Bart De Wever: "Ne me demandez pas de gouverner avec des Ecolos qui me traitent de nazi"

A la sortie de son bureau de parti, Bart De Wever a accepté de répondre aux questions de Rachel Crivellaro. 7 minutes rares, de quoi comprendre très précisément ce qui anime celui qui pourrait être désigné informateur par le roi Philippe, alors que de l’aveu même du président de la N-VA, son parti a « perdu ».

Vu les résultats contrastés entre le nord et le sud du pays, est-ce envisageable de former, tout de même, un gouvernement avec le premier parti francophone, le PS et Ecolo, qui a progressé de façon significative. La réponse est claire, c’est non. Et Bart De Wever d’ajouter : « J’imagine que c’est réciproque. Nous sommes un parti conservateur, plutôt de droite. La Flandre a voté à droite, clairement. La Wallonie a voté à gauche, aussi très clairement. J’imagine que dans les têtes des présidents d’Ecolo et du PS, l’idée existe de former un gouvernement de gauche. Qu’ils feront pour la Wallonie. Mais permettez-moi aussi d’aller en Flandre dans une autre direction. Et adoptons le confédéralisme qui peut aller aux uns et aux autres. »

La Suédoise, un pis-aller qui n’est plus possible

Bart De Wever sait compter et n’a pu que constater que la majorité suédoise est passée de 85 sièges à 63, soit 22 sièges de moins, une chute impressionnante. Mais à l’entendre, Bart De Wever considère la coalition, qu’il a soutenue jusqu’en décembre dernier, comme un pis-aller, un plan B : « Ce n’est pas la solution idéale, car cette formule n’avait pas la majorité en Wallonie. Même ça est devenu impossible ! Donc qu’est-ce qu’il reste du point de vue d’un politique de centre-droit ? Ne me demandez pas de former un gouvernement normal avec des Ecolos qui me traitent de nazis, qui ne montrent aucun respect pour nous, ou même avec le PS qui plaide pour des frontières ouvertes, pour une politique de sécurité laxiste, pour des réformes socio-économiques qui ne vont pas dans le bon sens. C’est impossible. Ils veulent même légaliser les stupéfiants ! Il n’y a aucun sujet sur lequel on est d’accord. »

Le président de la N-VA attend des signes des partis francophones, singulièrement PS et Ecolo : « Ils ne veulent pas le confédéralisme ? Mais que veulent-ils alors ? Un gouvernement avec 8 ou 9 partis, les communistes ? Qu’ils s’expriment. Moi, je suis clair, j’ai une solution pour tout le monde. Ce n’est pas une solution contre les francophones. On n’est pas là pour rompre la solidarité entre les deux communautés. Il y a des formules qu’on peut accepter, avec des garanties pour la solidarité. Et qui permettraient au moins d’aller dans le sens de la volonté exprimée par les électeurs. »

La Vlaams Belang? Pas le choix

Bart De Wever comprend-il l’émoi suscité par ses déclarations du dimanche soir, qui ne mettaient pas hors-jeu le Vlaams Belang ? Oui. Mais « l’électeur flamand a été extrêmement clair. Ce n’est pas ma faute. Il a voté au centre-droit et à droite. Et il a voté autonomiste, très clairement, plus clair que jamais. C’est logique, si l’électeur a toujours raison, qu’on reçoit tout le monde. On part d’une page blanche et on essaie d’écrire une histoire démocratique pour former un gouvernement fort pour la Flandre. Et on verra autour de la table. Un accord n’est pas facile avec le Vlaams Belang : ils ont un style, des personnages que je n’aime pas du tout. Des points de vue que je ne partage pas : nous, on est dans l’inclusion, on a des candidats d’origine hors EU au sommet de notre parti, et qu’on considère comme des citoyens. [Le Belang] c’est tout sauf une évidence. Mais il faut quand même donner l’opportunité à ce président de parti [Tom Van Grieken], qui dit venir avec une page blanche, de s’exprimer, dans un entretien discret. La démocratie a parlé et c’était très clair. Je ne peux pas négliger ça et faire comme si rien ne s’était passé ».

La défaite de la N-VA? La faute à la migration

Comment s’expliquent les pertes en voix et en sièges très importantes du parti nationaliste ? Bart De Wever y voit une raison principale, centrale : la crise de la migration : « On a dû organiser la pire crise migratoire depuis la IIe guerre mondiale. On l’a fait d’une façon excellente. Mais le citoyen n’a pas fort apprécié. Il y a beaucoup d’amertume, je l’ai constaté dans les rues de Flandre. J’ai bien senti que ce résultat [la défaite de la N-VA] était possible. On a payé pour la victoire du Vlaams Belang, les autres partis aussi, même plus que nous. Les résultats sont là, on a perdu les élections, ce n’est pas la grande fête. Mais on doit toujours assumer le résultat et toujours prendre les responsabilités. On est encore, de loin, le premier parti de Flandre. La responsabilité de former un gouvernement flamand est dans mes mains. »

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