-vous à ceux qui disent tout cela c’est du passé, qu’il vaut mieux regarder le présent ?

"C’est une question de conviction. Si je me suis engagé en politique, c’est notamment pour me battre contre toutes les formes d’extrémisme, de racisme, de populisme. Ça m’est insupportable parce que je connais toutes les dérives que ça peut entraîner. On les a connues dans notre histoire, on les connait encore aujourd’hui en Europe ou dans le monde. Ce n’est pas quelque chose du passé. Ces valeurs-là doivent passer avant toute autre considération".

Charles Michel parle de "dictature de la minorité" pour évoquer le fait que l’opposition a quitté l’hémicycle du Parlement parce le Premier Ministre refusait de répondre à une question qui lui était posée sur Jan Jambon. Vous réagissez comment ?

"C’est consternant. C’est hallucinant de l’entendre parler de dictature de la minorité alors que lui-même et sa formation politique est minoritaire au sein de cette majorité. Par ailleurs, si poser une question dans l’enceinte du Parlement devient de la dictature, où allons-nous ? En quoi était-ce dérangeant que Charles Michel réponde à une question qui lui était adressée ? Le Premier Ministre a dans ses mains la solidité, l’unité et la caution de ses ministres et de l’ensemble de son gouvernement. Mais je dois vous dire que jeudi, je me suis posé cette question : "Finalement est-ce qu’il peut répondre, est-ce que Monsieur De Wever lui a donné l’autorisation de répondre ?"

  • "Je propose une véritable réforme fiscale et j’espère que la majorité prendra cette main tendue"

"Nous voulons rester résolument constructifs en étant dans l’opposition et nous allons déposer des propositions de loi en matière fiscale pour faire baisser l’impôt des sociétés d’une part et proposer aussi un salaire net plus important pour les travailleurs en procédant à un relèvement de la quotité exonérée d’impôt. En d’autres mots, il y aura donc un montant plus important qui ne sera pas taxé. IL faut une réforme fiscale forte alternative digne de ce nom pour faire bouger les lignes de la fiscalité".

Vous voulez baisser l’impôt des sociétés et baisser l’IPP, où allez-vous chercher les moyens ? Vous voulez dégraisser l’état comme le veut la NV-A?

"Voilà notre scénario pour baisser l’impôt des sociétés : les intérêts notionnels coûtent aujourd’hui 6 milliards d’euros bruts soit plus de 2 milliards d’euros nets. Nous voulons utiliser ces 2 milliards pour réduire l’impôt des sociétés de 3 pourcents. Si nous le faisons immédiatement ça coûtera environ un milliard. Il reste donc un milliard d’euros. Nous utilisons 500 millions d’euros pour des projets d’investissements et de création d’emploi, il reste donc encore 500 millions que nous utiliserons pour supprimer la mesure totalement inacceptable du gouvernement fédéral, en l’occurrence les congés maladies qui doivent être pris en charge par l’employeur jusqu’à deux mois.

Notre scénario pour relever la quotité exemptée d’impôt : pour avoir un montant de 88 euros nets en plus par mois pour les travailleurs (environ 1000 euros par an), ça coûtera 3milliards 200 millions d’euros. Première source de financement : la fraude fiscale. Le gouvernement a reconnu lui-même que la lutte contre la fraude fiscale pouvait rapporter beaucoup plus qu’aujourd’hui et nous pouvons en espérer jusqu’à un milliard 500 millions. Il reste donc un milliard 700 millions à trouver. Pour les trouver nous allons nous tourner vers la spéculation compulsive, c’est-à-dire taxer les plus-values rapides. On veut épargner ceux qui ont des actions à moyen et à long terme. Mais donc, nous arrivons à une réforme fiscale qui a du sens pour l’emploi, pour les PME, pour la lisibilité… "

Vous soutiendrez le gouvernement Michel s’il vient avec ce genre de mesures ?

" ous allons déposer nos propositions fiscales et j’espère de tout cœur que la majorité suivra. J’ai entendu le CD&V à la pointe là-dessus. On peut modifier certaines de nos propositions et ouvrir le débat. Mais si on veut vraiment apporter plus de lisibilité, plus de moyens à nos entreprises en créant de l’activité et de l’emploi, nous serons au rendez-vous et j’espère que la main tendue sera prise par la majorité gouvernementale".

G. Lauwerijs

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