Bart De Wever exclut toute future coalition avec le Vlaams Belang : stratégie de com' ou réelle volonté ?

Le président de la N-VA Bart De Wever exclut ce samedi complètement une future collaboration avec le parti d’extrême-droite Vlaams Belang. "Je ferme la porte, avec le sourire", dit-il à la Gazet van Antwerpen. "Je vais être clair : si je dois choisir entre cesser la politique et (travailler avec le Vlaams Belang), j’arrête immédiatement", enchérit-il auprès de Humo. S’agit-il d’une stratégie de communication, d’un souhait personnel ou d’une réelle volonté de la N-VA ? Retour sur une histoire à la "Je t’aime, moi non plus".

"Bart De Wever a toujours dit que son ambition était d’annihiler le Vlaams Belang. Il avait presque réussi", explique Liesbeth Van Impe, rédactrice en chef du Nieuwsblad, dans Dring Dring, le podcast de DaarDaar. Lors des élections de mai 2014, la N-VA dépasse la barre des 30% en Flandre et au fédéral. Elle devient ainsi le premier parti en Flandre.

De son côté, le Vlaams Belang connaît sa pire défaite électorale depuis des décennies et frôle avec le seuil électoral. Le parti alors dirigé par Gerolf Annemans passe de 12 à 3 sièges à la Chambre et de 21 à seulement 6 au Parlement flamand. C’est comme si la N-VA avait littéralement absorbé les voix du Vlaams Belang. Le rêve de Bart De Wever semble en bonne voie.

Coalition suédoise : majorité ou opposition ?

Quelques mois après les élections de 2014, un gouvernement fédéral inédit voit le jour : la N-VA accède pour la première fois au pouvoir au fédéral. Au début, qualifiée de "kamikaze", la coalition entre la N-VA, le CD&V, l’Open Vld et le MR a ensuite hérité du nom de "coalition suédoise". Question d’image.

Pendant que la N-VA mène la barque au fédéral et en Flandre, le Vlaams Belang tente de reprendre un nouvel élan avec l’arrivée du jeune Tom Van Grieken à sa présidence en septembre 2014. Diplômé en marketing, ce trentenaire de la région anversoise va faire appel à son compagnon Bart Claes pour redorer l’image du parti et surtout en changer les techniques de communication. Le Vlaams Belang investit par exemple en masse dans les publicités sur les réseaux sociaux.

Et la tactique s’avère gagnante : lors des élections communales de 2018, le Vlaams Belang décroche au moins un élu dans 140 communes, contre 100 six ans auparavant. Le parti d’extrême droite passe de 214 conseillers communaux en 2012 à 356 en 2018.

Ninove : le cordon tient bon

À Ninove, la liste Forza Vlaanderen (associée au Vlaams Belang) est le plus grand parti avec 40% des voix. Sa tête de liste Guy D’Haeseleer espère que la N-VA se rangera de son côté pour constituer une majorité. La N-VA décide à son tour de rester dans l’opposition en raison de son mauvais résultat électoral. Résultat ? Impossible de trouver une majorité, les autres listes (l’Open Vld et la liste Samen composée du CD&V, du sp.a et de Groen) ne voulant pas non plus collaborer avec Forza Ninove. C’est l’impasse.

Après deux mois, la tête de liste N-VA Joost Arents signe un accord de majorité avec les libéraux et Samen, contre les avis de la direction du parti et de sa section locale, ce qui a poussé cette dernière à l’exclure. Une majorité voit le jour sans le Vlaams Belang. Au final, la N-VA siégera dans l’opposition avec le Vlaams Belang. Le cordon sanitaire tient bon, de peu.

Pacte de Marrakech

Sentant le souffle menaçant du Vlaams Belang dans le cou, la N-VA adopte un discours plus musclé sur la migration. Alors qu’ils sont encore dans le gouvernement, les ministres N-VA s’opposent soudainement au pacte de l’ONU sur les migrations fin novembre.

Ce pacte "de Marrakech", comme le rebaptisent d’ailleurs Bart De Wever et ses membres, est devenu un symbole de principe pour le parti nationaliste flamand. La N-VA lance même une campagne très dure sur les réseaux sociaux contre ce pacte. Sur fond de photos d’illustration issues de la banque d’images Shutterstock, et donc complètement sorties de leur contexte, différentes bannières arborent des slogans tels que "Pacte des Nations Unies sur les migrations = accès aux droits sociaux, y compris pour les immigrés clandestins" ou encore "Pacte des Nations Unies sur les migrations = priorité à la préservation de la culture des migrants".

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Entre muraille de Chine, qu © Tous droits réservés

Le député Filip Dewinter (Vlaams Belang), félicite même la N-VA pour sa campagne. Il affirme que son parti pourrait être l’auteur d’une telle campagne : "Même le plus grand parti de ce pays nous suit dans nos campagnes. Mission accomplie".

Quelques jours après cette communication controversée, Bart De Wever somme le Premier ministre de ne pas partir à Marrakech pour signer le pacte de l’ONU : "Nous sommes contre ce pacte et participer à un gouvernement qui le signerait rendrait notre position intenable."

Au final, Charles Michel ne cède pas à la pression, les ministres N-VA démissionnent et le gouvernement Michel passe en affaires courantes.

Ensemble, une majorité !

Six mois après cette péripétie arrivent les élections régionales et fédérales de mai 2019. La "tactique Marrakech" ne s’est pas avérée payante pour la N-VA : elle passe sous la barre des 30%. C’est la première fois depuis sa création que le parti perd des élections. Même si elle reste le premier parti de Flandre, le Vlaams Belang arrive lui en deuxième position avec plus de 18%. Grâce aux maladresses de la N-VA et à ses campagnes de pub massives sur les réseaux sociaux, le Vlaams Belang gagne et est invité pour la première fois pour une consultation royale.

Dans l’émission sur VTM "Jambers in de politiek" diffusée quelques jours après le 26 mai 2019, on voit Theo Francken se réjouir du bon score de la N-VA dans sa province, le Brabant Flamand. Il ajoute : "Ensemble, une majorité !", laisse-t-il échapper. Cela montre qu’il y a bel et bien une volonté dans la part de certains membres influents de la N-VA de s’associer avec le Vlaams Belang.

Pendant l’été 2009, la N-VA négocie deux mois durant avec le Vlaams Belang à l’issue des élections régionales. Certains membres influents comme Jan Jambon ou Theo Francken se prononcent en faveur d’une alliance avec le parti de Tom Van Grieken, ce qui signifierait la rupture du cordon sanitaire.

En août 2019, Bart De Wever explique sur le plateau de Terzake qu’il existe une "muraille de Chine" entre son parti et le Vlaams Belang, qu'il ne "franchira pas" : "Jamais. Pas d’un millimètre." Il ajoute que le Vlaams Belang est un parti à deux visages : "Un visage amical et constructif de Tom Van Grieken, mais en même temps un parti qui est une véritable machine de propagande, un parti de droite populiste dans toutes ses expressions et son style".

Bis repetita

Avec ses déclarations de ce week-end, Bart De Wever ne fait donc au fond que répéter ce qu’il a toujours dit : même s’il n’est pas partisan du principe du cordon sanitaire, il ne veut pas collaborer avec le Vlaams Belang. D’autres représentants de son parti plaident par contre ouvertement en faveur de la rupture du cordon sanitaire. Alors, faut-il y voir une stratégie de communication, un souhait personnel de Bart De Wever ou le message au nom de son parti ?

Pour le professeur en sciences politiques Dave Sinardet, il s’agirait plutôt d’une stratégie : "Avec ce positionnement stratégique, la N-VA et le Vlaams Belang ont le plus de chances d’obtenir une majorité ensemble en 2024 : deux partis qui tentent de se distinguer clairement l’un de l’autre et qui essaient donc de pêcher dans deux bassins électoraux différents."

Journal télévisé de 19h30 le 19/12 :

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