Baisse historique du chômage: juste à cause des exclusions, ou grâce aux jobs, jobs, jobs?

Baisse historique du chômage: juste à cause des exclusions, ou grâce aux jobs, jobs, jobs?
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Baisse historique du chômage: juste à cause des exclusions, ou grâce aux jobs, jobs, jobs? - © Tous droits réservés

A peine annoncée par l'ONEM ce jeudi, la baisse historique du nombre de chômeurs indemnisés (qui repasse au niveau du pays sous le seuil des 500.000, une première depuis 1981) était tempérée par la FGTB: selon Robert Verteneuil, son secrétaire général, de nombreuses personnes qui ont disparu des statistiques n'ont pas trouvé un travail pour autant: "On vous annonce une diminution de 8,5% du nombre de chômeurs, mais on oublie de vous dire que dans le même temps, on a une augmentation de 9,3% de bénéficiaires du Revenu d'Intégration Sociale, on peut donc penser que ces chômeurs sont maintenant au RIS".

Et de pointer les mesures d'exclusion du chômage, jugées comme de l'excès de zèle de la part du Forem

Une évidence mathématique, il s'agirait dès lors d'un simple glissement?

Pas si vite: les pourcentages de pommes ne peuvent pas être comparés aux quartiers de poires. Le nombre de chômeurs (plus de 500.000) étant 4 fois plus élevé que le nombre de RIS (environ 125.000 en 2016), un pourcentage égal indique un nombre quatre fois plus grand de chômeurs.

De plus, l'ONEM a d'ailleurs pris le soin de détailler ces chiffres et les principales causes directement identifiables. 

  • La baisse totale est de 45.090 unités.
  • Les chiffres d'exclus du chômage, suite aux contrôles, se montaient à 1000 pour les six premiers mois de 2017, ils n'expliquent donc qu'une toute petite partie de cette baisse.
  • Les réformes des "allocations d'insertion" a par contre eu un effet plus important. Il s'agit, en gros, des allocations de chômage perçues par quelqu'un qui n'a encore jamais travaillé. Ce droit a désormais été limité à 36 mois ou à 36 mois après le 30e anniversaire en fonction de la catégorie familiale. En 2017, 6 504 chômeurs qui percevaient une allocation d’insertion au cours des mois précédents sont arrivés en fin de droit. Et moins de jeunes y ont accès car la limite d’âge pour l’introduction d’une demande d’allocation a été abaissée de 30 à 25 ans, et une condition de diplôme s’applique désormais aux jeunes de moins de 21 ans. Il s'agit donc de personnes qui sont demandeurs d’emploi sans avoir aucune compensation ni de l’ONEM ni d’un CPAS
  • Par contre, il faut préciser qu'une mesure a joué dans l'autre sens: l'âge à partir duquel une dispense d'inscription comme demandeur d'emploi est possible est passé de 60 ans en 2015 à 61 ans en 2016 et à 62 ans en 2017. Par rapport à 2016, le nombre mensuel moyen de chômeurs complets indemnisés/demandeurs d'emploi âgés de 60 ans ou plus a ainsi augmenté de 9.650 unités
  • La démographie aurait aussi joué un rôle: ces dernières années, la population active et la population en âge de travailler ont moins augmenté qu’auparavant et les départs à la pension sont plus nombreux.
  • Mais il y aussi un effet indiscutable de la croissance, qui était de 1,7 % en 2017. Selon la Banque Nationale, l’emploi a augmenté de 66 000 unités en 2017.

Comment expliquer qu'avec autant d'emplois supplémentaires, le chômage ne baisse d'ailleurs pas plus que de 45.000 unités, puisqu'il faut ajouter les exclusions à la baisse? "Entre les emplois déclarés vacants et la réelle volonté d'embauche, il y a parfois une marge: il y a des entreprises qui déclarent des emplois vacants, mais ce n'est pas parce que quelqu'un se présente qu'il est embauché" expliquait Robert Verteneuil dans Matin Première.

Un argument à nouveau erroné puisque la BNB enregistre la création nette d'emplois, sur base des emplois occupés.

"Il est incontestable que le nombre d’emplois augmente, même si beaucoup de ces emplois sont des emplois temporaires ou des emplois à temps partiel" estimait de son côté Philippe Defeyt, économiste et président de l’Institut pour un développement durable.

143.000 emplois vacants

Un bémol à cette embellie sur l'emploi: selon les dernières estimations du SPF emploi, 143.000 postes étaient vacants en Belgique à la fin du troisième trimestre 2017 (+28 %), soit près de 40.000 emplois orphelins supplémentaires par rapport à la même période de 2016.

Deux éléments expliqueraient ces emplois inoccupés: d'une part, la qualification demandée pour les emplois vacants est de plus en plus élevée, et le fossé se creuse avec le chômage structurel, qui concerne, lui, des personnes très peu qualifiées. D'autre part, une inadéquation géographique: les pôles d’emplois sont souvent situés dans les régions où le chômage est le plus bas.

CONCLUSION: La baisse historique du nombre de chômeurs ne peut s'expliquer uniquement par les mesures d'exclusion et un transfert des bénéficiaires vers le RIS, même si elles l'amplifient. La création d'emplois, portée par la croissance mondiale, y joue aussi un rôle important mais pas autant qu'elle devrait par inadéquation de l'offre et de la demande.

 

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