Belfius, le nouveau "fusible" de l'Etat belge?

Belfius, le nouveau "fusible" de l'Etat belge?
Belfius, le nouveau "fusible" de l'Etat belge? - © Tous droits réservés

C'est officiel, on connaît depuis mercredi soir le nouveau nom de Dexia. A présent, il faudra dire Belfius. Un nom accueilli de manières diverses en Belgique. Et si certains se montrent sceptiques, d'autres n'hésitent pas à railler cette nouvelle dénomination, soulignant qu'il s'agit de l'anagramme du mot "fusible."

Belfius est donc le nouveau nom de l'ancienne branche bancaire du groupe côté en Bourse Dexia. Lors du démantèlement du groupe, l'entité avait été reprise par l'Etat belge. Ce nouveau nom, qui devait à l’origine n’être dévoilé qu’aujourd’hui, fait déjà beaucoup de sceptiques. L’invité de Matin Première, l’expert économiste Bruno Colmant, en fait d’ailleurs partie: "C’est vrai qu’on est un peu sceptique face à ce nouveau nom. Mais enfin, il était très important de changer le nom de la firme. Et il est également clair qu’il est plus facile pour Dexia de changer de nom que de remettre la banque en bon état."

Il ajoute : "Dexia a été nationalisée pour 4 milliards d’euros il y a quelques semaines et il était nécessaire de faire la différence entre Dexia Holding, qui était côté en bourse et qui a subi les 12 milliards de perte et la banque qui est maintenant sous contrôle de l’Etat Belge"

Sur la toile, les réactions fusent de toutes parts. Et des voix s’élèvent déjà quant au fait que ce nom est l’anagramme du mot "fusible". Une coïncidence selon Bruno Colmant : "Je ne crois pas que ce soit prémonitoire car Dexia a été nationalisée pour une bonne raison.  On a ici une banque qui a sauté deux fois en trois ans, malgré le fait qu’elle ait été para-étatique. Et ce qui est important, c’est qu’on ait une équipe de direction qui soit très compétente. Or, on remarque qu’elle s’est dotée d’un président de grand format qui est Freddy Brouckaert, ex-Axa Banque et Crédit Lyonnais. C’est quelqu’un qui connait le métier."

Une banque publique saine et solvable

Quant à savoir si cette nouvelle banque fonctionnera comme une banque privée ou au contraire, si elle sera régie comme une entreprise publique, l’économiste à sa propre idée : "Je crois qu’idéalement, une banque ne doit pas être publique. Car celle-ci subit des pertes lorsque les crédits ne sont pas remboursés et il est malsain que ce soit l’Etat, et donc le contribuable, qui endosse cette prise de risque. Idéalement, il faut des actionnaires privés qui servent de tampons entre l’économie réelle et et l’économie financière."

"Dans le cas de Dexia, le choix ne s’est pas vraiment posé. Mais je crois que le but est de la remettre dans des mains privées, même si cela risque de prendre beaucoup de temps. Ceci étant, il y a un autre phénomène qui est en train de se présenter : les pouvoirs publics sont demandeurs de financements à très long terme alors que les banques privées sont un peu frileuses dans ces matières. Il est donc probable que Belfius devienne un prêteur à long terme pour les collectivités en matière d’infrastructure."

Concernant l'éternelle question de la solvabilité, Bruno Colmant se veut très rassurant: "La banque est tout à fait solvable et elle a d’ailleurs été dotée d’un capital de secours suffisant. Ce qu’on a fait, c’est extraire cette banque d’un conglomérat qui était trop risqué et éviter ainsi une contamination. Et puis, il ne faut pas oublier une chose : Dexia est aujourd’hui pilotée par les pouvoirs publics et chaque déposants bénéficient d’une garantie d’Etat de 100 000 euros."

Enfin, alors qu'un nouveau sommet européen a lieu aujourd'hui, le professeur à l'Université de Louvain a tenu a donner son avis sur les mesures d'austérités en vigueur en Europe: "On est en train de revivre les mêmes travers que l'on a vécu dans les années 30, c'est-à-dire croire de manière vertueuse qu'on va régler les problèmes en instaurant de l'austérité et de la rigueur alors qu'on est en récession. Or, c'est justement à ce moment-là qu'il ne faut pas de rigueur. On voit d'ailleurs qu'en Grèce, le PNB diminue, ce qui prouve bien qu'imposer une cure d'austérité à un pays qui n'a plus de capacité industrielle ça pose problème et ça demandera d'imprimer de l'argent, et donc de créer de l'inflation."

F. Genette

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