Belges en Syrie: salaires, assurance décès, "le côté financier joue un grand rôle"

Belges en Syrie: salaires, assurance décès, "le côté financier joue un grand rôle"
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Belges en Syrie: salaires, assurance décès, "le côté financier joue un grand rôle" - © Tous droits réservés

Sur le plateau de Mise au Point ce dimanche midi, tous les projecteurs étaient braqués sur ces jeunes Belges qui partent combattre en Syrie, aux côtés des rebelles. On a notamment appris que les motivations financières (salaire, assurance décès) n'étaient pas absentes de l'engagements de ces mercenaires dans le conflit syrien.

Hamid Benichou, administrateur de Bruxelles Espace Intercommunautaire, déplore que des recruteurs poussent les jeunes au combat et souligne que ces recruteurs usent aussi d'arguments financiers. Il s'étonne avant tout "de la condamnation tardive des autorités morales musulmanes" mais il ajoute que les embrigadements ne se font pas forcément dans les mosquées.

"Selon mes informations, c’est dans des cercles privés de jeunes que ça se passe essentiellement, dans des cafés par exemple. Mais il est vrai qu’on a notamment connaissance d'une certaine personne qui sillonne les rues de Bruxelles pour recruter. Il tient un discours très radical, et propose des salaires", tout en bénéficiant lui aussi d'une rémunération pour son recrutement, précise l'invité. "Il propose même une assurance décès. Donc le côté financier joue aussi un grand rôle", assure-t-il.

Mais il ne s'arrête pas là : "Généralement, l’embrigadement pousse les jeunes à partir au nom d’Allah. Ils croient qu’ils reviendront en héros. Et pourtant c’est strictement interdit par la religion, mais ce n’est pas suffisamment dit. J’ai contacté des imams pour qu’ils en parlent, mais ils s’en remettent aux autorités morales qui n’ont pas bougé à temps".

On s'en souvient, début avril les Musulmans progressistes de Belgique avait demandé que les mosquées de Belgique se positionnent clairement par rapport aux discours sectaires qui incitent certains jeunes Belges à partir combattre en Syrie aux côtés des rebelles.

Par ailleurs, sur le site du journal Le Soir, le Forum Musulmans et Sociétés a condamné les départs de jeunes Belges en Syrie, et appelé "les imams à dénoncer l'embrigadement de jeunes exaltés au nom de l'islam".

Des profils variés

C'est cependant la question de la motivation de ces jeunes qui a d'abord animé le débat. La maman d’un jeune converti à l’islam et récemment parti combattre en Syrie ne veut pas généraliser des cas particuliers à un profil type. Pas de combattant mû par idéalisme, par amour d'Allah, ou par goût du risque, mais bien des jeunes en proie à des idéaux ou des maux tout à fait personnels, selon elle.

Elle est aussitôt appuyée par Rik Coolsaet, professeur de Relations internationales à l'Université de Gand, pour qui "il y en a qui veulent de l’aventure, d’autres qui sont plus fanatiques, qui ont un casier, qui veulent donner un sens à leur vie…". Bref, des jeunes qui "ne sont pas systématiquement en quête d’identité", explique-t-il.

Il ajoute que "si on compare les témoignages en Belgique et au Pays-Bas, c’est d’abord le sentiment d’injustice dont les Syriens sont victimes qui les motive. Le sentiment qu’un peuple est laissé à l’abandon, et qu’ils peuvent aider au changement en combattant à leurs côtés". Le professeur gantois évoque aussi un triste constat: "le problème c’est que les premières victimes, ce sont eux. Ils sont employés par les commandants locaux comme chair à canon pour épargner leurs propres militants. S’ils partent rempli d’idéaux, ils sont utilisés sur place".

Quelles mesures pour lutter contre le radicalisme?

"Il faut absolument se poser la question de savoir ce qu’ils vont devenir en revenant chez nous, après avoir été formés à des actions terroristes", déclare Didier Reynders. Le ministre MR des Affaires étrangères, insiste sur la multiplicité de ces profils, qui selon lui implique l’instauration d’un traitement judiciaire au cas par cas qui pourrait aboutir à des sanctions pénales.

Et si sur le terrain les profils sont variés, Joëlle Milquet, la ministre cdH de l’Intérieur, évoque tout de même des dossiers plus "lourds" et "suivis de près". Elle veut "donner priorité à cette problématique" : "Nous avons maintenant une loi sur le terrorisme, un projet de loi pour interdire les regroupements et surtout, les différents services compétents (la justice intérieure avec le parquet fédéral, la sûreté de l’Etat et la police fédérale) se voient pour décider de mesures directes, ce qui ne se faisait pas avant."

Quant à l’idée d’instaurer un visa pour la Turquie, le chemin le plus fréquent vers la Syrie, qui a émergé un instant pour endiguer les départs, Joëlle Milquet voit plutôt l’urgence dans un renforcement du contrôle aux frontières de la Turquie. Mais Didier Reynders monte au créneau : pour lui ce contrôle "ne sera possible que si l’Etat belge envoie des listes précises aux frontières, sans quoi rien ne pourra être contrôlé."

Vers une discussion avec l’ensemble de la communauté musulmane ?

Enfin s’il est un point sur lequel les intervenants ont pu s’accorder, c’est sur ce qu’ Hamid Benichou voit comme la nécessité d’ "intégrer l’ensemble de la communauté musulmane aux discussions pour lutter contre la radicalisation." Pour Bernard Clerfayt, bourgmestre FDF à Schaerbeek, "Il y a une volonté réelle de la communauté musulmane modérée de se faire entendre. Et elle doit pouvoir compter sur tout le monde pour endiguer ce radicalisme."

Hamid Benichou le prend au mot : "Mais alors faisons-le !", lui dit-il.  "Je vous tends la main à tous depuis un an pour revoir toutes ces structures, l’exécutif des musulmans, les structures des mosquées… Les responsables locaux doivent prendre leur responsabilité, les bourgmestres doivent intégrer aux discussions les responsables des mosquées, les imams et surtout les associations qui travaillent dans le cadre du vivre-ensemble." Et il ajoute : "Jusqu’ici on s’est adressé aux mosquées seulement. Or je ne suis pas pratiquant. Il faut donc ouvrir les discussions à tout le monde pour que ce soit clair et utile."

La maman du jeune Belge parti combattre en Syrie clôture le débat en adressant quelques mots à son fils et à tous ceux qui sont dans sa situation. Elle reprend ces quelques lignes parues dans La Libre : "Une certaine presse vous accuse d’être des jeunes désœuvrés. Nous savons que c’est faux, et que vous n’êtes partis ni par esprit de lucre ou de vengeance, ni par haine de l’occident. Il faut que vous reveniez vite pour prendre la parole. Dans nos pays démocratiques, souvent les témoignages d’hommes justes peuvent tout changer, et obtenir ce que les armes et le deuil n’ont pas réussi à conquérir. Nous vous attendons avec tout notre amour. Ta maman."

G.R.

 

Sur le plateau de Mise au Point, Olivier Maroy avait rassemblé :

Joëlle Milquet, CDH, ministre de l'Intérieur

Didier Reynders, MR, ministre des Affaires étrangères

Bernard Clerfayt, FDF, bourgmestre de Schaerbeek

Brahim Laytouss, imam

Hamid Benichou, Bruxelles Espace Intercommunautaire

Claude Fontaine, directeur à la Police fédérale

Rik Coolsaet, professeur de Relations internationales à l'Université de Gand

La maman d'un jeune combattant

 

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