Bart De Wever crée la polémique en liant immigration et sécurité sociale

Pour le président de la N-VA, Bart De Wever, ouvrir les frontières aux migrants comme le préconise, selon lui la gauche, mettra inévitablement le fonctionnement actuel de la Sécurité sociale en péril, défend-il dans une carte blanche publiée dans le quotidien de gauche flamand De Morgen.

Le chef de file des nationalistes flamands entend par cette voie réagir à la situation au Parc Maximilien à Bruxelles, où aboutissent des migrants qui souhaitent rejoindre la Grande-Bretagne.

L'opposition a dénoncé ces derniers mois l'attitude du gouvernement fédéral à leur égard.

Dimanche soir, des milliers de personnes ont formé entre la gare du Nord et le Parc Maximilien une chaîne humaine pour empêcher une action de police visant, selon la plate-forme citoyenne, à arrêter les migrants présents sur place.

Selon Bart De Wever, l'action de ces associations et bourgmestres de gauche concourt à créer un second Calais.

Mais pour lui, ces "bien pensants de gauche" doivent choisir: accueillir tout le monde et ouvrir les frontières, ou préserver notre système social à son niveau actuel. Car si l'on décide de mettre notre Sécurité sociale à disposition de chacun, alors elle s'écroulera, prédit-il.

Le PS répond : le danger pour la sécu, c'est la N-VA

"Le danger pour la sécurité sociale, c'est la N-VA", a répondu le chef de groupe PS à la Chambre, Ahmed Laaouej, à la tribune libre du président de la N-VA, Bart De Wever, à propos de l'accueil des migrants.

Le député a pointé du doigt les réductions de cotisations sociales décidées par le gouvernement, qui se traduisent par un manque à gagner pour la sécurité sociale de plusieurs milliards d'euros, les économies dans la sécurité, sociale, le saut d'index ou encore les mesures en matière de pension.

"La N-VA ne cesse d'exacerber les tensions dans la société de manière cynique pour en tirer un profit électoral. La N-VA crée un écran de fumée pour masquer une politique de plus en plus teintée de relents racistes avec la passivité complice de ses partenaires de majorité, dont certains semblent d'ailleurs de plus en plus contaminés par les idées abjectes de la N-VA. La sortie récente du ministre Ducarme à propos de l'aide médicale urgente accordée aux sans-papiers en témoigne", a-t-il accusé.

Le président des nationalistes flamands n'a pas réagi lorsqu'une députée de son parti a proposé de supprimer le remboursement de certaines prothèses pour les personnes démentes ou très âgées, remarque M. Laaouej. "Après avoir attaqué les personnes démentes ou très âgées, la N-VA désigne un nouveau bouc-émissaire: les migrants qui seraient le nouveau danger pour la sécurité sociale", a-t-il ajouté.

"Si l'on veut développer une approche positive de la sécurité sociale, on doit reconnaître que le défi qu'elle doit relever est celui du vieillissement de la population et du financement en mettant davantage à contribution les revenus du capital".

cdH: pour la N-VA, les Wallons aussi sont des étrangers

Le cdH a fustigé, par la voix de son chef de groupe au parlement wallon Dimitri Fourny, les propos du président de la N-VA Bart De Wever.

"Bart De Wever fustige les étrangers en considérant que ceux-ci vont plomber la sécurité sociale", a résumé M. Fourny à l'occasion des vœux à la presse de son groupe parlementaire.

"Nous avons bien fait de ne pas participer au pouvoir avec des personnages de ce type. Ne nous y trompons pas: nous Wallons sommes aussi, aux yeux de ce petit monsieur, considérés comme des étrangers", a-t-il ajouté. A ses yeux, les propos de Bart De Wever sont "méprisables et inadmissibles dans un débat démocratique équilibré".

M. Fourny s'exprimait au nom du président du cdH, a précisé le parti.

Réaction de la LDH et de la plateforme citoyenne

La Ligue des Droits de l'Homme (LDH) et la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés dénoncent la "logique binaire" de Bart De Wever qui, selon elles, agitent le spectre de la peur.

"Bart De Wever résume une problématique éminemment complexe en choix dual entre l'ouverture des frontières ou le maintien de notre État-providence. Il fait peur aux citoyens en prétendant qu'il faut choisir entre l'un ou l'autre mais que les deux options sont incompatibles. Il prétend que la gauche instrumentalise la crise des migrants en encourageant la porosité des frontières mais il est assez piquant de relever que le président d'un parti qui souhaite la fin de la Belgique et l'indépendance de la Flandre, reproche à d'autres l'atteinte à l'État-nation", estime le président de la LDH, Alexis Deswaef. "Les mesures d'austérité imposées par la N-VA ont considérablement affaibli la sécurité sociale. Il fallait dès lors oser se poser en grand défendeur de celle-ci. Bart De Wever utilise un argument populiste qui fait mouche: faire peur au contribuable qui paie des impôts".

Alexis Deswaef estime par ailleurs que le président de la N-VA aborde la question migratoire par le biais du seul slogan et de la caricature. La comparaison entre Bruxelles et Calais est, selon lui, absurde puisque, rappelle-t-il, la capitale belge compte entre 400 et 500 migrants tandis que la "jungle de Calais" en comptait entre 10.000 et 15.000.

"En matière de politique migratoire, Bart De Wever n'apporte aucune solution, se tait dans toutes les langues sur les problèmes pointés par tous les experts: la suspension de l'application du règlement de Dublin et la répartition des migrants au sein des États membres de l'UE", conclut-il.

Pour Mehdi Kassou, porte-parole de la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, "Bart De Wever est prisonnier d'une vision monomaniaque de la question migratoire mais se rend compte qu'aujourd'hui, il n'est plus suivi et que le vent tourne. L'épouvantail de l'effondrement de la sécurité sociale qu'il agite, n'a aucune rigueur scientifique."

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