Bataille des Ardennes: le conflit au travers de la presse de l'époque

La presse annonce la victoire alliée le 12 janvier 1945
4 images
La presse annonce la victoire alliée le 12 janvier 1945 - © Reproduction avec l'aimable autorisation de la Section des Journaux et Médias Contemporains de la Bibliothèque Royale de Belgique

Nous sommes le 16 décembre 1944. Il est 5h30 du matin "une puissante armée allemande sort de ses positions et fonce sur les positions américaines". Voilà comment L’Avenir du Luxembourg évoque les premiers instants de ce qui deviendra la Bataille des Ardennes. Des événements que la presse ne relatera que les 18 et 19 décembre, soit entre 48 heures et 72 heures après le lancement de l’opération "Wacht am Rhein".

La surprise et l’avancée de la Werhmacht

À l’époque, personne ne connaît l’objectif des nazis. Pour La Dernière Heure, il ne s’agirait que "d’une manœuvre de diversion". Pour le journal Le Soir, c’est clair, les Allemands veulent détourner l’attention : "Il ne fait aucun doute que l’ennemi cherche une diversion. Il veut à tout prix enrayer l’avance américaine qui menace Cologne".


►►► À lire aussi : La Bataille des Ardennes, un des épisodes les plus sanglants de la Seconde Guerre mondiale


Une chose est certaine, c’est une attaque d’une grande ampleur. Le 19 décembre 1944, tous les journaux sont formels, l’Allemagne a déclenché une offensive massive avec des forces de frappe qui sont encore puissantes. Suffisamment pour pénétrer le territoire allié en 3 points comme l’explique le journal Le Peuple.

Mais, si les journaux sont unanimes sur la violence et la puissance de cette attaque, aucun n’évoque l’importance que peut avoir cette bataille sur le déroulement de la guerre. Pour beaucoup, il ne s’agit que d’un dernier soubresaut de la bête allemande. C’est d’ailleurs le titre que publiera L’Avenir du Luxembourg le 19 décembre.

Sauf que ce soubresaut n’en est pas un. Rapidement, les Allemands progressent. Ils prennent Stavelot, Montjoie et Malmedy. L’unité blindée de Joachim Peiper s’avance même jusqu’à la Gleize et Stoumont. Une prise de territoire rapide et importante qui inquiète le journal La Wallonie. Pour le quotidien, cette contre-offensive menée par le maréchal von Rundstedt "marque une des heures décisives de la guerre". Et tout ça, c’est la faute de Dwight Eisenhower ajoute le journal. Voilà plusieurs semaines que les alliés n’avancent plus. Ils sont inactifs sur le front, entre Aix-la-Chapelle et le Luxembourg. Pour La Wallonie, cela "semble avoir été presque une invitation pour von Runsdedt".

Les Alliés résistent et répondent

Les Alliés sont bien décidés à reprendre les territoires perdus. Dans un premier temps, ils bloquent l’avancée allemande avant de lancer une réplique et de reprendre plusieurs villes dont Stavelot et Malmedy. Deux villes qui feront la une de l’actualité le 21 décembre. La Meuse annonce qu’elles sont aux mains des Américains : "On peut faire confiance aux troupes du général Hodges", confie le quotidien.

Les combats sont acharnés. Les alliés parviennent à contrer l’offensive nazie comme l’explique le correspondant Reuters auprès d’un bataillon américain dans le journal La Wallonie : "La bataille en cours, et qui est l’une des plus sanglantes depuis le jour J, ne se déroule pas suivant le plan allemand". Le correspondant raconte que les Allemands se heurtent à une résistance plus forte, "qui grandit d’heure en heure au milieu d’un brouillard opaque". Les quotidiens, conscients que rien n’est gagné, sont tout de même confiants. Chaque avancée de l’armée alliée est évoquée largement dans la presse et lorsque la situation est calme ou qu’aucune nouvelle ne parvient aux rédactions, les journalistes répètent et racontent à nouveau les victoires américaines et britanniques.

La lutte pour Bastogne et les prémices d’une victoire alliée

Si en région liégeoise les Alliés semblent reprendre le dessus, à Bastogne la situation est critique. Les Allemands sont sur le point d’encercler la ville. Voilà plusieurs jours qu’ils tentent d’y entrer. En vain, la résistance acharnée des Américains les en empêche, comme l’évoquent La Wallonie et La Lanterne le 21 décembre 1944.

À partir de ce moment, plus aucune nouvelle de la ville ardennaise. Elle est coupée du monde ; 18.000 Américains sont pris au piège, encerclés par les troupes allemandes. Pour la Werhmarcht, c’est presque gagné. Supérieures en nombre, les forces allemandes demandent la reddition des troupes américaines. Mais c’est sans compter sur le général Anthony MacAuliffe. C’est lui qui dirige les troupes américaines dans Bastogne. Sa réponse est claire, limpide et rentrera dans l’histoire : "Nuts !".

Un "Nuts !" que L’Avenir du Luxembourg traduira le 31 décembre par "Allez vous faire voir". Les alliés décident de résister et ils tiendront jusqu’à l’arrivée des renforts et du Général Patton, le 26 décembre 1944. Une libération que L’Avenir du Luxembourg sentait venir. Quelques jours avant, le quotidien recommande d’écouter les radios allemandes qui pourraient annoncer l’arrivée des renforts américains.

Mais il faut attendre le 29 décembre pour que la libération de Bastogne fasse la une des journaux. Le Peuple évoque alors une ville "entourée de débris de chars allemands". "Selon plusieurs officiers", dit le journal, "les Allemands ont perdu près de 200 chars", ce qui témoigne de l’intensité des combats et de la résistance acharnée, héroïque des troupes américaines.

Quelques jours plus tard, L’Avenir du Luxembourg racontera les coulisses du siège de Bastogne. "Les Américains allaient manquer de munitions", écrit le quotidien qui ajoute que les G.I "n’avaient plus que 11 balles chacun".

La veille, la presse analysait cette libération de Bastogne. Une victoire des Alliés qui marque un tournant dans la bataille. En témoigne l’article du Peuple le 29 décembre : "La délivrance de Bastogne, premier grand tournant". C’est aussi l’avis du Premier ministre belge de l’époque, Hubert Pierlot. Ses propos sont repris dans La Meuse : "L’ennemi n’a pas atteint la Meuse et la situation est bien en main".

Un dernier effort pour une victoire décisive…

Dès janvier, malgré les efforts allemands pour les contenir, Américains et Anglais progressent. Ils repoussent les nazis et reprennent les villes belges une à une. Cette avancée alliée ravit la presse belge.

"Le front allemand des Ardennes s’effondre au Nord, au Sud et à l’Ouest", annonce la Libre. Le Soir poursuit : "Le saillant des Ardennes est en train de s’effondrer" avec un sous-titre évoquant la libération de Laroche et Saint-Hubert. "Ils se retirent sur l’Ourthe", annonce enfin Le Peuple le 14 janvier. La bataille des Ardennes touche à sa fin. Il faudra attendre le 25 janvier pour que La Meuse annonce que "Saint-Vith est réoccupé, aux mains des Américains".

C’est terminé. La bataille des Ardennes est finie après 6 semaines de conflit.

… mais au goût amer

Les Alliés ont gagné, mais les pertes sont élevées et, surtout, pour les Wallons, les dégâts matériels sont importants. Certains villages ont disparu, rayés de la carte par des bombardements ennemis et Alliés. Malmedy, Saint-Vith, La Roche en ont fait l’amère expérience. Ils ont goûté aux bombes américaines. Des milliers d’Ardennais ont tout perdu.

Selon L’Avenir du Luxembourg, il y a 75.000 sinistrés. Des sinistrés que le gouvernement veut aider "2000 francs sont débloqués par famille plus 1000 francs par personne à charge"Malgré cette aide, il faudra du temps pour que les villages soient reconstruits. Il en faudra encore plus pour que les Wallons pansent leurs plaies, eux qui ont été marqués à vie par cette offensive des Ardennes.

►►► Retrouvez tous les articles liés aux commémorations du 75e anniversaire de la bataille des Ardennes, sur notre site.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK