Bart De Wever "tord l'histoire" de la collaboration

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Lorsque Bart De Wever qualifie de "mythe wallon" l'idée selon laquelle la collaboration pendant la seconde guerre mondiale serait un phénomène essentiellement flamand, il "tord l'histoire", déclare l'historienne du CEGES Chantal Kesteloot.

Une chronique de Bart De Wever, publiée dans le Standaard et consacrée à la collaboration laissait sous-entendre que la partie francophone du pays a tenté de passer sous silence ses collaborateurs avec l'occupant pendant la seconde guerre mondiale. Interrogée par Bertrand Henne, Chantal Kesteloot, historienne au Centre d'études et de documentation guerre et sociétés contemporaines (CEGES) et  auteur de Collaboration, répression : un passé qui résiste, estime que Bart De Wever "tord l'histoire, parce que je crois que, depuis ces 10 dernières années, il y a eu énormément de recherches qui ont été faites du côté francophone où on sait qu'il y a un déséquilibre : il y a beaucoup moins d'historiens francophones que néerlandophones. Néanmoins, la collaboration est un sujet sur lequel on a beaucoup travaillé, le rexisme est un sujet sur lequel il y a eu énormément d'études. Donc je crois que son accusation était un peu gratuite. De même lorsqu'il s'en prend au musée Hergé : c'est une initiative privée, on sait combien la famille d'Hergé a complètement cadenassé l'image de marque d'Hergé et que parler d'Hergé sur le plan colonial ou sur son antisémitisme sont des sujets absolument tabous. Donc je crois que ce qui est montré au musée Hergé en dit finalement plus long sur la famille d'Hergé que sur la manière dont les opinions francophones réagiraient ou ne réagiraient pas".

"Choquant" de la part d'un historien

Sachant que Bart De Wever est historien de formation, Chantal Kesteloot ajoute : "C'est d'autant plus choquant qu'il sait ce qu'il fait, qu'il connaît les travaux, que dans son entourage familial il y a son frère qui est quand même un spécialiste de la seconde guerre mondiale qui a beaucoup travaillé sur la mémoire de guerre en Flandre. Je crois que Bart De Wever savait pertinemment que ses propos allaient mettre mal à l'aise, allaient choquer dans un contexte politique où les choses étaient déjà extrêmement crispées et tendues".

Réaction négative au mot "nationalisme"

Chantal Kesteloot explique encore que "le terme 'nationalisme' n'est jamais perçu positivement du côté francophone. Je dirais que lorsqu'il s'agit du nationalisme flamand, qui est quand même considéré comme le rival, l'ennemi de la patrie belge, du patriotisme ou du civisme belge, on ne peut avoir qu'une réaction négative. Et on a du mal à faire la nuance entre un engagement au mouvement flamand et le nationalisme flamand".

 

A. L. avec B. Henne

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