Belges abonnés au téléphone arnaqués: la fraude aux appels en absence explose

En quelques jours, depuis le week-end du 9-10 janvier, un million d’appels en provenance de quelques numéros de téléphone étrangers ont abouti chez des abonnés aux réseaux téléphoniques belges.
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En quelques jours, depuis le week-end du 9-10 janvier, un million d’appels en provenance de quelques numéros de téléphone étrangers ont abouti chez des abonnés aux réseaux téléphoniques belges. - © Tous droits réservés

Depuis le weekend dernier, les utilisateurs belges des réseaux téléphoniques sont la cible d’une fraude massive. Un million d’appels ont été émis de quelques numéros zimbabwéens, russes et macédoniens vers des numéros belges. Les arnaqueurs laissent un appel en absence dans l'espoir d'être rappelés. Ils empochent ainsi une partie du coût élevé de la communication téléphonique. Soit via des numéros surtaxés, soit grâce à un accord avec des opérateurs locaux

" C’est impressionnant ", ce sont les mots du responsable des communications vocales internationales chez Bics, une filiale de Proximus qui gère les communications de nombreux opérateurs dans le monde.

En quelques jours, depuis le week-end du 9-10 janvier, un million d’appels en provenance de quelques numéros de téléphone étrangers ont abouti chez des abonnés aux réseaux téléphoniques belges.

" Cela a commencé avec le Zimbabwe. Quand nous avons été capable de neutraliser ces appels-là, cela a migré vers la Russie et la Macédoine ", explique Jorn Vercamert, responsable des communications vocales internationales chez Bics.

Les agents de la société Bics ont en effet repéré des séries de numéros étrangers, Zimbabwéens d’abord, Russe et Macédoniens ensuite qui tentaient d’appeler en masse des numéros de téléphone belge. " C’est grâce à ce volume-là et à la structure des appels que Bics a pu détecter la fraude ", complète Jorn Vercamert.

Faire payer des abonnés belges

Toutes ces tentatives d’appels vers des numéros belges sont autant d’essais pour espérer faire payer des abonnés belges. Il s’agit d’une arnaque dont le mécanisme est bien rodé. Le téléphone de l’abonné, belge dans ce cas, sonne brièvement ou on lui envoie un message. L’abonné est alors tenté de rappeler, sans se rendre compte qu’il s’agit d’un numéro étranger, parfois un numéro surtaxé.

De l’autre côté de la ligne, l’arnaqueur empoche une partie des coûts de communication, comme l’explique Jorn Vercamert : " Les fraudeurs sont propriétaires des séries de numéros de téléphone au Zimbabwe, en Russie ou en Macédoine. Et ils ont un deal avec un opérateur local qui va reverser une partie des coûts de terminaison ". Ces coûts représentent le montant à payer pour acheminer une conversation téléphonique à travers un réseau téléphonique.

On estime qu’environ une personne sur dix, contactée par un tel numéro inconnu, tentera de rappeler son correspondant sans vérifier au préalable si le numéro est connu, fiable et sans se rendre compte qu’il s’agit d’un appel très coûteux vers l’étranger. Mieux vaut donc être prudent, comme l’explique Olivier Bogaert, de la Computer Crime Unit de la Police fédérale: " La première chose, c’est de ne pas répondre. On voit un appel qu’on ne connaît pas. sil l’appel est de courte durée, on ne répond pas. Si une personne veut vraiment vous atteindre, il laissera un message sur votre boîte vocale". Avec un smartphone, il est encore possible de pousser la protection un peu plus loin: "On peut trouver des petites applications qui vont bloquer les numéros. Vous pouvez donner, à ce moment-là, un modèle de numéro, par exemple un numéro international ou un 0900 ou 0905. Ces numéros seront bloqués automatiquement par l’application en question ".

Des attaques par vague

Fin décembre, les utilisateurs de téléphones français avait été touchés par une vague massive d’attaques " à l’appel en absence ". Par le passé, la Belgique avait déjà connu un épisode semblable mais moins important que ces derniers jours. En fait, personne n’est à l’abri d’être contacté par ce type d’arnaqueurs, comme l’explique Olivier Bogaert: "Ils travaillent à partir de bases de données de numéros de téléphone dont ils disposent ou alors ils vont générer des appels en travaillant de manière tout à fait logique : ils ont les préfixes des opérateurs belges et derrière, ils vont faire des séquences des six numéros qui suivent, de manière aléatoire et automatique. Cela finit par arriver sur le téléphone de quelqu’un qui, le cas échéant, va répondre. C’est un appel international. S'il rappelle ce numéro, c’est facturé comme un appel international ou surtaxé ".

Les escrocs ne sont pas des amateurs. Il est aussi très difficile, voire impossible, de remonter jusqu’à eux explique Olivier Bogaert: " C’est extrêmement complexe car ils vont travailler avec des opérateurs dans un pays étranger mais cela ne veut pas dire qu’ils sont dans le pays. Il est possible, à partir d’un lieu déterminé, de se connecter sur le centre de données d’un opérateur bien loin de chez nous. Les auteurs sont peut-être en France ou en Belgique mais ils vont dissimuler leurs traces de manière à rendre plus difficile la remontée vers eux".

Financement de la mafia ou du terrorisme

Derrière ces arnaques, les mafias ont trouvé un moyen plutôt facile d’empocher de l’argent. Ce mécanisme permet aussi à des mouvements terroristes de récolter des fonds. Une partie de l’opération terroriste organisée à l’hôtel Taj Mahal de Bombay en 2008 avait été financée de cette manière.

Les montants engrangés peuvent être colossaux, comme l’explique Jorn Vercamert de Bics : " On estime que dans le marché des télécommunications internationales, chaque année, plus ou moins 6 milliards d’euros sont liés à ce type de fraude "

Prudence donc. Ce type d’attaque " aux appels en absence " peut survenir à tout moment. Ce 14 janvier, après le Zimbabwe, la Russie et la Macédoine, les services de Bics ont décelé une nouvelle vague d’appels suspects en provenance de Tunisie.

 

 

 

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