Baromètre politique: quelles coalitions sont possibles au fédéral et en Wallonie?

En 2014, la N-VA, le MR, le CD&V et l'Open Vld avaient formé une coalition dite "Suédoise" regroupant 83 sièges sur 150. Cette coalition ne devrait plus être possible en 2019.
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En 2014, la N-VA, le MR, le CD&V et l'Open Vld avaient formé une coalition dite "Suédoise" regroupant 83 sièges sur 150. Cette coalition ne devrait plus être possible en 2019. - © BRUNO FAHY - BELGA

Les élections ont lieu dans un mois et bien sûr, chacun se demande, une fois le bulletin glissé dans l'urne, quelles coalitions se formeront aussi bien au fédéral, qu'en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre. 

Sur base du grand baromètre et de la conversion en sièges (réalisée par le politologue de l'ULB Pascal Delwit), certaines projections sont possibles.

Fédéral : Tous contre la N-VA

Au Fédéral, le sondage dévoilé ce mercredi donnerait plusieurs enseignements. D'abord, si la N-VA reste le plus grand parti (27 sièges), c'est la famille socialiste qui resterait la plus forte avec 31 élus. En termes de familles politiques suivraient ensuite les Verts (28 sièges), les bleus (25 sièges) et enfin les démocrates-chrétiens (18 sièges). Si le PTB (12 sièges) et le Vlaams Belang (8 sièges) ont aussi un poids important, il est illusoire de les voir participer à une majorité fédérale.

En essayant de former des coalitions en partant de ces constats-là, il devient plus facile de trouver les coalitions impossibles que celles qui ont une possibilité d'aboutir. Pour rappel, il faut 76 sièges minimum pour former une majorité.

Les coalitions impossibles au Fédéral

  • La Suédoise, 66 sièges. L'alliance N-VA, MR, Open Vld et CD&V ne tient plus, il lui manque une dizaine de sièges. Et ce n'est pas l'apport, éventuel, du cdH (4 sièges) qui viendra faire le poids.
  • La "Tradionnelle", 74 sièges. Les partis socialistes, libéraux et démocrates chrétiens qui formaient encore une majorité sous Di Rupo n'auraient pas non plus le poids nécessaire pour gouverner ensemble. Pour ces six partis-là, écarter Ecolo du pouvoir est impossible... sauf en allant chercher un soutien, peu probable, de la N-VA.
  • La Jamaïcaine, 71 sièges. Un gouvernement sans la N-VA et sans les socialistes ? Certains, notamment au MR y songent mais c'est impossible aussi. Les familles bleue, verte et orange, ne comptent que 71 sièges. 
  • La Bourguignonne, 63 sièges. En Flandre, la coalition N-VA, Open Vld, Sp.a a donné des idées à certains flamands qui s'imaginent cette coalition possible au fédéral, en y ajoutant le MR. Mais, là encore, c'est une grosse dizaine de sièges qu'il manque.

Les coalitions possibles au Fédéral

  • L'Union nationale, 102 sièges. Avec le maintien à un haut niveau de la N-VA et la percée d'Ecolo-Groen, les six partis traditionnels (74 sièges ensemble) pourraient être rejoints par les Verts du Nord et/ou du Sud du pays. En additionnant les sièges du PS, d'Ecolo, du MR, du cdH, du CD&V, de l'Open Vld, de Groen et du S.pa, la majorité s'offrirait une majorité très confortable de 102 sièges.
  • Plusieurs variantes de l'Union nationale. La coalition ci-dessus est tellement confortable que les partis pourraient décider de laisser l'un ou l'autre parti de côté. Une coalition sans le cdH (4 sièges) compterait 98 sièges, sans le Sp.a (11 sièges) en compterait 91, sans Groen (12 sièges) en compterait 90, etc. Toutes les solutions à 7 partis sont possibles, même un débarquement du PS (20 sièges), conserverait une majorité confortable de 82 sièges.
  • L'Olivier, 77 sièges. Possible, mais risquée, l'Olivier classique (socialistes, verts, chrétien-démocrate) est l'une des coalitions envisageables pour l'après-26 mai. Mais avec 77 sièges, la coalition n'a droit qu'à une seule défection ce qui, sur 5 ans de gouvernement est très, trop ?, risquée. Ces six partis pourraient alors se tourner vers l'un des deux partis libéraux. Le MR, plus à gauche que l'Open Vld, pourrait servir d'appoint. 
  • L'Arc-en-ciel, 84 sièges. Les nostalgiques des gouvernements Verhofstadt s'en souviennent, une coalition sans les chrétiens-démocrates est possible. Cette année-ci, plus que jamais. En raison, il faut le dire de la petite forme du cdH (4 sièges). Cette coalition arc-en-ciel est même la plus probable : elle possède une majorité confortable de 84 sièges et seuls six partis la formeraient ce qui laisse à chaque parti un nombre important de ministres et de portefeuilles. Enfin, certaines affinités existent déjà entre ces six partis : le PS a déjà dit vouloir travailler avec Ecolo, certains au MR y songent aussi. Côté flamand, des rapprochements aussi ont déjà eu lieu entre Groen et l'Open Vld. Rappelons que Kristof Calvo, chef de file de Groen, est en coalition Open Vld-Groen dans sa commune de Malines. Kristof Calvo pourrait d'ailleurs tout à fait revendiquer le poste de Premier ministre dans cette coalition.

La N-VA éjectée 

L'un des conclusions des scenarii possibles au fédéral est l'impossibilité pour la N-VA d'accéder à une majorité, moins à cause de son score (27 sièges contre 31 en 2014), que de celui de ses partenaires potentiels (MR, CD&V, Open Vld) qui, au total, perdent 18 sièges en cinq ans. Autrement dit, pour gouverner, la N-VA aura besoin de partis de gauche. 

En Wallonie, c'est Ecolo qui choisit

A la région wallonne, Ecolo dispose d'encore plus de poids qu'au Fédéral. D'abord, parce qu'avec ses 20 sièges sur 75, il serait le premier parti, à égalité avec le PS. Ensuite, des quatre partis traditionnels, il serait le seul à progresser : le PS perd 10 sièges, le MR en perd 9, le cdH 6... alors qu'Ecolo en engrange 16. Bref, c'est bien le parti vert qui, le 27 mai, pourrait prendre la main pour former les majorités. 

Les coalitions impossibles

  • L'Orange-bleue, 23 sièges. Loin, très loin, des 38 sièges nécessaires, la coalition actuelle (MR-cdH) n'aurait aucune chance de rempiler à l'Elysette. 
  • La Rouge romaine, 27 sièges. La majorité précédente, PS-cdH, n'aurait pas beaucoup plus de succès dans sa tentative de former une majorité.
  • La Violette, 36 sièges. Une coalition PS-MR se rapprocherait d'une majorité, sans l'atteindre. Et idéologiquement, une majorité PS-MR, les deux partis n'ont plus gouverné ensemble en région wallonne depuis quinze ans.
  • La Turquoise, 36 sièges. Même nombre de siège... et même échec pour une éventuelle coalition entre le MR et Ecolo.

Ces trois dernières coalitions pourraient voir le jour avec un apport, très mathématique, des 12 sièges du PTB. D'un point plus idéologique, faire asseoir le MR et le PTB autour des coalitions Violette et Turquoise est improbable. Seule une Rouge romaine augmentée du PTB, gagnerait légèrement en probabilité.

Les coalitions possibles mais peu probables

Pour arriver à former une coalition, trois partis sont donc nécessaire et là, tous les jeux sont ouverts. Enfin, théoriquement. Car, comme expliqué précédemment, il y a peu de chances de voir le PS et le MR s'asseoir autour d'une même table. 

  • L'Orange sanguine, 43 sièges. Une coalition PS-MR-cdH ressemblerait davantage à un souper avec ses ex-belles mères qu'à une coalition de volonté. La plaie entre le PS et le cdH existe toujours et le rapprochement entre le PS et le MR reste très théorique.
  • L'arc-en-ciel, 56 sièges. Le cdH est en baisse, il pourrait logiquement quitter la majorité wallonne pour laisser le PS, le MR et Ecolo gouverner ensemble. Mais à nouveau, il faudrait faire asseoir socialistes et libéraux autour d'une même table.
  • L'Union nationale, 63 sièges. Très confortable, cette majorité théorique n'a aucune raison d'être. Assembler les quatre partis traditionnels (PS, MR, cdH et Ecolo) nécessiterait de mettre d'accord quatre partis alors que trois sont suffisant, mais aussi de partager le gâteau gouvernemental en trop de parts. 

Les coalitions possibles et probables

Conclusion, trois coalitions restent possible. Et dans tous les cas, Ecolo sera au gouvernement. 

  • L'Olivier, 47 sièges. Une alliance entre PS, Ecolo et cdH est la coalition rêvée par plusieurs politiciens de gauche en Wallonie. Dotée d'une majorité confortable, d'un réel axe politique (à gauche), ce gouvernement tient les faveurs des pronostics. Reste à voir si le ministre-président sera socialiste ou écologiste. Les deux partis comptant le même nombre de sièges, c'est la tendance (ascendante pour Ecolo, descendante pour le PS) qui pourrait offrir le poste de ministre-président à un écologiste. 
  • L'Olivier sans le cdH, 40 sièges. Avec ses 7 sièges, le cdH n'est pas indispensable à un gouvernement PS-Ecolo. Mais un gouvernement parti pour 5 ans avec seulement deux sièges de plus que la majorité nécessaire (38) peut sembler risqué.
  • La Jamaïcaine, 43 sièges. Et si Ecolo choisissait un gouvernement de centre-droit avec le MR et le cdH ? Le coup est possible mais signifierait un réel affront d'Ecolo envers le PS, ce qui aurait des répercussions sur la formation des autres gouvernements.
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