Baromètre politique: le MR seul au fédéral, une rupture

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Archive - © ERIC LALMAND - BELGA

Près de 3 mois après les élections du 25 mai, le baromètre RTBF/La Libre Belgique/Dedicated est de retour. Avant la popularité des personnalités politiques, dimanche, et les intentions de vote vendredi, voici un détour par l'actuel feuilleton des négociations au fédéral.

"Après les élections, le MR a décidé de mener comme seul parti francophone les négociations pour la formation du nouveau gouvernement fédéral. Trouvez-vous que le MR a eu (…) de mener comme seul parti francophone les négociations pour la formation du nouveau gouvernement fédéral? "

Telle est la question posée à notre échantillon : le MR a-t-il eu "tout à fait raison", "plutôt raison", "plutôt pas raison", "pas du tout raison/tout à fait tort" ? Reste la possibilité, pour le sondé, de n’avoir aucun avis.

Rupture nationale…

La Belgique est quasiment coupée en deux, sur cette question. Au niveau "national", nos sondés sont 45% à penser que le MR avait "tout à fait raison" (20%) ou "plutôt raison" (25%) de se lancer dans les négociations fédérales. 32% estiment que le MR n’avait "plutôt pas raison" (13%) ou "pas du tout raison/tout à fait tort" (19%). Plus d’un sondé sur 5 (23%) est "sans avis".

C’est en analysant les résultats par région et par électorat qu’on peut évoquer une, voire plusieurs ruptures.

En Flandre, 56% des sondés conçoivent positivement la présence des libéraux francophones au sein de la coalition en gestation. Ce nombre grimpe à 75% en ce qui concerne les électeurs de la N-VA ! 73% chez les électeurs Open VLD, 60% chez les électeurs CD&V : la perspective de gouverner au fédéral sans le Parti socialiste semble combler les membres flamands de la potentielle future coalition fédérale.

… et intra-francophone

A Bruxelles, 29% des sondés voient d’un bon œil la présence du MR seul au fédéral, un chiffre supérieur à son résultat électoral. Le MR "gratte" donc hors de sa sphère. Une courte majorité bruxelloise (51%) n’y est, elle, pas favorable. Par électorat, le schisme est clair entre électeurs libéraux et les autres : 77% de l’électorat MR est satisfait du choix du parti. Mais 2 électeurs PS sur 3 rejettent ce choix libéral, comme 68% des cdH, 79% d’Ecolo ou encore 81% des FDF. Notons qu’un Bruxellois sondé sur 5 n’a aucun avis.

En Wallonie, les écarts sont encore plus importants. 82% des électeurs MR estiment que la Toison a eu "tout à fait raison" (40%) ou "plutôt raison" (42%). A l’inverse, 85% de l’électorat PS se retrouvent dans les cases "plutôt pas raison" (17%) ou "pas du tout raison/tout à fait tort" (68%). Chez les électeurs Ecolo, la donne est comparable avec 77% d’opinions défavorables. Juste derrière, on retrouve le cdH avec 74% contre un MR seul au fédéral. A noter, là aussi, une autre (potentielle) rupture: 23% de l’électoral wallon du cdH estime que le MR a "tout à fait raison" ou "plutôt raison" de tenter ce que d’aucuns appellent la "kamikaze". A Bruxelles, ils ne sont que 6% de cdH à penser de même. Wallonie contre Bruxelles, la dichotomie intra-cdH est connue…

Globalement, 53% des Wallons estiment que le MR a eu tort de s'embarquer dans l'aventure fédérale (contre 30% dm opinions favorables). Si on ajoute les 51% défavorables à Bruxelles, on constate que plus de la moitié des Francophones s'opposent à la décision du MR de participer à une potentielle coalition fédérale MR-N-VA-CD&V-Open VLD.

Négocier, oui, seul francophone au Parlement, bof…

On l’a vu, le peuple libéral voit d’un bon œil la réalisation d’une coalition que certains qualifient de "suédoise". Mais la perspective d’être unique parti francophone au fédéral n’enchante pas particulièrement les " Bleus ".

"Si les négociations dans la perspective du nouveau gouvernement fédéral devaient aboutir, le MR serait le seul parti francophone au Gouvernement et ne disposerait pas de majorité dans le groupe francophone au Parlement. Pour vous cette éventualité (…) ?"

Au niveau belge, 20% des sondés estiment que cette éventualité " pose vraiment problème ", 21% que cela " pose probablement un problème ". 25% de nos sondés pensent que cette éventualité "ne pose pas vraiment problème" et 15% que cela "ne pose absolument pas problème". 19% n’ont pas d’avis.

Sans surprise, la Flandre n’y voit guère malice (24% contre, 55% pour), alors que la Wallonie s’y oppose (64% contre 21%), suivi par Bruxelles (61% contre 19%).

Alors que les libéraux francophones suivent presque comme un seul homme leur président dans la quête d’un accord gouvernemental, la perspective d’être l’unique parti francophone de la coalition inquiète. A Bruxelles, l’électorat MR estime à 44% que c’est un problème. Notons que 50% de ce même électorat ne voit pas d’inconvénient à cette solitude francophone.

En Wallonie, par contre, le questionnement libéral est plus important. 49% de l’électorat MR estime que cette situation est problématique. Ils ne sont "que" 41% à penser le contraire. Près de la moitié des sondés libéraux, en Wallonie, s’inquiètent. C’est une donnée importante.

Le cdH devait-il y aller ?

Quid de l’attitude du parti de Benoît Lutgen ?

"Comme vous le savez peut-être, le Président du cdH Benoît Lutgen a récemment refusé la proposition de l'informateur Charles Michel, informateur nommé par le Roi, de participer aux négociations dans la perspective de la formation du nouveau gouvernement fédéral? Trouvez-vous que le Président du cdH a eu (...) de refuser la proposition de s’associer aux négociations pour la formation du nouveau gouvernement fédéral?"

Au niveau "national", 27% des sondés estiment que Benoît Lutgen et le cdH ont eu "tout à fait raison" ou "plutôt raison" de refuser la main tendue par Charles Michel. 43% sont en désaccord avec le Bastognard. Près d’un tiers des sondés (31%) n’ont pas d’avis sur cette question.

En Flandre, 55% ne comprennent pas la décision du cdH, mais surtout, près de 4 Flamands sur 10 (37%) ne répondent pas à cette question ! Notons que 13% des électeurs CD&V suivent la décision du cdH (ils sont 63% à ne pas la défendre).

A Bruxelles, 39% des sondés sont en accord avec le cdH, 40% en désaccord ! Deux électorats vont basculer les Bruxellois du côté des "anti-Lutgen" : le MR, sans surprise (70% des "Bleus" estiment que le cdH a eu tort), mais aussi Ecolo avec 51% (45% pour la réponse "Plutôt pas raison", et 6% "Pas du tout/tout à fait tort"). Au cdH bruxellois, on suit, à 57%. Mais un électeur sur 4 est en désaccord avec son président de parti. Et près d’un électeur sur 5 (18%) n’a pas d’avis.

A noter qu’un électeur FDF sur 3 est sur la même ligne que le MR…

En Wallonie, les chiffres globaux sont également assez partagés : 40% sont favorables à la décision de Benoît Lutgen, 38% y sont défavorables. On notera que 61% des électeurs cdH suivent le président du cdH, mais 1 sur 3 est en désaccord avec Benoît Lutgen. A noter, là aussi, que 45% des électeurs Ecolo auraient préféré que le cdH aille se frotter au fédéral.

Faut-il croire la N-VA ?

"Dans le cadre des négociations pour la formation du prochain gouvernement fédéral, la N-VA, le parti de Bart De Wever, semble avoir abandonné ses revendications communautaires? Pensez-vous que la N-VA a eu raison d’abandonner ses revendications communautaires ?"

C’est la grande question qui se pose, en ce qui concerne la N-VA. 41% de nos sondés estiment que la N-VA a "tout à fait raison" ou "plutôt raison". 16% pensent que le parti dirigé par Bart De Wever a tort. 21% des personnes interrogées sont plutôt d’avis que " la N-VA n’a pas abandonné ses revendications communautaires". 23% des sondés n’ont pas d’avis.

Au sud du pays, si 37% des Bruxellois pensent que la N-VA a eu raison, 31% de nos sondés dans la capitale considèrent que la N-VA n’a pas abandonné ses plans communautaires. Ils sont même 33% à le penser côté wallon, alors que 41% des sondés conçoivent que la N-VA a raison d’avoir fait ce choix.

A la question de savoir si "puisque ce parti fera certainement partie de la prochaine coalition gouvernementale, la N-VA continuera à ne pas avancer de revendications communautaires ?", il y a une certaine unité de vue entre les trois Régions du pays : 53% des Flamands, 63% des Bruxellois et 67% des Wallons "pensent plutôt (ou) sont certains que la N-VA va progressivement ‘ramener’ ses revendications communautaires" à la table du gouvernement. Bart De Wever demandait, dans sa fameuse vidéo destinée aux francophones, de lui "faire confiance". Y a encore du boulot…

Himad Messoudi

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