Baromètre RTBF/La Libre: le Belge perçoit l'intégration comme un échec

En Flandre, les cours d'"inburgering" sont destinés à renforcer l'intégration des étrangers
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En Flandre, les cours d'"inburgering" sont destinés à renforcer l'intégration des étrangers - © Archive RTBF

Selon le baromètre RTBF/La Libre/Dedicated sur le thème de l'immigration, une majorité de Belges estiment que les populations d'origine étrangère sont peu ou mal intégrées. Cette mauvaise intégration ne serait pas due à la Belgique mais aux populations étrangères elles-mêmes. Le sondage met aussi en lumière le sentiment d'une montée des radicalismes religieux, des ressentis à nuancer cependant au regard de la réalité des faits.

Seul 1 Belge sur 5 estime que les populations d'origine étrangère sont bien intégrées dans notre société. A la question de savoir si les sondés considèrent que "les populations d'origine étrangère sont bien intégrées en Belgique", ils ne sont que 6% à les juger "parfaitement bien" intégrées, 14% "plutôt bien" intégrées, mais surtout ils sont 42% à les juger "mal intégrées". Un jugement exprimé plus fortement en Flandre qu'en Wallonie ou à Bruxelles. Un sentiment aussi exprimé plus fortement à droite qu'à gauche en terme de positionnement sur l'échiquier politique des sondés. Enfin, 30% les jugent "ni bien ni mal intégrées".

Mais pour Edouard Delruelle, philosophe et directeur-adjoint du Centre pour l'égalité des chances, il faut faire attention avec ce type de sentiment : "Ce n'est pas vraiment une surprise, mais il faut savoir aussi ce que l'on entend par "populations d'origine étrangère ! Attention aux représentations, aux stéréotypes. Dans la tête des gens, des sondés, dominent sans doute toujours l'idée ou l’image cliché qu'il s'agit avant tout de populations arabo-musulmanes d'Afrique du nord, Maroc, ou même de Turquie, or les populations d'origine étrangère sont beaucoup plus diversifiées aujourd’hui en Belgique et viennent désormais avant tout d'Europe centrale ou de l'Est. Attention aux amalgames, aux stigmatisations". 

A la question de savoir si "la Belgique a fait ce qu'il faut "pour bien intégrer ces populations", les sondés sont 51% à considérer que la Belgique a "certainement" (24%) ou "probablement" (27%) fait ce qu'il fallait. Des sondés qui semblent donc rejeter la "faute" d'une "mauvaise" ou d'une "difficile" intégration sur les populations d'origine étrangère elles-mêmes. Attention là aussi, selon Edouard Delruelle : les faits disent exactement le contraire. "Des statistiques, des faits objectifs établis par des institutions internationales comme l'OCDE démontrent que la Belgique intègre mal ces populations notamment en matière d'emploi, d'enseignement, d'accès aux soins de santé, au logement. Là il y a des indicateurs objectifs qui placent la Belgique dans une très mauvaise position en termes d'intégration. Tout n'est donc pas à rejeter dans le camp de ces nouvelles populations ; le processus d'intégration est un processus à double sens : une vraie politique d'accueil de l'Etat et de réels efforts des populations en question. Il y a peut-être des replis identitaires mais, selon Edouard Delruelle, il y a aussi un déficit dans les politiques d'intégration". 

Radicalismes religieux

Enfin la dernière partie du sondage interroge les sondés sur la montée de certains radicalismes religieux en Belgique. Une majorité dit constater cette montée et même largement s'en inquiéter. Pour Edouard Delruelle, il faut savoir ce que l'on taxe ainsi de "radicalisme" : "S'il s'agit d'un repli identitaire ou communautaire qui se marquerait par exemple par le porte du foulard ou le respect de certains prescrits alimentaires – le halal ou autres, à ce moment-là on peut dire 'oui' il y a un certain radicalisme et éventuellement s'en inquiéter. Mais si par 'radicalisme', on entend fondamentalisme, intégrisme, là je pense qu'à nouveau c'est une perception relativement fausse par rapport à la réalité, parce que le 'radicalisme' dans ce sens, ce fondamentalisme-intégriste est très marginal. A l’image des militants de Sharia4Belgium ou de ces jeunes Belges partant combattre en Syrie, ils sont ultra-minoritaires".

Et Edouard Delruelle de conclure en attirant l'attention sur le fait que chez nous, en Belgique, "le pays, la population, ont toujours beaucoup de mal à se voir en véritable terre d'accueil et surtout en terre historique de migration. La Belgique l'a toujours été par le passé, elle le sera encore plus à l'avenir dans un monde globalisé, ouvert. Mais si l'on ne comprend pas cela, si l'on ne se perçoit pas en terre d'accueil, à partir de là, on peut évidemment avoir la perception, le ressenti d'une mauvaise intégration et on voit l'immigration comme un problème et non pas comme une chance ou une opportunité, l'intégration comme un risque plutôt qu'un défi important à relever".

Fabien Van Eeckhaut

Une enquête effectuée du 15 au 20 mai auprès de 2703 électeurs dans les trois Régions du pays avec une  marge d'erreur est d'1,9%.

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