Bart Van Loo (écrivain): "On est tous des accidents de l'Histoire"

Bart Van Loo, auteur de l’ouvrage "Les Téméraires : quand la Bourgogne défiait l’Europe", était l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 12 décembre sur La Première. Qu’est-ce que nous, les Belges des 2020, devons aux Bourguignons, aux Ducs du XIVe, XVe et XVIe siècle ? Bart Van Loo nous apporte un regard nouveau sur l’histoire de notre plat pays et les traces qu’elle laisse encore aujourd’hui.

La Belgique, ce petit État tout jeune, divisé, artificiel selon certains : d’où vient-elle ? L’histoire belge remonte bien avant 1830, avec les ducs de Bourgogne. "On était à l’origine bien plus grands que la Belgique actuelle et c’est ça que je veux souligner dans mon livre. Quand Jules Destrée nous présentait comme des accidents de l’Histoire, c’est de la rhétorique ! Parce que tout est un accident de l’histoire.

La France comme on la connaît, c’est Hugues Capet qui est désigné roi de France en 987 parce que c’était le plus faible. Chez nous, la frontière n’est pas logique, elle devrait séparer l’est et l’ouest selon les richesses de l’époque, mais ce sont les tensions religieuses qui ont fait que la périphérie est devenue partie intégrante du territoire. On est tous des accidents de l’Histoire !"

L’identité et l’Histoire

Dans son ouvrage "Les Téméraires : quand la Bourgogne défiait l’Europe", Bart Van Loo s’applique à ne pas tomber dans les clichés qui risqueraient des instrumentalisations identitaires. C’est pourtant ce qu’il s’est passé avec le Vlaams Belang qui a cité son ouvrage en référence lors de la fête de la communauté flamande. Que pense-t-il du fameux Canon flamand voulu par la N-VA ?

"Normalement, je devrais être contre le Canon flamand, en tant qu’homme de centre-gauche, dans la crainte d’une instrumentalisation de la part de la N-VA. Mais non, moi je suis pour un Canon flamand, un Canon belge même ! Je trouve que les discussions avec des gens qui savent de quoi ils parlent et qui se positionnent sur ce qu’ils aimeraient enseigner à leurs enfants, ce sont des démarches importantes.

Et je vois ça en deux phases : d’abord à l’école primaire, quand tout le monde reçoit les mêmes connaissances, où on apprend les faits par thème ou par époque. Et puis, dans le secondaire, on arrive à ce qui est le plus important : apprendre que l’Histoire peut être instrumentalisée. Analyser l’Histoire et les événements à travers ce qu’on en racontait à différentes époques et selon différents points de vue. L’Histoire c’est un récit sur lequel on s’est mis d’accord entre nous. Chaque siècle à ses instrumentalisations." L’esprit critique et la conscience de la manière dont on fait l’Histoire, donc.

Belgique et bilinguisme

Jean Sans Peur déjà, posait un geste politique en apprenant le "thiois", un dialecte ancêtre du flamand. Pour gagner la confiance de ses sujets, il s’efforçait de s’adresser à eux dans leur langue "du mieux que je le su et du mieux que je le pu", disait-il.

Une démarche qui ne semble plus s’imposer dans les rangs politiques belges d’aujourd’hui, à l’heure où quelques secrétaires d’État francophones ont démontré dernièrement leurs énormes lacunes en flamand. Incompréhensible pour Bart Van Loo. "Je trouve que toute personne qui travaille au niveau fédéral doit être bilingue ou du moins s’exprimer correctement dans les deux langues ! De lacunes comme celles de Mathieu Michel, c’est un manque de respect."

Il y aurait donc un exemple à prendre chez les Ducs de Bourgogne…

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